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XII INTRODUCTION

Du faîte élégant et brillant jusqu'aux atroces profondeurs où plonge à peine Tœii ouvert de la police, c'est le môme être, ce sont les mêmes veines et le même sang.

Il faut donc embrasser Paris d'un seul et hardi regard pour le bien connaître.

Mais ce n'est pas tout.

De même que l'enfance humaine devient jeunesse, la jeunesse virilité, la virilité vieillesse, et la vieillesse caducité, sans qu'il y ait mutation d'individu, sans que l'enfant, l'adolescent, l'homme et le vieillard cessent d'être une seule et même personne ;

De même, le Paris enfant de César, le jeune Paris de Charlemagne, le Paris viril de Louis XIV, et le Paris un peu vieilli déjà de Louis-Philippe forment une entité indivisible, une seule et même vie qu'il faut écrire d'un jet.

Et si vous multipliez le nombre fantastique qui désignerait les faits contemporains, comiques ou tragiques, — les actions, — les drames en un mot, par cet autre nombre plus certain qui traduirait la succession des âges et additionnerait les unités de temps, si, dis-je, votre esprit pouvait combiner cette opération prodigieuse, tâchez d'entrevoir à quel résultat vous arriveriez'

Et quelle féerie sans nom se jouerait, en des milliards de tableaux changeant à vue, sur ce merveilleux théâtre, l'enceinte parisienne !

Un jour, ridée nous est venue de soulever un pan du rideau de cette immense scène, et nous avons commencé ce livre : les Nuits de Paris. — Que d'autres fassent le drame tout entier; nous avons, nous, assez de quelques scènes.

C'était un soir de fête publique, — royale ou républicaine, — cela importe peu.

INTRODUCTION. xin

Les affiches officielles, apposées sur tous les murs de la ville, annonçaient que trois feux d'artifice seraient tirés en nîême temps, le premier sur la place de la Concorde, le second à l'Observatoire, le troisième à la barrière du Trône.

Trois feux d'artifice ! triple aubaine, triple joie pour tout cœur ami sincère des fusées et des chandelles romaines !

Je suis de ces cœurs naïfs. Tout ce qui brille me plaît et m'attire.

Dès le matin, je me disais :

— Irai-je aux Champs-Elysées, voir les nobles soleils de l'aristocratie?

— Irai-je à la Bastille, voir les serpenteaux populaires?

— Irai-je au Luxembourg, voiries étoiles pédantes et les billevesées fumeuses des portiers de l'Université?

La tristesse me gagnait, tant c'est une chose pénible que l'embarras du choix, lorsqu'il me vint une de ces idées belles et grandes qui sauvent les situations les plus périlleuses.

Une de ces idées que les hommes d'État ont par centaines, mais toujours trop tard!

Je m'écriai, au milieu du boulevard de Gand, où je me livrais à ces méditations fécondes :

— Je verrai les trois feux d'artifice !

Et aussitôt je m'élançai dans un fiacre fondé depuis deux cents ans, et dont les deux coursiers vous avaient un air d'épopée qui datait manifestement de l'Empire.

Le cocher fouetta ces débris d'un autre âge, et nous partîmes pour la barrière Rochechouart.

Les deux quadrupèdes invalides prièrent leur maître de s'arrêter au bas de la montagne. [Is firent cela noblement, en toussant comme un distique impérial.

Le cocher reçut son salaire, et je gravis le petit chemin escarpé qui, laissant le Château-Rouge à droite, conduit au télégraphe de Montmartre.

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