‹ Les nuits anglaisesChapitre 11 sur 14 · LES NUITS D*ÉTÉ A LOKQ^ES · texte numérisé non relu

LES NUITS D*ÉTÉ A LOKQ^ES

roulent, le peuple boit du ginger^beerqui est fort mauvais, les passants mangent des homards et des crevettes , les jeunes gens fument dans les divans, et les marchandes de fleurs offrent des bouquets aux promeneurs affligés d'insomnie. La prostitution la plus étonnante qui fut jamais et devant laquelle M. Parent-Duchâtel et mourrait de douleur une seconde fois, s'il revenait au monde; la prostitution du Bas-Empire, enrégimentée par centuries , marchant comme une seule femme, mêlant le satin à la bure, le chapeau de fleurs à la dentelle jaunie, depuis le sérail éblouissant de Drury-Lane, jusqu'au chantier sombre et pierreux de Charing-Cross ; la prostitution à cent mille bras, enlace tout le nouveau Londres, le Londres des colonnes peintes, des péristyles de carton, des hôtels d'argile, des palais de briques, des temples peints à l'huile et au vernis; elle se roulé comme un monde fou de femmes ivres, devant cette architecture majestueusement mesquine qui ne s'émeut de rien et qui n'a des croisées que pour ne rien voir. Dans toutes ces demeures vivent les plus nobles philanthropes qui travaillent à régénérer le monde, à faire refleurir la morale, à rendre à la vertu son culte , à l'homme sa dignité, à la femme sa pudeur; qui envoient des missionnaires protestants et des Bibles aux anthropophages de Bornéo et de Van-Diémen, aux païens d*Otahiti-et des îles Sandwich; qui préparent une truelle pour poser la première pierre d'une maison de conversion , où quatre-vingt mille Aspasies errantes seront changées en Madeleines par la grâce de Luther et de Calvin ; philanthropes de haute vue , qui rêvent l'amélioration des moBurs polaires et laissent polluer le seuil de leurs maisons, qui défrichent le champ de la morale sur les liminf

tes du monde et lalssçnt la leune fille mendier une iai^ulte^ avant sa puberté, sous lepérjstjle du Quwirant, ce gracieux trait d'union qui lie les souillures ténébreuses des d^ux^Heqeni'^treei, . ,

^ deux heures, la SQène change : Je monde qui reste sur la place ne semble pas appartenir à ce. inonde : une lèp» vivante coule le long des maisons ; des êtres sans nçm, sans SQxe, sans voix, sans formes , vaguent au hasard ,

comme ce§ ombres (jui attendep.t unie, obole poijr.p^^ser de l'autre côté du lleave. On assiste à des festins étranges, préparés aux carrefours sur des tables qui tremblent et font trembler des chandelles et des plats dç mets hideui. D'autres êtres, çui sçins doute sont des hompaes, passeot devant,, par groupes muets , et achètent avec dû cuiyre imperceptible, d'énormes colimaçons crus et 'des débris hachés d'animaux antédiluvie^as. Tout, autour règne une ligne d'hôtels opulents, dont le gaz fait ressortir le luxe

ironique. Quel cadre et quel, tableau l Le pohcema»* se prpmène^et voyant que Jtout est bieUj ilJLaisse en.paix les convives. Uue succession d'âihes en peine jdéfile silen-

cieusement sur les trottoirsi qui descendent à. CarUon"

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Londres à ces fantômes : le long des haies, sous les arbres,

sur lès banquettes du parc royal, apparaissent des masses

confuses de haillons qui .flottent sur des squelettes . des chapeaux, de paille, en putréfaction, ornés du crêpe un deuil de Guillaume, d^s robes tourmentées, des visages monstrueux avec, des yeux sanë regard, des liasses de guenilles qui se tiennent par .les mains ;^ j© jojeux gaz hydrogène éclaire tout cela tranquillement avec sa flamme sereine, et trahit les ombres courtisanes rôdant autour

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