SUR HENRY MURGER
leur nuage, ont conservé quelques-uns des plus doux rayons des paisibles matinées, quand la jeunesse est suffisante à parer même les amours les moins chastes et les plus vulgaires.
Sami doute, à la lectuve de cçs élégies d'un Aveer qui coihmence à trente ans, le lecteur sympathique et qui sait compn^ndre une plainte apprendra le secret de Murger. Pourquoi ce sourire éclatant? pourquoi ces larmes, cachées? pourquoi tant d'humbles prières et pourquoi tatet d'orgueil? Une des plus belles pièces du présent livre est cdle qui se termine ainsi :
« Dites-lui que J'ai la Voltaire. »
fmpiété puérile I Â peine il fut entré, cet aimable esprit, dans les linàïes misérables, iqcessamment ouvertes à la misère, au génie, au bel esprit, à l'abandon, au poëme,
au roman, à l à me inflexible qui ne sait ni flatter ni mentir, à rimprévoyanco, au doute, au désespoir, le premier soin, le premier cri de ce fameux lecteur de Voltaire : Ihi prêtre I un canfesseurl Qu'on me porte à la chapelle I Et le prêtre est. venu, qui l'a consolé de lui-même I O bohème f ô yoltairiens ! c'est ainsi que finiront les plus sages et les plus heureux d'entre vous I Sont venus aussi les amis de Mûrier; braves gens, ils n^ l'ont pas quitté qu'il n'eût franchi ce passage abominable; ils ont veillé à son chevet; ils ont fermé ces yeux fottgués des spectacles impurs ; ils ont suivi ce léger cercueil; et voyez le miracle! Autant le grand poète Alfred de Musset fut abandonné dans ses funérailles, autant le bohème Henry
Kl LUES
Nurger fvt accompagné dans le sentier qui mène à son
tombeau, Alfred de Musset est enseveli sous la («roie austère d'un sien confrère de l'Académie; Ueury Mur^r n'entend, du fond de sa tombe ouverte avani Theitre, que • bonnaa et douces paroles tombées de bouches amies; et la presse, intelligente gardienne de la justice après la mort, ne voue plus au cercueil de Murger que plaintes honorables, tendres adieux! D'où vient tant de zèle à célébrer celui-ci , à négliger celui-là , son maître, et sans comparaison ? Il faut le demander à l'opinioa publique, à la sincérité du malheur de Murger, et peut-être ^ la palme académique de l'auteur de RoUa ! Interrogez la jeunesse absente du tombeau d'Alfred de 3Iusset; interrogez ces Jeunes gens qui viennent en foule aux obsèques de Henry Murger ; ceux-là, . ici, ceux-ici , là, yous répondroni : « Le vent souffle oii il veutl » Ainsi feit.la sympathie, ainsi £iit la pitié !
Henry Murger est mort à l'hôpital. Nous nous servons tout exprès de ce mot terrible : hôpital, pour ne rien ôter à la sympathie, à la pitié que mérite un labeur si rare,
tin talent si charmant. HôpikU, c'est le vfai mot Vous
déroutez la postérité, qui juge à la fois le poâtte et ses lecteurs, en déguisant sous un mot plus clément cette extrême misère. Il n'y a qu'un mot qui serve en tout ceci : [ kùpilal. Là sont morts bien des malheureuj^ que la musp avait touchés de sa lèvre, et Ton serait injuste et crqel de priver leur mémoire de ce complément suprême aux douleurs du poëte, au travail de Tartiste. A l^hdpital, et 'ïon pas dan6 la nuiUon DuboU, je vais chercher le j^rand
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poljte Gilbert ; c*6st dn partant de l'hôpital qu'un de nos
amis accompagnait na£îuèro un ^rand i2:ënio appelé Bordas-Dumoulin. Guslavn Planche est mort à l'hôpital: Antony Béraud, poète et soldat... à T hôpital I 0 vengeance! ô justice 1 ô contraste !... On a vu naguère même un libraire (il avait été l'éditeur des grandes œuvres de oe siècle) expirer à l'hôpital î Non, non, s'il vous plaît, Pétrone, et vous, Tacite, et vous tous (\n'\ riez en pleurant, qui mêlez une larme à vos sourires, pas de ces mensonges officieux qui semblent plutôt faits pour déguiser rinsensibilité des vivants que la pénurie des morts. Non, non, le poëte et Técrivain, le peintre et le sculpteur, le philosoplie et finventour, tous ces malheureux qui ne meurent pas dans leur lit, sous le regard bienveillant qui les veille ou sous, la main rustique et maternelle de quelque vieiUe^ervante, entourés des portraits aimés, des livres choisis « du chien qui pleure et de l'oiseau qui chante , ils meurent dans une maison d'emprunt ; non, non, celui-là qu'on vient prendre, infortuné ! dans son agonie e t qu'on emporte au milieu de la rue, et se demandant : « Qu'a-t-on foit de mon cercueil ? où sont mes amis pour m'aocompagner? Es^-ce que mon curé m'abandonne, et pourquoi n'entends-je pas les prières funèbres?» celui-là, ce mort vivant que vous emportez dans vos civières, ce n'est pas dans la maison Dubois qu'il expire... il expire à l'hôpital.
JULBS lANIN.
On n'a guère su que par Tannonoe de sa mort la maladie de Henry Murger, tant il a été promptement enlevé!
11 semblait plein de joie et d'e^^pérance, et il comptait pour sa réputation littéraire sur le volume de poési(»> qu*il préparait," une fraîche gerbe de jeunes souvenirs, il y avait mis le plus pur sang de son cœur et toutes les . "tendresses de son Ame; car Murger était un poëte dans son œuvre et dans sa vie. 11 suivait son rêve sans souci de la réalité, et ne remplaçait pas l'inspiration par ce travail voulu, presque mécanique, qui seul assure Texistence précaire de 'l'homme de lettres. Ce n'était pas paresse chez lui, c'était sobriété naturelle, délicatesse de goût, amour du trait vif et net. il cherchait le mot et non la phrase, et, rémolion atteinte, il s'arrt'tait, trouvant que la page ûaissait là. Par malheur, ce sont les longs romans qui rapportent; l'esprit tient peu de place; une larme ne couvre pas beaucoup de papier, et la sollicitude du ministre a dû Intervenir pouf entourer de soins la fin du poëte et donner à ses funérailles une pompe décente.
.Cette mort a été douloureusement ressentie. Henrv
Murger possédait un talent sympathique : il se disait aimer • de ses lecteurs. — Son esprit, et personne peut-être depuis