A LA FONTAINE DE BLANDUSIE
IMITATION D'HORACE (0 fons iilandusiœ)
Fontaine au flot plus clair que le cristal sacré
Où des libations le vin est préparé.
Demain, dans ce bassin où ton onde caresse
Un rivage do marbre apporté de la Grèce,
Je veux semer des fleurs et répandre le sang
D*un chevreau Jeune encor, dans Tiierbe bondissant.
C'est vaiuement déjà que son instinct devine La chèvre en liberté, paissant sur la colline; Vainement qu'il s'apprête à la lutte, à Tamoar :
Demain, je te Timmole à la cliute du jour.
Victime dont les fleurs parfument Tagonie,
Ses derniers bêlements & la douce harmonie Que la brise du Tibre éveille en tes roseaux Se mêleront ainsi qu^à tes limpides eaux, Miroir de la naïade amante des fontaines,
Se mêlera le sang échappé de ses veines.
Puis, sur le luth d'ivoire à mon bras suspendu,
Des siècles à venir pour quMl soit entendu.
Je veux chanter ton nom, ô fraîche Blandusie I
Mais de mon sacrifice et de ma poésie, '
En acceptant Thommage, oh l du moins quelquefois,
Si ma voix te supplie, écoute alors ma voix.
Ma voix qui te dira, doucement amoureuse
N'atteuds-tu pas ce soir la craintive baigneuse,
Néobulé la blonde, aux regards ingénus, Que, sur Tautel du temple, on prendrait pour Vénus ; ' !N^obulé que j'aime et qui fuit ma parole Pour oelle d*un enfant vainqueur au discobole, . Timide adolescent qui ne sait que rougir.
Et qu'un baiser d'amour ferait évanouir.
Mais qu'elle me préfère aujourd'hui, l'infidèlo, Car il est, cet enfant, aussi beau qu^elle est belle? Et depuis que trois fois, au milieu des bravos. Son nom fut proclamé, môme par ses rivaux, Le Jeune Hébrus, partout, & son pas attachée, Trouve Néobulé, pour moi seule cachée.
Mais, puisque dans ton onde elle revient souvent Baigner sou pied d'albâtre et dénouer au vent Ses cheveux, que, suivant les modes lesbiennes. Ont tressés sur son front d'autres mains que les miennes ;
Vo'k LES NUITS D lllVLli.
Puisque souvent eucur, sur le sable doré, L'un après Tautr^elle a IcjUcineiu retiré Ja8qu*à son dernier voile, et qu'*alors ^le mire Sou beau corps, caressé par Tamoureux Zépbyre, —
Dans tes flots transparents, de nia Aéobulé, Ce beau cygne inconstant de mon toît envolé.
Dans tes flots pour mes yeux conserve au moins Timage, Aliroir de BUindusie, et que hous ton bocage ' Je rencontre toujours, flottant à mon côté, Le mensonge aussi bien que la réalité.
If