‹ Les nuits d'hiverChapitre 14 sur 43 · A AMEDEE GUYOT · texte numérisé non relu

A AMEDEE GUYOT

Pour fortune sur cette terre.

Où Dieu m'a fait naître sans bien, J'ai le fusil de feu mon père, Pour ami je n'ai que mon chien; Je l'ai choisi dans la portée, Comme il venait d'être mis Das, Et pour lui faire la pâtée Souvent j'ai rogné mon repas.

Au marais, en plaine, en forêt, Bon à courre et ferme à l'arrêt, Il quête, haut le nez dans la brise; Quand le coup part, la pièce est pris* Il est aussi bon qu'il est beau, Mon Ramoneau.

C'est Ramoneau que je l'appelle, Et pour le vendre on m'offrirait De l'or trois fois plein son écuelle, Que je dirais : « Non, » sans regret; Car depuis vingt ans que je chasse, Par pluie, ou vent, ou plein soleil, J'ai dressé bien des chiens de race Sans jamais trouver son pareil.

Griffon pur à tête superbe, Où dans le poil le regard luit

Tel que le ver luisant sous l'herbe, Il est tout noir comme la nuit; Et les limiers de vénerie Qu'on estampille sur le flanc D'un chiffre ou bien d'une armoirie Ne sont pas nés d'un meilleur sang.

C'est un rude et madré compère :

Quand nous maraudons dans un bois,

S'il entend le propriétaire,

Il me l'annonce par la voix;

Et pour ne point donner l'alarme

Lorsqu'il évente un fin gibier,

Il est prudent comme un gendarme

Qui veut surprendre un braconnier.

Quand il a bien fourni sa tâche, Et qu'au foyer, brisé, rendu,

Secouant sa queue en panache, Il sommeille, long-étendu, Croyant toujours mener le lièvre, Il aboie intérieurement Avec des mouvements de fièvre.

De petits sursauts en dormant.

Ses dents ne lui marquent plus d'âge; Aussi vieux que le temps jadis, La vieillesse a sur son pelage Imprimé des chevrons blanchis; Mais il a toujours bonne gueule, Et, lorsque revient le printemps, Autour de sa vieille épagneule Il rôde encor de temps en temps.

Homme ou chien, ici-bas tout passe :

Ramoneau r'a plus le nez fin,

CHANSONS RUSTIOFES.

Son œil s'éteint, sa voix se casse; Mais les vrais chiens n'ont pas de fin..* Dieu là-haut leur garde un bon gîte, Frais en été, chaud dans l'hiver, Au paradis des chiens d'élite, Dans la meute de saint Hubert.

Au marais, en plaine, en forêt, Bon à courre et ferme à l'arrêt, Il quête, haut le nez dans la brise; Quand le coup part, la pièce est prise. Il est aussi bon qu'il est beau, Mon Ramoneau.

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