‹ Les nuits de ParisChapitre 13 sur 44 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

Le régcnl avait été assassiné sous la table.

Une mine d'or venait d'être découverte en Louisiane.

Le prince de Galles avait raflé vingt millions sterling d'actions.

Et la roulette fanlaslique tournait.

Le rouge et le noir imaginaire dictait ses fabuleux arrêts.

L'or ruisselait. Les billets volaient de main en main.

Ce n'étaient pas de ces savants cliiftons qui défient le talent du faussaire et présentent, comme nos billets de banque, mille obstacle? enchevêtrés à celui qui voudrait les imiter.

C'étaient de simples carrés de papier -écolier où la banque du Mississipi promettait de payer telle somme au porteur, valeur reçue comptant.

Le tout timbré à sec aux armes du roi.

Car ces régents folâtres opèrent toujours sous le couvert du roi.

Lagaronnays joua le collier contre un chiffon; il gagna le chiffon qui était de mille livres.

— Allons ! allons ! criait-on, deux cents Labastides à cinq et demi de prime.

— A six !

— A quatre !

— La Solange a gagné huit cent mille livres.

— M. le duc vient de perdre son carrosse.

— Eh bien ! la Solange l'achètera !

Un la Bastide, c'était tout bonnement un billet de la banque.

On les appelait ainsi du nom du sieur de la Bastide qui signait pour le pieur Durcvest, contrôleur général.

Et des cris de joie î

Et des imprécations !

Des Auvergnats qui se cognaientla tête contre les murailles parce qu ils avaient perdu quelques livres ; des Gascons qui eherchaient pratique à jouer sur parole ; de pauvres diables qui achetaient, avec leur dcniiei* louis, un pistolet pour se cassei'la tète.

LN'TROT^UCTION. u

De belles filles, je vous assure, et qui jouaient serré !

De très-granrls seigneurs, — mais leurs laquais aussi.

Enfin tous et toutes : un monde î

Lagaronnays passa là dedans sa journée entière.

A la brune, il était ivre.

Il avait sept cent mille livres dan? son porlefcuille.

Encore un peu. — f.a moindre des choses. — cent mille malheureux écus, son mariage avec Élconore était assuré,

Lagaronnays, disons-nous, était ivre.

Toute cette journée lui apparaissait comme un rêve délirant»

Il touchait sa richesse et n'y croyait pas.

A neuf heures du soir, il sortait de la rue Quincampoix la tête haute, la poitrine élargie, les jambes légèrement chancelantes, comme un homme qui a neuf cent mille livres dans sa poche...

Il avait encore gagné deux cent mille livres.

Il remonta la rue Saint-Denis, regardant les passants avec une souveraine pitié.

Ces gens qui allaient et venaient n'avaient pas seulement mille écus dans leur poche.

Et lui, Lagaronnays... Oh ! lui ! il n'était plus ivre ; il était fou.

Arrivé au coin de la rue des Filles-Dieu, il entra dans un cabaret et écrivit un petit billet à sa belle.

Ce petit billet disait.

« Il neuf heures ; j'ai neuf cent mille francs ; à dix heures, 'i j'aurai le million.

» Et à demain notre fian caille. »

Il signa son nom et fit, ma foi, le paraphe du sieur de La Bastidcj tant les billets de banque remplissaient son cerveau.

La missive cachetée, il tourna le couvent et alla chanter quelque chanson convenue sous les balcons de mademoiselle Baradère.

Elle vint à la fenêtre, toute pâle.

Il lui lança le billet et cria ;

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