TOUTE LA CAVE
11 sonna, les deux garçons se montrèrent.
L'un des deux frémit en parcourant cette hardie rédaction. Il se dit en lui-même :
t Grand Dieu ! que va-t-il se passer ici cette nuit? i>
L'autre, celui dont nous avons signalé l'élégance, fit cette réflexion :
I Je saurai tout ce qui se passera ici cette nuit. »
Quelle fête nationale ou patronale célébrait donc Paris ce jour-là, pour que ces cent cinquante hommes , tous à peu près de la même condition , ce qu'on voyait à leur visage, tous à peu près de la même profession, ce qu'on reconnaissait à leurs costumes, quoique la solennité du jour y eût ajouté quelque agrément, se réunissent avec la même intention de manger, de boire , de se réjouir dans des proportions surhumaines ? Le demanderons-nous à cette foule qui, depuis dix heures du matin, et il en est
cini] bienlôl, parcourl les rues de Paris , afflue dans les faubourgs, arrive de la campagne et s'amasse compacte sur les boulevards comme pour former un lorrent. Ce fleuve de huit cent mille habilanls coule .sans larir de la Madeleine à la Bastille, ballant les pieds des maisons, allant avec ordre au même enJroit.
Cette fèie est du peiit nombre de celles que le Parisien n'a jamais mises en oubli, quoiqu'elle ne lui offre ni feu d'ariiiice à voir, ni occasion de se faire iusiller. C^esi la fêle des Morls ; c'est le jour des Morls.
Paris ce jour-là, 2 novembre 185. , élait froid et triste , comme il Test ordinairement à cette époque de Tannée. On eut dit que le ciel était dans le secret de la solennité qu'il éclairait à regret. La veille, il avait légèrementneigé; Pair élait devenu plus vif; un brouillard fin et grisâtre arrondissait les angles des maisons. Par moments, il ne faisait ni jour ni nuit, mais une clarté polaire. Les cloches, étouffées dans un espace cotonneux, ne rendaient que des sons sourds. Sur un pavé résistant, mais humide, glissaient autant qu'elles marchaient la presque population de la ville et celle de la banlieue : bruyantes, mais sans gaieté