ET LOTERIES ALLEMANDES
pour être mis en possession de la grande Seigneurie de NEUSTALLMANSCHTEDT en Silésie, et pour toucher la prime de 400,000 florins (disons huit cent seize mille deux cent nonante-cinq francs au cours de change actuel), il suffira d'envoyer la présente feuille imprimée à M. Henri REIGA- KUM , Banquier, Commissaire et Conseiller des Hospices , à FRANCKFORT.
{Circulaire à domicile.)
Tout le monde sait que la Gazette d'État^ de Prusse se distribue la veille du jour dont elle porte la date.
Je me trouvais un soir, a huit heures, à l'imprimerie de jSI. Hayn, où je m'étais rendu pour [rendre 126 exemplaires d'une pièce de vers que j'avais composée pour une noce.
La cour était remplie de toutes sortes de gens. Les messageries de la poste et de la ville , les colporteurs du journal , les laquais des hauts fonctionnaires et ceux des ambassadeurs attendaient le moment où la porte du bureau serait ouverte et où la feuille serait délivrée.
Les conversations étaient curieuses ; je n'avais qu'à me taire et à écouter.
— Crois-tu pas que nous ferons marcher ? Laisse-moi donc tranquille ; à midi , quand je servais l'ambassadeur, il a dit qu'on allait désarmer.
— Eh bien , c'est là ce qui me ferait supposer que nous allons détacher un bon corps d'armée, car c'est presque toujours le contraire de ce que dit un ambassadeur qui doit arriver.
Je perdis de vue ces valets di|)lomatiques , et je me tournai vers un autre groupe.
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— Je donnerais bien quatre gros pour qu'on se dépêchât un peu plus aujourd'hui dans cette boutique.
— Et pourquoi donc ça?
— Parce que mon maître, le lieutenant-supérieur, a reçu hier la décoration de l' Aigle-Rouge, et^ comme il a prié à souper tous ses amis , il veut absolument que je lui apporte le numéro de la Gazette où sa nomination doit être insérée, parce qu'il veut en faire lecture au dessert. On était déjà au rôti quand je suis parti , et il y a une heure que j'attends. Les autres domestiques auront bien eu le temps d'en mettre assez de côté pour qu'il ne reste plus rien pour moi.
Un homme dont la figure et l'habit étaient assez honorables se tenait posté contre la porte même. Un des expéditeurs l'aperçut au premier rang , fendit la presse et vint lui dire à voix basse :
— Vous ne vous étiez pas trompé; ce que vous craigniez est arrivé ; je ne vous en dis pas
davantage. Nous attendons d'un moment à l'autre un messager du ministère des affaires étrangères, pour imprimer aussitôt un supplément, qui, au plus tard, paraîtra demain matin de trèsbonne heure, vous pouvez y compter.
Cet homme écouta, les lèvres tremblantes et le regard terne ; ensuite il se frappa le front et s'écria, en oubliant, et sa dignité personnelle, et la compagnie où il se trouvait :
— Me voilà perdu ! Au diable la réputation qui m'est acquise dans les journaux politiques ! On dira que je ne suis qu'un imbécillc et un mendiant.
Il se traîna en chancelant du côté de la rue, le publiciste officiel.
— J'arrive, j'arrive; voici le moment de rire aux dépens de notre vieux. — Voici des exemplaires que je viens de faire tirer pour lui. Le compositeur, qui est un bon enfant, a fait tourner le gros lot de la loterie sur le n° 4 5 c'est le numéro que le vieux prend toujours. Nous allons rire...
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A ces mots , chacun se réjouit à l'avance de la déception méditée , et tout le monde jeta les yeux sur un vieillard qui était assis sur une cuve, et qui attendait impatiemment le nombre des exemplaires qu'il allait distribuer le soir même à ses abonnés.
— Dix exemplaires pour le messager Mûller, cria de l'intérieur une voix officielle et monotone.
— Par ici, répondit le vieux commissionnaire en sautant de dessus son cuvier avec la souplesse et la vivacité d'un jeune homme.
Gomme on savait très-bien que, selon sa coutume, il ne sortirait pas de la cour avant d'avoir ouvert le journal, afin d'y regarder le numéro gagnant, tout le monde attacha sur lui des regards attentifs, et l'on n'y fut pas trompé , car, à peine eut-il reçu lesdites feuilles, qu'il courut se placer sous le réverbère , ouvrit le journal, et chercha des yeux le paragraphe de la loterie. Il devint subitement pâle comme la mort, et un instant après il était rouge comme le feu ; sa
figure se tiraillait en mouvements convulsifs, et ses yeux étaient hors de leur orbite.
— Dieu du ciel ! s'écria-t-il, j'ai gagné le gros lot!
Et aussitôt il enfonça ses mains tremblantes dans une des poches de sa vieille jaquette déchirée, en tira violemment un petit chiffon de papier qu'il ouvrit et qu'il examina en le comparant avec le journal à plusieurs reprises. Il ne pouvait en croire ses yeux ; il regardait cette feuille de papier avec une contention d'esprit qui avait quelque chose de pénible ; enfin il ne put pas y tenir : il fit entendre une sorte de cri sauvage , et puis il se mit h pleurer comme un enfant.
Tous les assistants poussèrent de grands éclats de rire. Cette hilarité féroce me fit l'effet d'une crampe névralgique,
— Rendez-moi vos dix exemplaires, Mùller; un erratum est encore échappé à la correction du protej le gros lot n'est pas sorti à Berlin, mais à Breslau.
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Le vieillard ne répondit pas une parole ; et comme sa figure n'était plus sous le réverbère , je ne pus y chercher l'expression des sentiments qui devaient l'agiter.
En sortant de l'imprimerie avec les 1 25 exemplaires de mon épithalame, j'aperçus le malheureux vieillard étendu par terre au milieu de la cour. L'écume lui sortait de la bouche, et ses doigts se cramponnaient hideusement aux fentes des pavés. . .
Les colporteurs et les valets disaient en sor-^ tant :
— En voilà encore un à qui la loterie royale ne profitera guère!
Teutonia! Teulonia!
Patrie du divin Klopstock et do prodigieux De Goethe ! — Je te salue.
Teutonia ! berceau du Kantisme et du Psycliéisme! — Je t'admire.
Heureux pays où surgissent les rêves dorés et nacrés que la lune germanique éclaire avec tant d'amour!
Teutonia ! — Je t'aime.