CÉSAR, ÉMILIA
CÉSAR
Ma fille, es-tu contente de moi? le dictateur ne s'est point montré un moment. Tu pleures, Emilia ! — Pour qui ces larmes, pour Sextus ou pour toi?.. .
ÉMILIA
Pour toi-même, ô mon père î... Veille sur tes jours... On a voulu entraîner le noble Sextus dans une conjuration...
CÉSAR
Qui sont-ils, ceux-là?
ÉMILIA
Crois-tu Pompée un délateur ?. . .
CÉSAR
O misère de la souveraine puissance ! — sentir qu'on marche sur du feu et ne savoir jamais où est le foyer du volcan ! . . . — O pourpre triomphale ! comme tu te changes vite en un liuceul ! O nuits fiévreuses ! quel vivant poignard étincelle toujours dans le fond de vos ténèbres !. .. — Ah ! mieux vaut un champ d'oliviers dans un vallon de la Messénie ou de TAttique, mieux vaut encore un toit de chaume dans une forêt des Gaules, que toute cette ville peuplée de mes slatues et que cet univers retentissant de mon nom. — Émilia, je te plains, car la fortune de César est venue te prendre par la main, et elle t'a élevée, comme lui, dans la région des
orages. — Adieu ! ma fille. Voici la plus jeune des heures matinales qui sourit sur les bords du ciel. Les beaux jours ne manquent jamais aux désolations humaines... Emilia pleure, et l'Aurore effeuille des roses, et l'alouette chante, et la brise soupire de joie dans les lauriers des jardins de Rome.