LES TROIS VOILES DE MARIE BERTHE
Le premier voile de Marie Bertbe était d'un lin phis blanc que la neige , et tramé de ûls aussi légers que ceux que dévident M Ciseaux de la ^erge. Marie Berthe Tavait brodé de ses mains, et il était orné
d'une guirlande en fleurs de soie si bien imitées» que les abeilles s'en approchaient.
Elle ne mit qu^une fois son voile blanc » — le Jour
où elle fit sa première communion.
Le second voile de Marie Bertlie était de laine noire.
m LES NUITS D*HIVER.
Elle l'avait commencé le jour où sa mère était morte et où elle était restée seule à la maison, n était brodé de palmes sombrès comme celles des arbres qui sont dans les cimetières, et Marie Berthe Tavait arrosé de toutes ses larmes.
Elle ne mit qu'une fois son voile noir« -~ le jour où elle devint la fiancée du saint Christ dans le couvent de FAve-Maria.
Le troisième voile de Marie Berthe était fait d'un morceau de Tazur céleste. II était' brodé d'étoiles, et il embaumait les odeurs du paradis.
Ce fût son ange gardien qui le lui donna le Jour où elle s'en alla dans le ciel. *
ATril ISII.
LES MESSAGES DE LA B4iISE
« Douce brise. du fioirl disaleût les oiseaux per** cliés au bord de leur nid, porte nos chansons à la
jeune fille qui rêve là-bas", assise à son balcon ; dislui que c'est pour elle que nous faisons des concerts dans les arbres. ^ Oui , dit Talouette» c^est moi qui réveille le matin. Et c'est moi qui Tendors le soir, ^ dit le rossignol. — Douce brise du soirl disait la cloche, prends
mon carillon sur tes ailes, et porterie à la rêveuse
m LES NUITS D'HIVËR.
qui regarde dans la plaine. Mes notes d*argent lu!
rappelleront la petite église et la chapelle de sa patronne, où elle apportait des ijuirlaûdes.
— Douce brise du soir 1 disaient les grillons eadiés sous les blés, prends nos refrains sur tes ailes, et porte-les aussi à la jeuue fille; ils lui rappelleront les moissons mûres et les bloets qu*elle liait en couronne.
— Douce brise ùxk soirl disait le jeune.honune qui veillait, au clair de sa lampe, dans sa chambre soli-
taire, à celle qui rêve là-bas, assise au balcon, porte les paroles de mes lèvres et fais4es chanter à son oreille. Prends mes pensées et laisse-les . tomber dans son àme. Prends mes baisers et mets-les sur son front quand tu . caresseras' seà cheveux. Prends sur tes ailes mon amour tout entier, ses larmes et ,ses sourires, ses craintes et ses espérances , et porte-le tout entier à la Jeune fille qui rêve là*- bas, assise à son balcon. » /
. Et la brise s^nvola de son plus rapide essor, et fut accomplir ses messages.
BALLADES. Sfï
u Brise du soir! dit la jeune fille, va dire aux oi~ seaux qulls m'appellent, sMls tombent aux mains de r<ri6eleur; j'irai les délivrer de là cage et du lacet, et
je leur rendrai la liberté du ciel et leurs nids dans les bois.
« Bis à la clochette qui tinte que je ne Ta! pas oubliée; ses Angélus me trouvent toujours à genoux devant ttne image de ma patronne, comme autrefois, . quand je portais des guirlandes k sa chapelle.
« Dis aux grillons des plaines que je me souviens d'eux. Quand la neige couvrira les clianips, je leur donnerai un nid dans mon foyer, et ils me rappelleront celui de ma famille, oû les fileuses s*assemblaient durant les veillées d'hiver.
« Douce brise du soirt au jeune homme qui veille là-bas, au clair de sa lampe, dans sa chambre solitaire, porte sur tes ailes cette écharpe que j'ai brodée de mes mains. Les fleurs dont elle est semée ont reçu la rosée de mes yeux, et mes lèvres lui ont souvent confié le secret* de mon cœur.
m LES NUITS D'HIVER.
' « Douce brise du soirl prends non amoarmr tes
ailes. » '
Et la brise s^envola, chargée de ses nouveant niessages.
Hat IS44.