SCÈNE IV
ROMANY, MACREUSE, cachés, LUCIEN, BOUVARD.
Bouvarn.—Ici, nous serons plus à l’abri des regards, et surtout des oreilles, mon cher monsieur Lucien. Eh bien, vous m’apportez le contrat pour la fourniture de l’armée ?
LUCIEN.—Ce n’est pas sans peine, monsieur que j'ai obtenu du comte de Flavignan qu'il
emandât, pour vous, la signature du ministre.
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Bouvan».—Ah ! voilà une marque de défiance ui me surprend... (A part.) Et une déclaration e guerre qui me met à mon aise.
LuciEN.—Enfin, le voici! (Z{ lui remet un papier.)
Bouvarp.—Croyez à toute ma reconnaissance.
LuciEN.—C'est bien, ne perdons pas de temps.
Vous m'avez rendu hier un de ces services qu'on n'oublie pas, mais... à de bien dures conditions ! n'importe ! vous avez votre contrat ; maintenant rendez-moi mon reçu. (// s’assied à gauche.)
Bouvarp.—Ah ça, mon cher Lucien, je crois que vous me boudez, ma parole d'honneur.
LUCIEN.—Moi ?.…
BouvarD.—Vous m'en voulez! pour ce maiheureux reçu! Mais, cependant, quoi de plus simple ! Comment! vous venez comme cela, au pied levé, m’emprunter deux cent cinquante mille francs... sur votre signature !
LuCIEN.—Monsieur.….
BouvarD.—Oui... sur la signature d’un pauvre petit secrétaire à gages. convenez que ce n'était pas suffisant! Au moins, vous dis-je, faites-moi un reçu en conséquence, et comme je connais M. de Flavignan, qu'il vous aime, qu'il est homme, un jour ou l’autre, à payer pour son cher petit Lucien.
LUCIEN.—Oui, dût cet excès de loyauté entraîner sa ruine. (// se lève.)
BouvarD. — Eh bien, ajoutai-je, vous allez mettre dans votre reçu que cet argent vous est donné pour le compte de M. de Flavignan. Au
moins, de la sorte, j'avais une espèce de garantie.
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LuciEN.—Allons, soit ! Mais, vous avez ajouté que si je parvenais à obtenir pour vous ce contrat, cette fortune !.. vous me rendriez ma quittance ! Eh bien ! vous le voyez, j'ai levé tous les obstacles, j’ai vaincu toutes les répugnances ; voici deux millions pour deux cent cinquante mille francs, deux millions que je vous donne !
BouvarD. — Mon chér ami, nous sommes quittes.
LuciEN.—Quittes ! vous voulez rire, j'imagine. Ce n’est pas à l’école de mon maître qu’on apprend à s'acquitter de la sorte. Je reste votre débiteur, j'emploierai tout ce que j’ai de force, d'énergie, de jeunesse, j’userai ma vie à vous payer; mais ce que je demande, monsieur, ce que je veux, c'est que le nom de Flavignan ne soit pas plus longtemps mêlé à cette funeste affaire. Je viens donc réclamer votre parole, et vous redemander cet écrit.
BouvarD (à part).—Allons ! il faut casser les vitres. (7/7 passe à gauche.)
LucIEN.—Vous vous taisez, monsieur.
MACREUSE (soulevant un peu la draperie).— Ecoutez bien cela, Romany F
Bouvarv (à gauche). — Quand vous m'avez donné hier ce titre précieux, avez-vous remarqué que je l’ai enfermé dans une certaine cassette... là... dans mon cabinet? (// en désigne la porte qui est à droite.)
LucIEN.—Eh bien ?...
Bouvarn.—Eh bien, mon cher, il y restera ; il n’en sortira plus.
LUCIEN.— Vous dites ?
BouvarD.—Je dis que je le garde.
LucIEN.—Et... qu’en voulez-vous faire ?