HISTOIRE Î>'UNE COLLINE
hdques rûugeg des façades et aux marteaux de ouiyre poli ; le gaz ^vait la bonté d'4elairep le néant. Rien de triste comme ce silence, cette solitude, et ce jour Inutile sous Iê iùme plat Qt Aoir de la imit,
- JFobn LiTely rentra à Whiti^Borêê, pour y atteçdro^e jonr, et demander au soleil une favorable inspiration.
Il trouva bientôt dans s& chambre un ami sur l^nel il ne comptait pas, et qui l^ prit qn traftiis»^ le isomm«il ; il m rêva qu§ ipillioiii, banque, fortune, torranta de guinée9 0ûilg'ab?euvait} égU^^^ da marbre qu'il bâtiMaif; <^ottage9 p^vé» d@ piei^rerif^; nuftges do banbtnùiiti aral^^pquef d^ dip-mantâ; il ne réyelUa pauYre et nu,
a ÂY6fi cinquante livras, dit«il, ja «ara! mangé par Loii«dres an quatre Jeun; on peut vivra une quinsainade plus à Wyoombe, et... la voirl... Foint de Mbiassa; viia, achevai] et à 'Wypombet Vive la soleil, o'ostluiqui d£mne de Ténergie au cœni ! a
Et il descendit à là salle pour prendre du thé. : M. Saint-Alban déjeunait k la fourchette.
— Ah ! vous voilà ! monsieur Lively, s'écria-t-il familièrement, et serrant la main du jeune homme; voulezvouB déjauner av^c moi?
— Oh ! vous êtes bien honnête... Monsieur... Je ne sais eomment... i
— Allons, mettez-vous là, je déjeune à la mode française, moi: il me faut de la viande froide le matin, une friture avec un verre de punch 0acé. J'ai pris ces habitudes à Paris, lorsque je traitais l'emprunt Aguado pour la reine d'Espagne.
— Moi, je prends du thé habituellement.
— A votre fantaisie, sir Lively... c'est bien, on va vous servir dn thé... Avez- vous lu les papiers, sir Lively?
— Non, Monsieur.
— n paraît que nous avons la guerre avec les Birmans. Cela m'inquiète; j'ai des fonds à Jagrenat... Sir Lively, que faites-vous après déjeuner?
— Après déjeuner... mais... je me promène, je... fais... Que fait-on à Londres après déjeuner?
— On fait tout; chacun suit ses petites habitudes de digestion. Moi, je vais à mon petit club de Chandos- Street : un véritable club d'amis, le club de Socrate. Nous sommes là quelques banquiers; il y a des hommes charmants; nous secouons un instant la poussière du comptoir. Nous causons, nous traitons une affaire, nous faisons un wist, un wist léger, pour passer le temps, à une livre la fiche, deux livres. Ah I nous ne sommes pas joueurs, dans le commerce ! La première vertu d'un commerçant, c'est la haine du jeu. Sir Lively, si j'ai un conseil à vous donner, ne jouez jamais!... Vous ne prenez rien après le thé, sir Lively!
— Absolument rien, monsieur Saint-Alban...
— Que faites-vous donc, sir Lively, laissez-moi donc payer.. . Remettez votre portefeuille en poche. . . justement, il faut que je change un billet de five pounds.,. Ah! je ne changerai pas mon billet ! Je me trouve fort heureusement une demi-guinée sur moi. Yoici... Maintenant, mon bonheur est de traverser F leet- Street et le Strand dans toute leur longueur. Je flâne, comme dit le Français. Arrivé à la hauteur à^AgarStreet je prends à droite, j'entre dans Fiing^ William, et je tombe dans mon petit club Chan^
HISTOIRE d'une COLLINE 121
doU'Street. C'est une promenade un peu longue, comme vous voyez ; voulez-vous la faire avec moi?
John Lively, comme tous les hommes de la nature, subissait, à son insu, l'ascendant impérieux d'un homme de société. Ce- ton décidé, ces allures hardies, ce langage dominateur avaient cent fois plus de puissance qu'il n'en fallait pour entraîner un ingénu campagnard. Liyely, d'ailleurs, se sentait honoré, tout fier qu'il était, de marcher en compagnie d'un homme qu'il regardait comme son supérieur de tout point. Il s'inclina devant le génie de Saint- Alban, et sortit avec lui.
Que Dieu sauve Lively I
Le olub de Soorate
Saint-Alhan conduisit Lively à son petit club de C/iandos'Street, et le présenta à trois banquiers graves et d'un âge assez avancé.
John Lively s'inclina devant ces millionnaires et jeta un coup d'oeil rapide dans la salle. Ce club ne brillait pas par l'ameublement: chaises et tables étaient d'un bois fort commun ; il n'y avait de remarquable que deux statues de plâtre tricolore qui avaient l'intention de représenter AV'ellington et Napoléon, couronnés de lauriers.
— Voils voyez que c'est bien simple, dit Saint- Alban à Lively; le strict nécessaire. Nous appelons cela notre club du matin. Le soir, nous allons au grand club de
122 LRS NUITS AKGLAISES
Pall'MalL Oh! ici nous avons nos ooudées franches; c'est nous qui l'avons fait bâtir; les six colonnes d'ordre Pœstum de la façade nous ont coûté deux miUe livres. Elles sont en marbre sombre des carrières du Lancashîre, votre pays. Voulez-vous bien vous asseoir, sirLively? Saînt-Alban se tourna vers un des banquiers, et lui dît:
— Qu'avez-vous.fait cette nuit au club de Westminster, sir Clayton?
— J'ai perdu.
— Beaucoup?
— Non, une misère, mille livres. J'aurais dû en perdre quatre. On n'a jamais joué d'un malheur pareil... Figurezvous que j'ai perdu douze robs. ^
— Vraiment I
— Je perds toujours, moi, toujours. Mais fort heureusement je ne joue que pourm'amuser. Vous,^Saint-Alban, c'est tout le contraire; vous avez fait un pacte avec la fortune.
— Il est vrai, sans vanité, que je suis assez heureux.
— D'ailleurs, vous jouez bien; vous ne perdez jamais un point par votre faute.
— Eh bien ! avant-hier, chez le duc de Sunderland, j'ai perdu un rob par une singulière distraction ; on avait épuisé les atouts ; il ne restait plus que le rot et le neuf; j'avais le roi\.. Connaissez-vous le jeu, sir Lively?
— Moi... mais... oui... un peu...
— Bien!... j'avais le rot et cinq levées; j'oublie de faire atoftt et p(i9«e-cœtir; je joue ccsur, on mêle coupe; nous étions quatre à quatre, et je perdis le trik. Cela me fit une différence de cent vingt livres, de la perte au gain.
— Oh! le meilleur joueur a «es distractions.
HisToniK t)'umç colline 128
— Mon Dieu l oui... Ah ! voilà midi qui sonne à Saint- Martin... n faut que j'aille à un rendez- vous aux bureaux de Regenfs^Circùs ; il y a une réunion des actionnaires de l'entreprise des voitures de Windsor.
— Est-ce que vous ferez un petit roh? le ro6 de midi, comme nous l'appelons.
— Diable!... c'est qu'il est fort tard... A-ïirons-nous fini à une heure? •
— A "une heure, on vous remplacera. Notre monde va venir. Samedi', nousétionsoinquante-septàuaidietdemi, je vous comptais.
— Allons, soit, un petit rch.,. Mais, je vous préviens, à petit jeu.
— Une livre la fiche... C'est bien modeste.
— C'est singulier, entre amis je n'aime pas jouer gros jeu. Vous savez, sir Lively, que nous ne jouons ici que le wji«t à trois; c'est une mode que j'ai rapportée de France... Voulez-vous faire un troisième, sir Lively, ou bien voulezvous prendre une action dans mon jeu?
— Oh! je ne suis pas assez fort pour jouer, et...
— Voulez-vous être mon associé? Vous me donnerez des conseils *, perte ou bénéfice, nous partagerons.
— Je veux bien.
Et il se dit tout bas : —Au fond, je ne risque pas grand chose : si je perds, je serai ruiné quelques jours plus tôt, si je gagne, je vivrai quelques jours de plus.
—Sir Salnt-Alban, dit Lively, est-il bien nécessaire que je Teste ici pendant le jeu ?...
"- Oh, indispensable I Gomment donc !.. si j'ai un coup scabreux, je veux être corroboré de la présence de mon wsocié.
— C'est que je suis apx)elé par une petite affaire là tout près derrière Saint-Martin, à rofficedes Coaches àe Golden- Cross.
— L'affaire d'un instant, n'est-ce pas?
«— D'un instant.
— Ne vous gênez pas, sir Lively, nous commencerons sans vous ; nous sommes à cinquante pas de Golden-Croîs, U est donc convenu que nous sommes associés ?
— C'est dit.... au revoir dans l'instant....
La partie commençait lorsque Lively quitta le club de Socrate.
John Lively courut à l'office de Golden-Cross, dans l'espoir d'y rencontrer Patrick, qui devait avoir repris la grande route, à la réception du dernier billet. En effet, on lui dit que le cocher Patrick était arrivé à onze heures, et qu'aussitôtil avait été obligé de courir au Cheapside pour une affaire des plus .importantes.
— Au Cheapside I dit Lively ; c'est moi qu'il cherche ; il ne peut chercher que moi.
Deux partis se présentaient : attendre le retour de Patrick à l'office; ou remonter le S(rand jusqu'à Temple- Bar, en allant au-devant de lui. John Lively prit le parti des impatients. Il se jeta dans le Slrand.
Au coin de Wellington-Street , il rencontra Patrick qui descendait le trottoir au galop.
— Patrick I sir Lively !
Et quatre mains se serrèrent. Un lord qui venait de manger un homard sur le pouce, à la poissonnerie d'Adelphi, s'arrêta net, tout scandalisé de voir un gentleman serrant la main d'un cocher.
— Ah ! sir Lively, dit Patrick, que de choses I... Venez;
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allons sur Waterloo'" Bridge, nous serons plus libres pour parler.... AJiI sir Lively I Lively était muet; son silence seul interrogeait.
— D'abord, je vous annonce que M. Gopperas devient fou; il ne peut pas se tirer des marécages, mais il est têtu comme un Anglais. Il va couper votre colline en deux ; vous l'avez permis : c'est bien; je ne me plains pas; je vous ai obéi ; vous êtes le maître de votre colline. Quand je suis parti, cent ouvriers travaillaient sur elle à coups de pioche comme des démons.
— Ensuite, ensuite, Patrick ?
— Voici la suite : ce matin, en passant à Bucks, j'ai vu le cottage... Vous savez ce cottage ?...
-— Oui... oui...
— Entouré de monde. Il y avait sur la porte un vieux monsieur qui pleurait ; il y avait un homme de loi qui écrivait sur une table, et une grande quantité de pauvres gens, hommes et femmes, qui disaient : « C'est une horreur ! nous l'assommerons ; oui , nous l'assommerons , ce M. Igoghlein 1 »
— Qu'est-ce que M. Igoghlein ? ai-je demandé à quelqu'un.
— C'est l'ancien propriétaire du cottage, m'a-t-on répondu. Madame (/Killingham lui doit encore cent cinquante livres, et elle ne peut pas les payer. Madame O'Killingham est à Londres; on l'attend pour la mettre en prison.
— En prison, pour cent cinquante livres !
— Attendez un peu,.. Il y avait aussi un jeune homme de bonne tournure, qui disait au vieux monsieur : « Tenez, voilà mon portefeuille, il y a trois cents livres, payez
et envoyez promener cette canaille. Je me charge de la chasser à coups de cravache, moi.» Et le vieux monsieur bais* sait les yeux et repoussait le portefeuille. On disait dans la foule : « Ce Jeune homme, c'est M. "William Beasley, du château de Bucks : c'est Tamant de madame 0*Killingham.
— On disait cela , Patrick ?
— Ne faites pas attention, sir Lively ; la foule ne sait jamais ce qu'elle dit. Moi, je me suis avancé alors, et j'ai dit à ITiomme de loi: « Attendez jusqu'à ce soir; M. Igoghlein sera payé. » J'ai pensé â vous , sir Lively , j'ai couru chez mon frère à Wycombe; vous étiez parti pour Londres; j'ai crevé mes chevaux, et me voici. Il faut sauver madame O'Killingham.
— Oh I s'écria Lively, si j'avais la force de sauter pardessus ce parapet, je serais déjà dans la Tamise.
Et 11 tomba de faiblesse sur une banquette de pierre du pont.
— Ce n'est pas pour rien qu'on a fait des parapets de cinq pieds de haut... Sir Lively, tranquillisez- vous... il y a de l'espoir... Combien vous reste-t-il des cent livres de M. Copperas ?
— La moitié.
— Je vendrai mes chevaux.
— Tais-toi Patrick; tu me tuesî... Cent cinquante livres î... toujours de l'argent !... Toujours... Patrick, 11 me reste une ressource... accompagne-moi jusqu'à Chandos- Street,,, j'ai là des fonds engagés dans une entreprise. Dieu m'aura été favorable .peut-être... Viens avec moi... tiens-toi prêt à cheval, tout prêt à partir.
— Tout à vous, sir Lively.
Le jeune Irlandais , appuyé sur le bras de Patrick,