‹ Les nuits d'hiverChapitre 25 sur 43 · SI TU VEUX ÊTRE LÀ MADONE · texte numérisé non relu

SI TU VEUX ÊTRE LÀ MADONE

Si tu veux être la Madone, Vierge comme elle, ô mes amours !

Dis un mot, et mon ciseau £onne Au marbre blanc tes purs contours,

Des saintes qu'à Rome on admire Tu seras la plus belle encor, Et les poètes, pour le dire, Vont préparer leur plume d'or.

A ton gré choisis, — marbre ou toile, Statue ou tableau, — dès demain, Pour mettre à ton front une étoile, Mon cœur viendra guider ma main.

Si tu veux être la Madone, Dans une châsse de vermeil On viendra foffrir pour couronne Le lis pur, à ton front pareil; Et, si tu veux, ô ma divine!

Bientôt ton image à l'autel Rendra jalouse Fornarine, La maîtresse de Raphaël.

Sous les piliers de ton église, Des pèlerins, de loin venus, Inclineront leur barbe grise Sur la blancheur de tes pieds nus; Et ceux que le bourreau menace,

Guidés par un esprit sauveur, Viendront chercher asile et grâce A ton piédestal protecteur.

Puisque ton front toujours se voile Quand je veux y mettre un baiser, Sur ton image, — marbre ou toile, Oh! du moins laisse-moi poser!

Laisse-moi poser, ô Marie !

Pour baiser, pour sceau radieux, L'immortalité du génie ; — C'est un manteau qu'ont mis les dieux.

Si tu veux être la Madone, Vierge comme elle, ô mes amours!

Dis un mot, et mon ciseau donne Au marbre blanc tes purs contours.

Février 134$.

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