‹ Les nuits d'hiverChapitre 15 sur 43 · MARGUERITE · texte numérisé non relu

MARGUERITE

Elle s'appelait Marguerite, Et comme celle à qui jadis Faust allait offrir l'eau bénite, On Tattendait au paradis.

C'était une humble et douce fille Aimant son père et craignant Dieu Dans plus d'une pauvre famille On l'appelait l'ange du lieu.

Comme l'aurore matinale Fraîche comme elle, s'éveillant Dans son alcôve virginale, Elle s'habillait en priant.

Pour unique et simple toilette, Sans riche atour et sans miroir, Elle ramenait sur sa tête, En bandeaux plats, ses cheveux noirs.

Puis comme elle avait fait la veille.

Au joug du labeur se mettant, Cigale en même temps qu'abeille, Elle travaillait en chantant.

Mais le vieux refrain de romance Qu'un vieux poëte avait chanté

Traversait dans son innocence, Sans troubler sa limpidité.

Jusque vers sa quinzième année Heureuse, elle vécut ainsi.

Qui donc peut l'avoir entraînée Dans le chemin où la voici?

Maintenant elle est descendue Aux bas lieux de l'impureté; Son alcôve ouvre sur la rue, Et son nom est numéroté.

Elle parle un langage étranse.

Met du carmin sale, et du blanc A son front pur que son bon ange N'osait effleurer qu'en tremblant.

Elle s'appelait Marguerite, Et comme celle à qui jadis Faust allait offrir l'eau bénite, On l'attendait au paradis.

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