‹ Les nuits de ParisChapitre 17 sur 44 · LES FRANCS · texte numérisé non relu

LES FRANCS

SIGEFROY LE MANCHOT

SOMMAIRE. — Un peu d'érudition. — Montmartre. — La ferme de Civis le Gaulois. — Le Manoir de Gonlram le Burgunde. — Opinions politiques de Civis à l'égard du nez de son seigneur. — Deux voyageurs. — Sigefroy et Régnier le Compagnon. — Mariage de Clovis. — Bathilde la Blanche. — Bataille de Tolbiac. — Partage des terres. — Histoire du ménage de Régnier. — L'amazone. — Course à l'amazone. — Le taureau Niger. — La famille e1 les serviteurs de Civis le Gaulois. — La jolie Mena. — Le souper. — Comme quoi Mona regarde d'un bon œil Régnier le Compagnon. — Conversation sérieuse entre Civis et Sigefroy. — Propositions du Gaulois. — La forteresse. — Réveil de Bathilde la Blanche. — Histoire de Gonlram. — Arrivée de Sigefroy. — Gunnomer le majordome. — Sigefroy s'instruit dans la religion. — Bonheur. — Visite à sainte Geneviève. — Le jour du baptême, veille de noces. — Coup de foudre. — Le Icude Auberl et ses comtes. — Le passage secret. — Civis se montre utile et est récompensé. — Sigefroy devient manchot. — Le Wehrgcld. — Mort du leude Aubert. —• Mésaventures de Civis. — La convalescence. — Le coffret d'ébène. — Le mcriage. — Mort de sainte Geneviève. — Sigefroy le Manchot. — La basilique de Saint - Pierre el Saint-Paul. —- Premier miracle de la châsse de sainte Geneviève.

Or, c'est ici que l'on peut vraiment faire de rérudition à bien bon marché, confectionner des pages hérissées de noms impossibles et assembler d'effroyables syllabes pour forcer le respect du lecteur.

Ne soufflez mot ou nous allons vous prouver cruellement que Faremund f votre Pharamond, ô simples humains!) n'exista jamais, qu'il n'était par conséquent pas le fils de Marchomir, et qni)

n'eut aucune maille à partir avec les Golhs, avec les Suèves, avec les Scandinaves, etc.

Pas un geste! ou bien sautant pai dessus Hildreigh, Clolh, Merowich et bien d'autres, nous allons nous occuper de la question de savoir si Cludwich, Cbluder, Cliludwer, Illud^Yich, Hlodwich, Hlodewer ou Clodoïs était bien le même Clowigh que vous et moi nous connaissons sous le nom de Clovis.

Après quoi nous nous demanderons si sa femme s'appelait Crotecbilde, Ilrotchilt, Chodekelde, Roihschilde ou Kblohdhrghldh...

Et ne murmurez pas!

A-t-on institué pour rien l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres?

Il faut bien que les besicles s'amusent!

Le doux nom de Clotilde ne pouvait satisfaire ces esprits étiques qui vivent de poussière et de moisissure. Nous comprenons les innocentes allégresses de ces savants, reliés dans d'affreuses redingotes, jaunis sur trancbe, voûtant leurs dos-brisés, et ne rognant jamais la marge de leurs ongles in-folio!

Mais quelles nuits, bonté du ciel! que celles où nous dirions les amours de Hilprhcb et de Clodthgothe !

Quoiqu'il fut permis de joindre à ce récit l'épisode de Gutbmar et l'histoire touchante de Sighbr, mère du blond Hlgtdrich!

Quoiqu'il soit permis de se reposer en passant sur l'harmonieux Godcliissel et sur l'honnête Gunnebalt, père des haricots de BourG:o2;nc.

C'est une belle époque. Et il a fallu un travail d'Hercule pour ramener des noms si beaux à l'euphonie plate de nos appellations modernes.

Quelle chute de Krolheghilde à Fanchon!

Quel abîme entre Hlhothdright et Nicolas!

C'est Lien le moins que l'érudition de nos historiens sérieuxnous rende la suave musique de ces vieux noms.

Et, pour notre part, nous revendiquerons éternellement la gloire d'avoir découvert que le grand oncle maternel de Faremund était asthmatique et s'appelait Whrgt.

Ceux qui' vous diront que ce nom se prononçait Isidore sont des imposteurs.

Battez comme plâtre ceux qui prétendront devant vous qu'il faut écrire Ilwgrt.

Les H, les W, les consonnes hurlantes et rabotantes croissent dans les cervelles racornies, comme les champignons sur le bois mort.

Si le grand chef Clovis sortait de sa tombe, je crois qu'il casserait la tête de plus d'un rat de bibliothèque, — ceci soit dit sans allusion fâcheuse contre notre célèbre et très- ingénieux historien de l'époque franke, lequel n'avait pas besoin de ces mauvaises plaisanteries pour conquérir sa belle renommée.

C*était au commencement du mois de novembre, en l'année

Il faisait un froid noir. Le jour baissait, et le brouillard, montant des rives de la Seine, enveloppait dans ses replis grisâtres la base du Mont de Mercure ou Mont de Mars, dont nous avons fait le Mont des Martyrs (Montmartre).

La forêt pendait encore aux flancs de la colline, mais on voyait déjà de larges trouées, et sur la face qui regarde Paris de grands espaces sablonneux n'avaient jamais pu tenir la semenre des arbres.

Au bas de la montagne, vers ce lieu où les courtauds de boutique dansent maintenant le dimanche; à la place, en un mot, où s'élève l'illustre guinguette que l'Europe entière connaît

SOUS le nom de Château-Rouge, il y avait une habitation considérable , dont les énormes dépendances descendaient vers le fleuve.

Ce n*était pas un château, ce n*était pas une ferme. Figurezvous un amas désordonné de cabanes sauvages ou de ruches grandes douze ou quinze fois comme les ruches à miel. Tout cela mêlé, tout cela jeté comme au hasard : chaque loge ayant sa toiture arrondie couverte en paille, en branches d'arbres, en terre desséchée.

Au miheu, une ruche plus vaste, une sorte de tour, ceinte d'un fossé plein de boue.

Et de tous côtés à l'entour , des hangars étroits , supportés par deux rangs de poteaux dont le profil hardi ressemblait de loin à celui d'un pont jeté entre deux rives invisibles.

Rien, dans les habitations actuelles de nos campagnards, ne saurait donner l'idée de cette couleur demi-barbare, demi-romaine , particulière aux demeures des v^ et vi^ siècles. Ces ruches étaient barbares, ces hangars étaient romains.

On comprendrait mieux en exagérant les deux idées , et en se représentant les lignes aériennes et sévères d'un aqueduc, passant sur les wigiwams écrasés d'un village de Peaux-Rouges, dans l'Amérique du Nord.

Devant la maison, — ou devant les ruches, — les cultures s'é- . tendaient à perte de vue.

Çà et là, parmi les chaumes, se dressaient des tombes monumentales, et plus loin, les villas riantes des anciens maîtres du sol.

Plus loin encore, sur la rive droite de la Seine, un commencement de ville se montrait, un bien petit commencement. — Puis Paris dans son île, — puis le faubourg romain, de -l'autre côté de la Seine.

Des fenêtres étroites de la tour, on voyait tout cela , quand il ne faisait pas de brouillard.

LES NUITS DE PARIS. l«â

Des fenêtres ouvertes au Midi.

l'ar celles qui s'ouvraient au Nord, on voyait l'immense plainej coupée au lom parla Seine repliée sur elle-même, elle regard, en tournant vers l'ouest, rencontrait la partie abrupte de la colline qui portait à son sommet les ruines d'un temple et une rustique citadelle.

Le temple ne servait à rien , son Dieu avait déménagé avec les derniers Romains.

La citadelle servait d'habitation à un noble Burgunde qui ea avait chassé un noble Alain, qui en avait chassé un noble Suève, qui en avait chassé quelque Vandale, qui en avait chassé quelque pauvre diable d'Italien ou de Grec, qui n'était pas beaucoup plus coquin que ses successeurs divers.

Les choses se faisaient ainsi. La suprême loi : Ote-toi de là que je m'y mette ! avait remplacé le code entier de Théodose et de Justinien.

Les grands empires ne se fondent pas dans le calme et dans l'ordre. Tout enfantement a son travail douloureux, ses cris d'angoisse, ses convulsions nécessaires.

Le Burgunde, propriétaire de la citadelle, s'appelait Gontram , comme tous les Burgundes qui ne ^'appelaient pas Gondcbaut.

Le maître de l'habitation inféricu/'e était Gaulois-Parise de la vieille souche, et s'appelait Civis.

C'est ce vieux Civis qui en avait vu des révolutions !

Révolutions romaines : empereurs étranglés, patrices flambés, généraux aveuglés !

Révolutions barbares : empereurs, patrices , généraux , chevaliers, citoyens, balayés comme poussière ! Gaulois égorgés par milliers.

Il se souvenait parfaitement, le vieux Civis, d'avoir vu Attila, le fléau de Dieu, avec sa barbe fauve et ses yeux rouges comme des charbons ardents.

Mais Attila ne lui avait point fait de n:al,, grâce à la jeune fille de Nanterre.

La SAINTE î

La vierge noLîe qui protégea Paris pendant sa vie et après sa fliort.

Sainte Geneviève, dont, vienne le troisième jour de janvier, vous tous qui croyez et qui aimez, vous irez saluer la tombe dans îe quartier des pauvres, — là-haut, — sous les voûtes bénies de la vieille église.

En ce temps-là, sainte Geneviève n'était pas morte. Quand les fléaux de Dieu menaçaient Paris, Geneviève se mettait à genoux. Sa prière, plus suave qu'un parfum, allait dans le ciel. Et le fléau passait.

Le vieux Civis avait donc vu Attila.

Puis un Vandale, qui avait nom Genséric ou Totila, s'était établi dans la villa romaine, saccagée et changée en forteresse.

Le vieux Civis était devenu incontinent le fidèle ami du Vandale.

Puis était venu le Suève Éric, que le vieux Civis avait aidé un peu à jeter en dehors son ami le Vandale.

Vous jugez s'il fut l'ami du Suève Éric !

Puis Régomar, l'Alain, à qui le vieux Civis montra, par une belle Duit, le chemin de la maison du Suève.

Pour le coup, l'Alain elle vieux Civis, furent ensemble comme deux doigts de la main !

Jusqu'au jour où Gontram le Curgunde, arrivant avec ses soudards, le vieux Civis lui dit en souriant :

— Arrêtez-vous ici , ô mon très-noble seigneur ; il y a au sommet de la montagne un fort où vous dormirez en paix, vous et vos serviteurs.

Etj ma foi, ce bon vieux Civis, tige des bourgeois de Paris, conduisit Gontram à la forteresse de l'Alain Régomar, et lui en ouvrit tout doucement la porte.

C'est ainsi que le vieux. Civis conduisit adroitement, et honnêter ment sa barque parmi tant d'écucils. Les divers possesseurs de la forteresse, toujours enchantés de lui, toujours ses obligés jusqu'à l'heure où il leur donnait un bon petit croc-en-jambe , allaient piller un peu plus loin et respectaient sa tour, ses ruches, ses hangars, ses gerbes, ses cultures.

De sorte que cet habile bourgeois était riche comme un puits.

La Fontaine le connaissait bien, ce bourgeois de Paris, quand il écrivit son vers fameux :

« Vive le roi ! vive la ligue 1 »

Ce brave bourgeois voit toujours arriver le nouveau maître avec plaisir; mais, au bout de deux ou trois semaines, il flaire au vent et interroge l'horizon pour voir s'il n'en vient pas quelque autre.

Et quand il n'a pas de maître, il est penaud comme un dindon.

Gontram, leBurgunde, était lui aussi un vieillard.

Il n'avait pas des droits bien solides à l'espèce de suzeraineté qu'il exerçait sur le cours de la Seine depuis Saint- Cloud jusqu'à Saint-Denis (1) , mais les mœurs du temps admettaient complètement le droit du plus fort, et Gontram, sans être un saint, tâchait du moins de ne pas trop appesantir sa main sur les campagnes environnantes.

Il avait une fille qui était plus belle que le jour et qui s'appelait Bathilde.

Bathilde allait avoir dix-huit ans.

Paris, comme presque toute la Gaule, entre la Loire etleRliin. était alors aux mains des Francs Saliens , unis aux Francs Ripuaires , sous la domination de Clovis , premier roi de France.

Mais Gontram était protégé par ce fait que Clovis avait épousé

(1) Nous donnorons souvent aux lieux leurs noms modernes. Ces annchronisiiies véniels nous dispenseront de périphrases et d'explications qui, à la longue, deviendraient inlolérabies.

trois ans auparavant Clotilde, fille de Gondebaut, roi des Burgundes. Nul, parmi les Francs vainqueurs ne l'avait encore inquiété dans sa possession.

Gonlram espérait bien finir sa vie dans sa forteresse. Il comptait un peu sur la reconnaissance des campagnes voisines; il comptait beaucoup sur l'amitié dévouée du Gaulois Civis, son soumis serviteur.

En effet, depuis que Gontram était maître du pays, la prospérité de Civis avait augmenté dans une proportion rapide et incessante. Ses moissons couvraient la plaine; ses brebis, ses chèvres, ses génisses paissaient, innombrables, l'herbe des belles prairies qui bordaient le ruisseau de Ménilmontant; ses taureaux superbes allaient s'abreuver jusqu'à la Seine.

Aussi loin que ses regards pouvaient se porter, Civis ne voyait point d'homme si riche , c'est-à-dire si heureux que lui.

Et cependant, il se disait :

— Il me semble que mon vénéré maître Gontram a le nez de travers. Cela me déplaît fort. Un Gaulois de mon importance doit avoir un seigneur qui ait un nez à son gré. C'est le droit de l'homme. Si Dieu était juste , il m'enverrait un maître dont le nez put me plaire davantage.

Puis, bien assuré de la sainteté de sa cause, il repassait en sa mémoire tous les maîtres qu'il avait eus.

En bonne conscience , s'il les avait tous trahis les uns après les autres, il avait eu de graves raisons pour cela.

Agrippa , le Romain, son premier maître , avait la barbe noircj et Civis, qui la portait jaune, n'avait pu tolérer cette barbe-là !

Genséric, le Vandale, se bouchait les oreilles avec de la graisse rance , les jours de vent du nord. Civis n'avait jamais pu s'accoutumer à regarder les oreilles de Genséric.

Eric, le Suève, son troisième maître, louchait un peu.

Je vous demande si c'est là une chose soutenable !

LES NUITS DE PARIS. m

Regomar, le quatrième maître de Civis, lui convenait assez sous bien des rapports. Il avait la barbe queue de vache, comme s'il fût né aux bords mêmes de la Seine j il ne mettait rien dans ses oreilles et ne louchait point.

Mais iî mangeait de la viande crue.

Ma foi, il avait bien fallu congédier Regomar.

Et maintenant, voilà que le vieux Burgonde avait le nez de travers !

Civis jura au fond de son cœur qu'il s'affranchirait tôt ou tard d'une semblable tyrannie.

Deux cavaliers cheminaient sur la voie romaine qui conduisait de l'ancienne capitale des Gaulois-Meldes (Meaux) à la cité des Parisiens.

Le premier enfourchait gaillardement un noble cheval d'outre- Rhin à l'encolure fière, aux longs crins, flottant sur son garrot nerveux.

Il était jeune. On eût difficilement trouvé une physionomie à h fois plus mâle et plus douce que la sienne.

Il avait de grands yeux bleus, intelligents et bons. L'ovale, un peu trop accusé, de son visage s'encadrait de cheveux blonds, boucles et fins comme de la soie. Sa taille était haute et hardie.

Le cheval qu'il montait n'avait point de selle ; mais seulement un carré de peau d'hermine avec sa fourrure, fixé sous le ventre par des lanières de cuir écarlate.

A la cemture du cavalier pendaient une hache francisque et une longue épée à poignée massive, taillée dans un bloc de bois dur. Il portait le costume riche et barbare des compagnons du roi Clovis : la braie ou culotte étroite, descendant jusqu'au mollet, la casaque sans manches et la calotte de fourrures, doublée de fer.

Sur ses épaules (lottait une magnifique peau d'ours noir.

Ses pieds étaient recouverts de brodequins en peau crue, et le talon de son brodequin droit portait une pointe de fer.

Ce cavalier pouvait avoir vingt-deux ans.

L'autre était plus âgé de quelques années. Il montait un cheval également vigoureux, mais plus grossier de formes et d'allures.

C'était un vigoureux soldat. Ses cheveux roux, rasés derrière la tête, se relevaient au sommet du front en une touffe épaisse et rude. Il portait la barbe à la manière des Francs Saliens, ou Sicambres, c'est-à-dire une pointe au menton, accompagnée seulement de deux énormes moustaches.

Son costume différait peu de celui que nous venons de décrire. 11 était moins riche cependant; et, au lieu du bonnet de fourrures, le second cavalier portait un casque romain, dépouille conquise en quelque mêlée.

Sa casaque sans manches laissait voir des bras musculeux et velus.

Pour armes d n'avait que la francisque et un faisceau (ïangons, javelots courts à pointe d'hameçon, dont le manche se revêlait d'écaillés de fer. — Mais il portait en outre le bouclier triangulaire du premier cavalier et sa framée ornée de viroles d'or.

il avait nom Régnier, ce brave homme. (Combien peu résisteraient au plaisir d'écrire ce nom Rcganacarius, Regheneher, ou mieux encore Ilregncre !)

Il avait nom Régnier. C'était le compagnon, !eco?wes,le comte, ou, si vous aimez mieux, le serviteur du jeune chef dont nous vous avons esquissé d'abord le portrait.

La féodalité naissait, ou plutôt les gens du Nord l'avait apportée déjà grandclle de leur pays.

Chaque chef se modelait sur le grand chef ou roi. Le roi avait ses comtes, qui étaient en réalité ses pairs, et que l'on nommait plus spécialement des leudes.

Le leude avait ses comtes ou compagnons, et l'usage ressem-

blait ici à la loi musulmane qui règle le mariage : le leude avait autant de compagnons qu'il en pouvait nourrir.

Les comtes du leude, — les compagnons du compagnon,—. pouvaient bien avoir, selon les cas, quelque comiticule.

Rien ne défendait à ce comiticule d'avoir un ou deux comifail- Ions, — et ainsi de suite.

Et si vous croyez que ces choses sont changées, vous avez tort.

Le roi de nos temps modernes, M. de Rotscliild, a des ministres qui ont des sous-secrétaires de coffre, qui ont des secrétaires particuliers, qui ont des directeurs, qui ont des préfets, qui ont les pharisiens, qui ont des publicains, qui ont des sangsues.

De la sangsue modeste et sans préjugés au fils légitime du veau d'or, croyez- vous qu'il n'y a pas beaucoup de chemin ?

Par Jacob-Israël ! autant de chemin que du lampion pose sur un tas de boue au radieux et splendide soleil !

Si jamais institution fut grande, omnipotente, redoutable et mystérieuse, c'est celle du judaïsme moderne.

Un seul mot vous en fera juger.

Si Voltaire vivait, et que Voltaire s'avisât de répéter contre la religion dominante de notre temps, le judaïsme, son fameux ; détruisons l'infâme, le judaïsme, allongeant ses doigts crochus, prendrait Voltaire par la peau de son cou ratatiné, et l'entraînerait dans une sabbalière.

Là il lui dirait :

— Mon petit homme, je pourrais t'écraser comme une puce, mais j'aime mieux Tacheter et te payer comptant.

Voilà Voltaire enchanté ! voilà Voltaire converti ! voilà Voltaire qui passera le reste de sa vie à composer des MoysiadcSy des Aaionides, des Jéricho perdue et des Francfort délivrée.

Bon î)ieu ! qu'est-ce que c'était que ces chefs entourés (!e glaives, auprès du Mammon gardé par une muraille d'or!

Je vous dis, moi, que si le coffre-roi n'était pas une excellente

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pâte (le juif, aujourd'hui, plutôt que demain, il mangerait notre république à la tarlare.

L'univers, au bas mot, ne vit que par sa clémence; et, s'il se fâchait quelque matin, ce serait la fin du monde avant le soir.

En raison de quoi, je vous engage à vous féliciter des progrès obtenus par nos bavardages, et surtout de nos libertés conquises!

Notre beau jeune seigneur, aux longs cheveux blonds et bouclés, s'appelait Sigefroy, et son père était un des compagnons les plus redoutés du roi Clovis.

Il s'était mis en route le matin de ce jour avec son bon serviteur Régnier, et ils avaient commencé gaîment le voyage. Maintenant Sigefroy allait triste et rêveur. — Régnier marchait derrière lui, à distance, comme s'il eût respecté sa méditation.

Puisque nous avons dit que Sigefroy avait vingt-deux ans, estil besoin d'ajouter que Sigefroy était amoureux?

Oh! mais amoureux fou! Ces Sicambres ne faisaient rien à demi.

11 y avait trois ans de cela, au commencement de l'année 493, Clovis avait épousé la belle et pieuse Clotilde, nièce de Gombauld, roi des Bourguignons ou Burgundes. Sigefroy était au nom^ bre des guerriers du grand chef sal.en.

Au nombre des compagnes de Clotilde , il y avait une jeune fille d'une merveilleuse beauté que les Burgundes nommaient Bathilde la Blanche. Sigefroy la vit. Avant ce moment, il est rigoureusement vrai de dire que Sigefroy, soldat en naissant, n'avait jamais eu le temps de regarder une femme. La beauté de Bathilde l'éblouit. Il l'aima.

C'était une cérémonie étrange que ce mariage de la Burgunde chrétienne avec le Franc païen. Les deux peuples n'étaient point amis pour cela. La suite de Clovis ne se mêla nullement à b

suite (]e Clotilde, et quand la jeune femme suivit son mari, ce fut comme une fuite.

Sigefroy fit tous ses efforts pour se rapprocher de Bathilde la Blanche. Il s'informa. Chacun lui parla de la jeune fille avec respect, car elle était, lui disait-on, la filleule et la protégée de la

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