‹ Les nuits d'hiver poésies complètes Henri MurgerChapitre 20 sur 43 · A UNE ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

A UNE ÉTRANGÈRE

Au pays regretté par Mignon ttt naquis, Et, pareille à Mignon, tu regrettes et pleures. Sous le ciel étranger, le ciel de ton pays.

Rien ne peut te distraire, et tu passes les heures

A regarder mourir un arbuste apporté Du sol où Toraiiger fleurit toute Tannée.

liO . L£S NUITS D'HIVER.

Dans le Jardin d'Exil avec toi transplanté , Vois : son feuillage est p&le et sa fleur est fanée;

Tu n'as plus de sourire, il n'a plus de parfums.

Pour <[u6 Tarbre renaisse et.de nouveau fleurisse Sa moisson odorante et ses beaux cheveux bruns. Pour que Tennui s'efface à son front pur qu'il plisse,

U vous faut à tous deux le soleil du pays,

Regretté par Mignon quand aux cieux elle aspire ; Et Farbre aura des fleurs, et ton front le sourire Qu'un peintre au nom d'archange a tant cherché Jadis.

Traînant, traînant ta chétive existence.

Dans les sentiers tu t'anrétes souvent, Begardant fuir Tombre de FEspérance, Spectre railleur qui va toujours devant ; Voyant partout le vice ou la sottise, L^hypocrisîe au maintien indigné, Sûr du destin que je te prophétise, Marche I ton but n'est pas bien éloigné.

Quand du malheur tu sauras le marine,

Lorsque ton cœur sera triste, ulcéré.

m LES NUIfS D*HIVER^

' Ne pleure pas, tes larmes feraient rire :

Il est des gens qui n^ont jamais pleuré»

A ces heureux, loin de porter envie, Jette en passant un regard de pitié,

Car, sans les pleurs, que sait-pn da la vie?

G*est un roman qu^on n*a lu qu*à moitié.

Septoinbn 1844.

Ami, puisqu'à ton front Va^rt a mis deux étoiies, Puisqu'un double rameau fleurit entre tes. mains, Du couple Cratemel va soulever les voiles.

Et marehe rayonnant dans les sentiers humains.

Ami, — puisque le temple a pour toi deux idoles, Sur les autels jumeaux allume Tencensoir; Puisque sur ton blason Dieu grava deux symboles, Prends* le pinceau le Jour, et la lyre le soir.

114 LES JNUITS D'HIVER.

Ami, » puisque ta sphère est deux fois constellée.

Que de ton cœur sans cesse émane un double accord.

Par deux divinités, ton espérance ailée

Dans un ciel lumineux doit prendre un doUble essor.

Ami, — peintre et poëte, âme deux fois sacrée, Partfige ton amour entre les deux sillons; Palette harmonieuse et lyre colorée,

liépands tes deux parfums, jette tes deux rayons.

Pîoveinbre 1841.

Page 1