‹ Les nuits d'hiver poésies complètes Henri MurgerChapitre 8 sur 43 · LA CHANSON DE MUSETTE · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE MUSETTE

Hier, en voyant une Hirondelle Qui nous ramenait le printemps, Je me suis rappelé la belle Qui m^aima quand elle eut le temps..

Et pendant toute la journée, Pensif, suis resté devant .

Le vieil almanach de Tannée Où nous nous sommes aimés tant.

LES NVlTh D'HIVËA.

Non, ma jeimesBe n^est pas morte, U u*est pas mort ton souvenir; Et si tu frappais à ma porte, Mon cœur, Musette, irait Couvrir.

Puisqu'à ton nom toij^urs il tremble.

Muse de Tintidélité, Reviens encor manger ensemble Le pain béni de la galté.

Les meubles de notre ehambrette.

Ces vieux amis de notre amour.

Déjà prennent un air de fête Au seul espoir de ton retour.

Viens, tu reconnaîtras, ma chère.

Tous ceux qu'en deuil mit ton départ.

Le petit lit — et le grand verre Où tu buvais souvent ma part.

LES AMOUREUX

Tu remettras ia robe blanche Dont tu te parais autrefois, Et comme antrefois» le diman<^e, iNous irons courir dans les bois.

Assis le soir sous la tonnelle.

Nous boirons eneor ce vin clair Où ta chanson mouillait son aile Avant de s'envoler dans Tair.

Dieu, qui ne garde pas rancune Aux méchants tours que tu m'as faits.

Ne refusera pas la lune A nos baisers, sous les bosquet<^.

Ta retrouveras la nature Toujours aussi belle, et toiyours, 0 ma charmante créature, Prête à souriife à dos amours.

Musette qui s'est souvenue, Le carnaval étant âni,

Ua beau matin est revenue.

Oiseau volage, à Tancien nid; Mais en embrassant Tinfidèle, Mon cœur n'a plus sejiti d'émoi.

Et Musette, qui n'est plus elle, Disait que je n'étais plus moi.

Adieu, va-t'en, chère adorée,

Bien morte avec l'amour dernier;

Notre jeunesse est enterrée

Au fond du vieux calendriere

Ce n'est plus qu'en fouillant jla cendre

Des beaux jours qu'il a contenus,

Qu'un souvenir pourra nous rendre

La clef des paradis perdus.

AU MUR DE MA CRLLliLE

Au mur de ma cellule, ainsi qu^n reliquaire, A qui cinq ans ont fait un linceul de poussière, Pour tout autre que mol, symboles incompris.

De mon premier amour J'ai cloué les débris.

O Jours qui n^ètes plus. Jours qui Usités sans trêves Édore tant de fleurs et fleurir tant de rêves;

Nuits, qui suivez ces jours, et vous, heures des nuits,

Où plane le silence, où pleurent les ennuis.

W LES NUITS D*HIVRR.

Où le jeune homme veille, appeluut dans sa fièvre GeUe-4à dont le nom lui earesse la lèvre;

0 jours qui n'êtes plus, nuits qui suivez ces Jours, Lorsque vous nous fuyez en fuyant pour toujours, Que reste-t-il de vous pour qu*on ne vous oublie? Quelque ruban fané, quelque rose pâlie,

1 n voile, des cheveux en bracelets tressés.

Des gants un soir de bal perdus et ramassés.

Pauvres hochets du cœur que plus tard Tesprit rallie. Et près d*un Glodion accroche à la muraille*

LA CHAiNSON U'hlVEU

Les geus i^u'amuse le thé&tre Nous ont fourni pour eet hiver Du charbon de quoi remplir Tàtre ; Et le pain, dit-on, n*est pas cher.

Verrous tirés, ô ma petite!

Enfermons- nous pour nous aimer :

Tant que bouillira la marmite, Nous serons 1& pour Técumer.

LËS MIES D'UiVËH.

Si d*aiiiour sec et d*oiide pure L*amour, diw>n, ne ylt pas bien.

Notre tirelire murmure

Le bniit du flot pactolien.

A ce doux bruit qui noua caresse.

Sans crainte nous pouvoDjs dormir

Nous avons six mois de tendresse

Sur ia planclie de Tavenir.

Comme on effeuiiie dans un livre La bouquet fraîchement cueilli, Pour que plus tard il vous enivre ^D'un reste de parfum vieUli; Si nous ne voulons pas, ma ciière, Avant le temps nous oublier, Tristes ou gais, il faut nous faire Des souvenirs pour nous lier.

LES AMOUREUX

Quand le givre aux carreaux burine - Ses caprices étiacelants, Quand la neige épaSssit Hiermlne Dont elle a vêtu les toits blancs, Ermites du bonheur tranquille, Oublieux, oubliés de tous.

Que notre amour frïlenx s^exfle Dans^'égoïsme du cliez nous.

Messager de bonnes nouvelles.

Quand Noël au gai carillon Vtât pétiller les étincelles De la bûche du réveillon; Célébrant la vieille coutume, Entre le soir et le matin.

Sur la braise qui se consume Nous ferons griller du boudin.

L£S NUITS 0*UIVER.

Édu» d6 Rome et de Venise, Quand les grelots du carnaval.

Qu'à son gré Gavarni déguise.

Fredonneront rappel au bàl; Prenant de loin part à la féle.

Nous boirons le reste du via Où jadis la pauvre Musette Mouillait sa lèvre et son refrain.

Et tant qu'aux vives salamandres.

Lumineux esprits du foyer, Le grillon, rossignol des cendres Redira son cri familier :

FLgourdis dans notre bien-être.

Gomme au fond d*un nid duveté, Sans regarder le thermomètre Nous attendrons fleurir Tété.

LA JELNESSL N'A gU'lN TEMPS

MOMDK DB LA VIB DB BOHiCMK.

Notre avenir doit éclore Au soleil de nos vingt ans*.

Aimons et' chantons encore; La Jeunesse n*a qu'un temps.

Cuirassés de patience Contre le mauvais destin, Oe courage et. d'espérance Nous pétrissons notre paiu«

.Notre humeur insoucieuse.

Aux l'unl'ui es do nos cliantit.

Rend la misère joyeuse, la jeunesse n*a qu'un temps.

Si la maîtresse choisie, Qui nous aime par hasard.

l'huit fleurir la poésie

Aux llainmes de son regard.

Lui sachant gré d*ètre belle.

Sans nous faire de tourments

Aiinons-lii, — iiièine infidèle...

La jeunesse n*a qu'un temps.

l*uisque les plus belles choses, Les amours et la beauté.

Gomme le lis et les roses.

N'ont qu'une saison d éto.

LES AMOUREUX

Quuiid mai tout en fleurs arbore Le drapeau vert du printemps.

Aimons et ciiantons encore :

Lu jeunesse n'a qu*un temps.

Notre avenir doit éclore ' Au soieii de nos vingt ans l Aimons et chantons encore ; La jeunesse n*a qu*un temps.

CHANSONS RUSTIQUES

Googï

LE DlMAiSCHE MATIN

Le Samedi dit au Dimaoclie :

« Tout le village est endormi; L'aiguille vex*» luiuuit se peucUe.

Cest maintenant ton tour* ami Moi« je suis las de ma Journée, * Je veux ailei* dorinir aus^i; Viens vite, ton iieure est soDuée. »> Le Dimaoehe dit : « Me voici t »

Llib .NLliS 1) HlVhR.

Il s'éveille en bâillant derrière La nuit aux étincelles U'or* Et Arotte des mains sa paupière, Ets'habllle en bâillant encor.

Puis, quand il a fait sa toilette.

Pour aller lui dounev l'éveil, Il frappe à Phuis de la chambrette Où dort son ami le Soleil.

« De votre alcôve orientale

Sorteiî, dit-il, graud paresseux; Stella, vol»^ sœur matinale,

A Thorizon ferme les yeux.

Pour vous saluer, Talouette Chante déjà sur les sillon»;' Venez, venez, c'est jour de fête.

Choisissez vos plus beaux rayons 1 »

CHANSONS RDSTlQUfiS.

Le Dimanche sur la montagne

Monte, et regarde antoar de lui :

tt Ils dorment tous dans la campagne^

Ditr-il, ne faisons pas de bruit. »

Et doucement vers le village Il redescend à petfts pas £t dit au coq : « Par ton ramage, Mon ami, ne me trahis pas. »

Après ia bonne nuit passée,

Pour vous'accaeilllr au réveil On voit sourire, à la croisée.

Le Dimanche assis un soleil.

Et si quelque enflMt paresseuse Rêve un peu tard sur Toreiller, Il lui laisse finir, heureuse, Son réve avant de réveiller.

54 L£S MUlTb D'UlVEriT

G*est loi, le voili^ le Diiiiaaobe,

Avec le mois iie um ikouveau; L'amaiidier met sa robe biauche, Le bleu du oiel acure Teau, Les fleurs du jardie sont éekMes, Ou ci'oiiait voir le paradis; La violette parle aux rose^* Le chêne orgueilleux parle au buitç.

Au bord du uid, battant des ailes.

L'oiseau cliaute en se réveUlaut, lit dit bonjour aux hiroadelles Qui reviennent de TOrient.

Dans son bel habit du dimanche Le cliurdoiineret marclie fier, Bt vole aussi de branche en branche, £t jette sa chanson dans Talr.

Il apporte dsos les fuailles À chacun ae9 peUts cadeaux :

Des rubans pour les jeunes filles.

Et pour les enfiwts, des gftteattiu 11 De fait que chanter et rire, U débouche les vieux^ flacons.

Et, le soir, de sa poche U Ute Les flûtes et les violoiM*

Voyez combien Tou est trauquiUe Dans tout le village aujourd hui ; Le moulin à la roue agile Et Tenclume ont cessé leur bruit.

Les bœufs ruminent à la crèche, Libres du joug et du brancard, Et la charrue avec la bôche Se reposent sous le hangar.

LËS NUITS D*H1VER.

Tout le monde parait à Taise, On s^aborde d'un air content.

« Gomment va ton [>ère, Thérèse?

— Vilhem, comment va votre enfant?

Bon temps, voisin, pour la fntaille!

— Voisin, bon temps pour le grenier!

l^tTsonne aujourd'hui ne travaille, Excepté le ménétrier.

MA MIE ANNKTTfc:

Béveillez-voas, ma mie Annette»

Et mettez tos phiB beaux babits; C'est ai4ourd'hai grand jour de fête.

Le jour de fête du pays.

La Jacqueline matinale* En branle dans le vieux clocher.

Sonne la messe patronale Et nous dit de nous dépéclier*

LRfi NUITS n'HlVKK.

Allons, ma mie, allons plus vite.

Monsieur le curé nous attend.

Sans nous si la messe était dite, JjB bon Dieu serait mécontent.

néveiliez-vous, ma mie Auiictte, Et mettez vos plus beaux liabfts; C'est aujourdliui nprand Jour de fftte.

Le jour de fête du pays.

Chaque ntlMB est pifvisée

De ^peaux flottants et de fleurs Et Ton entend par la croisée Sortir de Joyeuses clameurs :

Ce sont les anciens du village Qui devisent, autour d'un pot.

Des vieux mptf» ds leur Jenui àfm Et de rhonne au petit chapeau.

CHANSONS BfTSTIQUBS.

Héveiliez-vous, ma mie Aniiette, Et mettez vos plos beaux lial>îts; (Test aii^ourd'hui grand jour de féte.

Le jour de fête du pays.

Après les vêpres et eomplies.

Bras dessus dessous, nous irons Nous promener dans les prairies Et dans les bois de» environs; Nous reviendrons par la Venelle, Où neige la fleur des sureaux, Dont la sauvage odeur 88 mêle Avec rôdeur des foins nouveaux.

Réveilles-votts, ma mie Annette, Et mettez vos plus beaux habits;

Cest aujourd'hui grand jour de f^te, Le jour de #ète^u pays, f

LRS iNCJITS D'HIVER.

Gomme ime outre enfluit sa musette.

Ce soir, le vieux ménétrier Fera, pour terminer la féte, Danser sous le grand marronnier.

Et, laide ou belle, blonde ou brune.

Qu'il soit laid ou beau, jeune ou vieux Pour la faire danser chacune Saura trouver un amoureux.

RéveiUei-vous, ma mie Annette, Et mettez vos plus beaux habits; C'est ai^ourd Uai grand jour de fête, IjO jour de fête du pays.

Hélas 1 mon Dieu, je me rappelle Que Tan dernier, à la moisson.

Celle qtt*en vain ma voix a|ipelle Chanta sa d«rnière chanson»

CHANSONS RUSTIQIES.

De sa maison quand je Tai vue Pour la dernière fois sortir, ' Elle était d*ttn drap blanc vêtue Ei ne devait pas revenir;

Car ma pauvre petite amie.

Sur un froid et dur oreiller,

Depuis longtemps est endormie Et ne peut pas s^b réveiller.

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