SCÈNE 1ùne
RONCEVAUX, FLAVIGNAN.
Roncevaux (allant à gauche, pour fermer la porte à clef).—Comme cela, nous ne serons pas dérangés.
FLAVIGNAN (assis. La lampe jette des reflets vacillants sur sa figure pâle et dat). épêchons ! Me voici tel que vous m'avez voulu, seul, dépouillé de ma puissance. regardez-moi. J’ai vieilli de dix années en une nuit.
RoNCEvAUX.—Oui, oui, tu m’as payé dans cette nuit de souffrances mes vingt ans de rage et de souvenirs!
FLAVIGNAN (se levant) Mais parlez, enfin!
que vous ai-je fait qui méritât ce supplice ?
RONCEvAUx.—Ce que vous m'avez fait !..… Une jeune fille existait, belle et pure, d’un nom dont j'étais fier... C'était votre sœur et en votre qualité de chef de famille, vous m'aviez promis sa main... Je l’aimais d’un amour insensé, d’un amour aveugle et fata! . un autre parut et se
posa en prétendant... en rival... Ce rival était mon frère, ilest assez puni,...ila perdu la raison !... Maïs vous qui m'aviez donné votre parole... vous qui avez permis que dans mon malheur, un autre se taillât une félicité... vous me demandez ce que vous m'avez fait !
FLAVIGNAN.—Pauvre Henri !
RONCEVAUx.—Je vous l'ai dit: son corps existe, mais sa raison n’est plus.
FLAVIGNAN.——Finissons-en! vous m'avez fait venir. Que voulez-vous? que demandez-vous ?
que vous faut-il ?
Roncevaux (descendant à gauche).—Rie” !
j'ai Lucien. Que ma vengeance s’assouvisse sur
ui ou sur vous, que m'importe ! Je le hais autant que vous, Lucien,...le fils de monrival...
FLAVIGNAN (allant à lui).—C'est bien. (Avec effort.) Je sais ce que vous voulez ; je viens m’of-
frir à sa place.
RoncevAUx.—D'accord! (Z[ va à la table et montrant un papier.) Lucien sera libre, si là, à côté de sa signature, vous écrivez votre noin.
FLAVIGNAN.—Jamais ! jamais !
Roncevaux.—Alors, je garde Lucien !
. FLAVIGNAN (mettant la main sur le papier) .— Mais si je déchire... si je broie cet écrit. /.
Rovcevaux.—Lucien mourra |
FLAVIGNAN.—Mais, tu sais... je ne suis pas seul ; Renaud m'a suivi. Il est ici, il peut fouiller ces masures, il peut... | Roncevaux.—Il peut tout cela !... Seulement s’il arrive à Lucien, il ne trouvera qu'un cadayre ! . FLAVIGNAN —Mais lui mort, je te traînerai à l'échafaud !
RONCEVAUX. —Oui, mais Lucien sera mort,
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—Rie” !
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table et , Silà, à noin.
D1Er) . = Lolo:
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ulement adayre !
aînerai à
mort.
FLAVIGNAN.—Non, non ; un homme tel que toi doit tenir à la vie ! |
RonNcEvAUX (passant devant lui et allant à gauche).—Allons donc! bien moins qu'à ma vengeance !
FLAVIGNAN.=0h ! mon Dieu !
Roncevaux (éirant sa muontre).—Monsieur le comte, il vous reste cinq minutes. Passé ce temps Ja discussion sera close.
FLAVIGNAN.—Ou mon déshonneur consommé !
Roncevaux.—Votre déshonneur ? Qu'est-ce que j'en ferais?.. Ne vaut-il pas mieux que je m'abrite à l'ombre de votre vie sans tache et que par votre puissance restée debout, j'assure mon impunité ?... (Regardant à sa montre.) Quatre heures du matin vont sonner.
FLAVIGNAN.—Non, c’est impossible! Il y a un LE tu Il doit y avoir un moyen ! Je ne puis
as le laisser mourir ainsi ! (Après un temps.) Roncevaux !... Et qui m'assure que tu me Île rendras ?
.. Roncevaux.—Mon intérêt, car Lucien mort, que te resterait.il à ménager ?
FLAVIGNAN. —Mort! ah! eh bien! qu’il meure ! qu’il meure !
RONCEVAUX (riant).—Ah ! le lâche !
FLAVIGNAN.=Moi ! (Plus bas.) Il a raison !
Que ferais-je en ce monde... ma. vie est brisée... l'avenir est perdu pour moi. (ÆAoncevaux fait un mouvement.). Attendez ! Que Lucien vive !... quant à moi... votre volonté soit faite, 0 mon Dieu ! (Z/ signe et tend la quittance à Roncevaux.) n
… RoNCEvAUXx (prenant la quittance).—Vos destins sont désormais liés { ma vie... (/l va
ouvrir la porte de pouce) Vous êtes libre, et je vais aller chercher Lucien. (Z{ sort par la droite.)