LE COLLIER DE LARMES
Un seigBeur d*Allemagne, a^-unt résolu de suivre les prlDces qui allaient délivrer le saint Sépulcre, fit sonner le clairon dans ses domaines. Et, ayant rassem-* blé cinquante de ses vassaux, il les arma en guerre, paur marcher à rencontre des Sarrasins. Lé jour 'dû départ, il embrassa cent fois sa jeune épouse et son enfant tout nouveau-né, et, après les avoir recommandés à Dieu, il partit pour la croisade, — précédé de sa bannière. ,
Mais, à la première bataille, le comte tomba en
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embuscade et fut pris par les infidèles, qui 1q traiter rent misérablement. Et le Soudan exigea pour sa rançon une somme si considérable, qu*on Taurait à. peine réalisée en mettant à sec les trésors de trois quartiers Juifs. I Une année était accordée au comte pour fournir le
prix de sa liberté.
Mais le noble seigneur, qui était peu riche, se résigna chrétiennement & la mort.
Néanmoins il fit transmettre* à sa femme uA message d'adieu, où, après lui avoir appris son sort, il lui disait:
« Dieu Ta voulu, — que sa volonté soit faite I Console-toi, vertueuse épouse, — et pense à moi aussi longtemps que tu le pourras,
« Embrasse mon fils; et, quand il sera grand et fort, donne -lui une épée. Ou*il| vienne à son tour combattre pour son Dieu, — et venger son père.
« Je f envoie, m'a chère femme, un morceau de la
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vraie croix et uu rameau cueilli dans le bois des Oliviers, où Notre -Seigneur a dormi sa derrière nuit. »
A répoque où la comtesse reçut cette lettre, Tin-
cendie venait de détruire son château; — Tannée avait été stérile; il y avait grande misère dans le pays. Et la pauvre femme du cujiitc était presque aussi pauvre que le bouvier qui menait paftre ses troupeaux avant qu'ils eussent été emportés par une maladie.
Mais cette honnête dame avait uu grand fonds de • courage, et se dit en elle-même :
« Si mon seigueur doit mourir, — il mourra dans mes bras»
«Et pourra bénir son héritier, — qui n'aura d'autre héritage, hélas l
M Que le glorieux uom de son brave père. «
Et, prenant son enfant dans ses bras, — la ccm-
tesse partit pour la Palestine, •
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Où^Ue ne serait pas arrivée, sans la protection de sa patronne, qui était descendue du ciel pour raccompagner dans son pèlerinage.
EUe arriva au camp des infidèles, juste un jour avant le délai fixé pour le payement de la rançon du comte.
Mais, voyant qu elle était misérable — et n'apportait rien, le Soudan ne lui permit même pas do voir son mari, et ordonna qu'il serait mis à mort le lendemain, — au petit jour.
Mais, dans la nuit, la comtesse eut une vision.
Elle vit paraître devant elle sa patronne , sainte Marguerite, celle-là qui a marché sur la tôte du démon.
Elle tenait à la main un coiiier à trois rangs de perles plus grosses que celles )qu'on voit à la tiare du saint-père.
Ht disait à la comtesse t
« Madame, Dieu, mon maître, qui a créé le monde et règne sur Tunivei^, vous a vue forte dans les alar-
mes, et m^envoie à votre secours. Et la Vierge, mère de Jésus, pour qui votre époux souffre en captivité, m*a dit aussi : « Cours et sois prompte, n « Je.vous apporte un trésor qui payera la liberté du
comte :
« C est un collier perles plus rares et plus belles que celles qui naissent sous Teau de la mer,
« Où les rois les envoient chercher par des esclaves habiles à la nage et sans peur contre les requins.
« Ce collier précieux a>été travaillé et monté en or fin par saint Éloi, mon ami, qui est orfèvre d^ paradis, et il y a mis tous ses soins.
« Ces perles ont été puisées dans votre dévouement et dans votre courage conjugal et chrétien.
« Ce sont les larmes que vous avez versées pendant votre douloureux pèlerinage; je les ai recueillies une à une, sur vos pas, et, avec Tagrément de Dieu , je les ai métamorphosées aiiisi que vous toyez. »
m LES NUITS D*HIVER.
Et, une auuùe après, le seigneur chrétieu, de retour dans ses domaines, faisait reconstruire son château,
' Dans lequel une cUapelle fut élevée à sainte Marguerite, la patronne de sa lidèle épouse.
FéTrier i84S.
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LE PKfclMlEU PKCUE DE MARGUERITE
EUe â^appelait Bfargaerite, et on Tattendait au paradis : car Dieu avait dit : « C'est une âme exceliente»
et, comme il pourrait lui arriver maliieur là-bas, je la rappdlerai un de ces jours, — si j'y pense. »
C'était une humble et douce fille, — et on Tavait surnommée l'ange du lieu.
Matinale comme l'aube, et Iraiche comme elle, tous les jours, en s^éveillant, elle faisait ia prière que lui
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avait apprise sa mère, et s*habillait ensuite dans son alcôve. — Et, n'ayant point de riches atours, elle se
passait de miroir.
• Puis, comme elle avait fait la veille, — et comme elle ferait le lendemain, pour vivre honnêtement, elle se mettait à l'ouvrage. * ^
Et, cigale en même temps qu^abeille, — elle travaillait en chantant
Une vieille chauson de gloire et d'amour, qui avait déjà passé sur bien dos berceaux, mais dont les vers pouvaient traverser une Ame innocente çans troubler sa limpidité.
Un soir d'étés elle éUiit assise devant sa maison» iilaut le lin domestique*
C'était à Theure où les étoiles naissent une à une ^ dftns le ciel, et servent de signal aux ambnreux.
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Qui codrent aux rendez-vous avec les bonnes jambes de vingt ans et qui arrivent avant Theure, . Car le cœur devance toujours le cadran.
Bfarguerite chantait sa chanson en tournant son rouet,
Lorsque passa devant elle une de ses voisines, qui allait à une fête prochaine. — Elle était vêtue d'habits nèufe, et çourait, appelée par le bçuit des tambourins que le vent apportait d^alentour.
Mais elle s'arrêta devant Marguerite,
Pour qu^elle vit sa robe neuve,» et son collier, et ses pendants d*oreiUes ; £t lui donna la main,
Pour qu'elle pût voir un ai^neau dk)r qui brillait à son MgL Puis elle se sauva en riant.
£t Marguerite la suivit d'un regard — qui donna de nnquiétude à son bon ange.
Et le lin filait moins rapidement entre les doigts
de Blarguerite« et 1^ rouet ne faisait plus entendre
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son bruit monotone, et le fuseau tomba de Ses mains.
Et, comme le bmiit quM] avait fait en tombant fit ^ sortir la jeune fille de sa rêverie, en relevant les yeux, elle trouva, debout devant elle,* - .
Tenant à la main nn feutre, où flottait une plume souple comme une flamme, un cavalier magnifiquement vêtu, qui lui fit un respectueux salut, et, d'une
voix douce et galante, — lui demanda : ^ ,
a. Lé chemin de la vDle? »
Marguerite le renseigna, et étendit la main pour mieux lui indiquer la route qu'il devait suivre.
Alors rétranger sMnclina, et, en échange du service qu'elle venait de lui rendjre, il Ura de son doigt un anneau d'or, d^ps lequel était enchâssé un diamant brillant comme une étoile, et le passa au doigt de Marguerite,
Qui trouva le diamant plus beau que celui de sa compagne. '«
Et le visage jdu cavalier s^îUumina. â*iin' sourire étrange.
' Mais survint «lors un homme mendiant, vêtu de
haillons, qui s'arrêta aussi devant Marguerite, — et,
d'une voix bris6e, lui demanda : * *
« La charité, ma belle demoiselle! •
Marguerite retira l'anneau de son doigt, et le donna au pauvre.
L'étranger poussa un cri de rage, — et étendit la main vers la jeune fille.
Mais le pauvre, qui n'était autre ciue l'ange gardien de Marguerite, métamorphosé, — la couvrit de ses ailes*
Et Satan, venu pour la tenter, recula devant l'esprit •céleste.
Et, le soir même, ^ Tange gardien alla conter Taf»
fajre au bon Dieu, et lui dit :
« Seigneur, il serait bon de la rappeler ici. » Et Dieu répondit:
« En effet, j'y songerai. »
Mais, le lendemain, il n'y pensait plus.
Et, un an après, en sortant de réglise,'MargUnrIt;p
m LES NUITS D*HIVER,
rencontra un jeune homme qui lui offrit de l^eau bénite, ' 11 avait un cœur d*en£ant et un esprit {séculaire^
Et se nommait Faust.
Févfier 1848.