LES M'ITS
Comme S... faisait celle plaisanlerie d'un goûl médiocre, à la seule fin de dissimuler l’émolion qu’il avait éprouvée, et qu’ils s’éloignaient de l’endroit où gisait le baron Benjamin entouré de ses deux témoins, ils virent une femme qui accourait vers eux, à travers le bois.
C’était Aspasie.
— Ah ! leur dit-elle, venez vite ! celte pauvre Juliette est évanouie dans ma voiture... là... à dix pas d’ici...
— Mon ange aimé, disait, le soir de ce jour-là, Juliette à Gérard, lu as fait tes preuves et tu ne recommenceras plus, n’est-ce pas?
— Je l’espère, répondit Gérard.
Ils étaient seuls comme la veille, auprès de la fenêtre, et la nuit était bien avancée déjà. Gérard avait un peu de lièvre cl le bras en écharpe.
La nuit les avait surpris, et la brise de la fin de septembre, celle brise encore tiède, avait éteint la bougie unique placée sur la table de toilette de Gérard.
Les rayons de la lune glissant dans un ciel sans nuages éclairaient seuls la chambre, et tout à coup, l’astre des nuits, comme dirait M. Viennet,
disparul derrière le pignon pointu de la maison voisine.
Alors les lèvres de Gérard cherchèrent celles de Juliette, et les oiseaux du jardin qui sommeillaient dans les arbres encore feuillus, s’éveillèrent au bruit d’un baiser...
Mais tout à coup aussi, le jeune homme jeta un cri d’horrible souffrance, et Juliette se sauva éperdue en appelant au secours...
— Mon enfant ! disait le lendemain le bon vieux docteur .4... qui s’est tué depuis, hélas! et que nous avons tous pleuré, à Juliette épouvantée, saistu bien qu’il pouvait mourir ! ‘
O les enfants terribles, qui ne savent rien cl prennent pour une écorchure un gaillard coup d’épée de huit lignes de profondeur 1...
ou L'ON REVOIT LÉOCAOIE
Le lendemain du jour où Géraid s’élail ballu avec le baron Benjamin, le prince Karinoff se présenta chez Léocadic, dans son petit hôtel de la rue Léonie.
La femme rousse rongeait son frein et vouait Juliette, Aspasie et Gérard à tous les tourments de l’enfer terrestre.
— Madame, lui dit-il, je pars ce soir pour Pétersbourg, et je viens vous remercier de vos bons soins.
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LES NUITS DU QUARTIEK 6REÜA. 145
Elle lui jeta un regard de vipère :
— Ail ! fit-elle, on s’exterminera le tempérament pour vous servir, une autre fois, pour que vous alliez tout raconter à Juliette ensuite et nous faire jouer par-dessous jambe.
— Vous vous méprenez sur mes intentions, repi it le prince, et vous vous ôtes surtout trompée sur mon caractère.
— Je m’y trompe probablement encore, dit-elle, car je ne vous comprends pas.
— Vous m’avez offert de me faire aimer de Juliette, dit le prince, et non de me la donner, vous n’avez pu y parvenir.
— Pardon, répondit Léocadie, j’étais en bonne voie.
Le prince secoua la tête :
— Dans dix ans comme aujourd’hui, vous ne serez pas plus avancée.
— Peut-ôtré...
— D’ailleurs, comme je vais à l’armée du Caucase, dans dix ans je serai mort, ajouta-t-il simplement. Mais, reprit-il après un silence, ce n’est pas pour cela que je viens.
— Ah!
— J’avais fait un marché avec vous; ce marché
se trouve rompu, et par les événemetils d’il y a deux jours, et par mon départ de demain matin. , Seulement il n’est pas juste que je vous abandonne avant le terme fixé. Je vous ai promis vingt mille francs par mois, je viens vous prier de passer chez mon notaire, M. L..., rue de la Chaussée-d’Ântin, qui, chaque mois, Vous comptera cette somme pen* dant un an.
— Allons! je le vois, dit Léocadiequi se radoucit subitement, vous êtes un galant homme, et vous avez beau partir, mon prince chéri, vous ne renoncez pas à Juliette et vous comptez toujours, et malgré vous, un peu sur moi.
Gomme Juliette aime un autre homme que moi et que je ne la voudrais que m’aimant, répondit le prince, ce qui est impossible, vous vous méprenez encore. ‘
— Soit, dit Léocadie, mais on travaillera tout de même.
— Faites ce que vous voudrez, dit le prince, mais je dois vous prévenir d’une chose.
— Laquelle?
— C’est que si vous commettez quelque infamie, je vous désavouerai.
C’est convenu, vous l’avez déjà faiti
DO QOARTIER BREDA. 147 *
— Si je puis même vous entraver, je le ferai.
— Soit.
— Et puis, dit le prince, pourquoi me servir, puisque je paye sans rien demander.
— Et ma vengeance donc! s’écria Léocadie.
Je les liais si fort tous les deux maintenant, ajouta-t-elle, que dussé-je y perdre ma dernière dent, je les séparerai.
— Vous êtes un démon f dit le prince. Si je restais plus longtemps ici, je serais votre complice.
Et il s’en alla.
Huit jours après, le prince était à Pétersbourg, sollicitait une audience de l’empereur, et obtenait de reprendre son grade de colonel et d’être envoyé ù l’armée du Caucase contre laquelle Schamyl jouait sa dernière partie.
LiOCADIE AU PRINCE KARINOFP P
t Mars 185...
« Mon prince adoré,
« Êtes-vous à Pétersbourg, êtes-vous au Caucase, êtes-vous de ce monde ?
« Voici cinq mois que vous êtes parti, cent mille francs que j’ai touchés, et nous ne sommes pas beaucoup plus avancés.
« Cependant l’amourde Juliette et deCérard entre
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dans sa deuxième phase : leur bonheur est calme. L’ennui n’est pas loin, et l’ennui est le plus silr messager de la lassitude.
« Gérard travaille, Juliette joue ; ils habitent Passy et vivent dans la retraite.
aie baron Benjamin a passé trois mois aulit, mais il en est revenu, et il est plein de zèle pour votre noble cause.
« Vous pensez bien que je ne dépense pas vos vingt mille francs mensuels en chiffons ou en crinolines.
J’ai des frais, comme on dit, et je me suis ménage des intelligences dans la place.
« Je sais aujourd’hui mon Gérard et ma Juliette par cœur.
« Gérard est un homme d’imagination pour qui la vie tranquille a tout do suite un côté bourgeois.
11 voudrait voir Juliette enthousiaste, passionnée, fiévreuse. 11 n’ose pas chercher des querelles, mais il en meurt d’envie. '
« Juliette est la femme calme par excellence, aimant beaucoup sans le dire ; elle est sans élan, elle est sans colère; elle sourit toujours, mais elle rit rarement aux éclats et ne pleure jamais.
a Tout cela commence à agacer les nerfs de Gérard.
Un moment j’avais compté sur la gêne du ménage
ir.O F.ES NUITS
pour amenor un peu de discorde ; mais je l’avoue
Immblemeiil, je me suis trompée.
«Juliette vaut mieux que nous; l'argent lui est parfaitement indifférent. Quand elle vivait avec lord Ewil, qui était presque aussi riche que vous, elle était gaspilleuse, elle gâchait beaucoup ; mais elle n’a jamais mis cent mille francs de côté, et elle a flanqué le noble lord à la porte, nu- matin, sans vouloir accepter un sou.
« Gérard tomberait dans la misère qu’elle supporterait la misère en chantant.
« Et puis, du reste, Gérard a gagné beaucoup d’argent cette année et il répète, en ce moment, une grande machine historique dans un théâtre de drame qui lui mettra trente mille francs en poche, si toutefois le petit baron Benjamin et tous ses amis de la Bourse et de l’écurie ne font pas tomber la pièce à la première.
«Ce n’est donc pas le coté linancier qui est attaquable.
« Mais il y en a un autre et nous allons y frapper. Cette femme sans passions apparentes et qui eût fait le bonheur d’un parfait notaire, ne peut être exempte de jalousie.
« Gérard est comme tous les hommes; il aime,
rr OÏIARTIER BREDA. 151
mais il trompe, et an théâtre où il répète, il y ade jolies petites gueuses qui jouent le drame et la comédie à la ville et qui vont tirer à œillades rouges sur leur auteur.
« Si Gérard trompe Juliette, Juliette le lui pardonnera peut-être, mais quelque chose se brisera dans son cœur à votre profit.
« Patience! mon cher prince, et tâchez de ne pas vous faire tuer par lesCirc.assiens. Plus que jamais, on vous promet Juliette,
« Votre esclave,
« Lêocadie. »
La lettre de Léocadie a fait bien du chemin. Elle est allée à Pétersbourg d’abord, tra\ersant la république hanséatique, s’embarquant à Hambourg et remontant en traîneau des bords de la mer du Nord, sur la Né va glacée.
Le prince n’est plus à Pétersbourg. La lettre se remet en route.
Au traîneau de poste succède le traîneau de poste.
LES NUITS DU QUAUTIER BREDA 153 A la plaine immense' couverte de neige succède le steppe jaune qui semble borné par l'infini.
Le traîneau court toujours, entraîné par ses trois chevaux aux colliem garnis de clochettes, emportant la lettre de Léocadie la Rousse.
En vain, à chaque relai, le cri guttural sfoy / stoy ! qui veut dire arrête ! s’esl-il fait entendre. Lettre et traîneau poursuivent leur course, ils ont traversé la Crimée, ils remontent vers la mer d’Azof et la côtoyent; ils traversent les campements des Tziganes, passent le Volga, au milieu des populations Kalmoukes, dédaignent Astrakan, la blanche ville orientale, Astrakan aux coupoles d’or, et courent toujours vers le désert.
Et le désert semble venir au-devant de la téléga de poste, tant elle va vite, et la mer Caspienne aux eaux dormantes est déjà loin.
C’est le steppe d’Asie, le steppe qui semble être sans fin, éclairé par un soleil ardent qui, à de certaines heures, le fait paraître presque noir.
De temps en temps, une petite éminence mouchète cette plaine infinie : c’est un tombeau kalmouck ; de temps à autre une ligne noire se meut à l'horizon : c’est une caravane qui va du sud au nord, ses dromadaires chargés de fourrures.
ir.4
Quelquefois aussi un autre point noir immobile remplace le point noir mouvant.
C’est une tente de Cosaques qui font paître leurs troupeaux dans le steppe.
Entin une ligne blanche apparaît au lointain, ligne irrégulière, brisée, heurtée ; on dirait une scie aux dents d’ivoire.
C’est le Caucase au front couronné de neige, tantôt cachant ses cimes dans les nuages, tantôt s’abaissant en vallées profondes.
Puis, entre le Caucase et le steppe, une autre ligne blanche, la Kouma, cette rivière bénie qui est comme la goutte d’eau dans le désert.
Et sur les bords de la Kouma, à six lieues du Caucase, le bruit a succédé au morne silence de la solitude.
Les hennissements des chevaux de Crimée, 1e chant monotone et guerrier des Cosaques du Don et du Dniéper, et le cliquetis des sabres se heurtant à l’étrier, et l’étincelle que le soleil arrache aux fers de lance polis comme un miroir, et dans les airs le drapeau russe avec . son aigle à deux tètes, ilottant au-dessus du camp.
Alors la téléga de poste s’arrête et la lettre de
DU UUAUTIËU BRbDA. 15Ô
Lcocadie va chercher le colonel de lanciers, prince Karinoff, sous sa tente.
Mais le prince est au conseil de guerre.
On doit attaquer les Circassiens le surlendemain et les chefs délibèrent, comme dit le vieil Homère.
Les officiers braves et même téméraires n’ont jamais manqué dans l’armée russe ; mais le plus brave de tous, celui qui jotujle littéralement avec la mort, et dont la mort ne veut pas, c’est le prince KarinofT.
Depuis trois mois, le prince a toujours réclamé le poste le plus périlleux. Souvent il est parti pour des expéditions où il devait inévitablement périr.
La mort ne veut pas de lui.
Le prince a un talisman.
Ce talisman c'est une agrafe en émeraude qui, la nuit de son bal à Paris, se détacha de la robe de Juliette, et qu'il retrouva le lendemain sur le parquet.
Cette émeraude, U l’a toujours portée sur lui, depuis, suspendue à son cou et respectueusement enfermée dans un sachet. Depuis lors, les balles ont plu autour de lui, et le prince n’a jamais eu une seule égratignure.
Mais voici que le général en chef de l’armée du
156 LLS NUITS DU (^UAUTIKR BREDA.
Caucase demande' un officier qui veuille s’avenlurer en reconnaissance, jusque sous les mui’S d’une forteresse que défend Scliarayl lui-même.
Il y a quatre-vingt-dix-neuf chances sur une centième que cet officier sera tué. .
Le prince Karinoff s’est offert.
Et comme il monte à cheval, au coucher du soleil, pour se mettre à la tète de sa petite troupe d'éclaireurs, on lui apporte la lettre de Léocadie.
Le prince pâlit, car les timbres de la poste et récriture, et un parfum de violettes inhérent ù l’enveloppe, lui disent que cette lettre est toute pleine de Juliette.
Et il la glisse, sans l’ouvrir, dans la fonte de sa selle, en disant:
— Si elle m’apportait une espérance, je renoncerais à mourir... et maintenant il n’est plus temps de reculer.
— Mon ami, avait dit un jour Juliette à Gérard, lu es devenu, depuis que je t’aime, une sorte de point de mire, et lu excites la jalousie universelle. Le public continuera à lire les livres, mais la critique continuera à te nier énergiquement. Tuauras beau monter correctement à cheval, il y aura toujours des gens qui seront meilleurs écuyers que loi; et quelque effort de travail que lu fasses, quelque laborieuses que soient les nuits, tu ne gagneras jamais plus d’argent qu’un assesseur d’agent de
change, et tu ne pourras pas me donner des diamants aussi beaux que ceux que m’offrirait le premier petit mineur émancipé, dont le père aurait fabriqué du vernis ou de la toile cirée.
Quoi que tu fasses, tu n’auras jamais un attelage à quatre, lu ne pourras pas te poudrer et l’habiller en postillon pour me conduire aux courses, tu ne posséderas jamais une écurie d’entrainement, et toutes ces choses qui permettent à de certains hommes d’aimer impunément les femmes du monde auquel j’appartiens.
11 faut donc que j’aie un prétexte pour le garder cl t’aimer de plus belle. Il faut que lu fasses du théâtre, que tu aies un bon petit succès bien retentissant, et que lu passes pour gagner cent mille francs au lieu de trente ou quarante.
Alors les gandins diront avec philosophie : «Juliette est une femme perdue pour nous, elle prend le méfier de femme honnête au sérieux, et il n’y a plus rien à faire avec elle. Bonsoir 1 »
Les petites camarades diront également : « Juliette veut quitter les scènes de genre pour aller au boulevard comme la belle madame Duverger, la reine actuelle du drame. C’est pour cela qu elle reste avec Gérard qui lui fera des rôles. »
nu QUARTIER RREDA.
Comme cela nous gagnerons un an encore ; et, dans un an, on nous laissera bien tranquilles.
— Mais, dit Gérard, je ne demande pas mieux que de faire des drames. Seulement qui voudra les jouer, puisqu’il est convenu que si un romancier est assez riche pour qu’on lui vole dix sujets de pièces, il sera toujours trop bêle pour faire un vaudeville en un acte?
— Ce que lu dis là est assez juste, répondit Juliette. Le romancier qui a trouvé la fable, les caractères, le cadre de l’action, la couleur historique, tout ce qui constitue, en un mot, les éléments d’un succès dramatique, passera toujours pour n’avoir rien fait, s’il a un collaborateur. Seulement, il y a des cas non prévus dans cette loi bizarre.
— Ah! fit Gérard étonné.
— Il y a des directeurs, de part le monde, qui savent fort bien ce que valent les gens qui font des livres, et tu as maintenant dans ton jeu une petite dame de trèfle, — qui est atout, puisque le trèfle est le symbole de l’argent. Donne-moi un de tes romans et dors tranquille.
— Mais que veux-tu faire? demanda naïvement Gérard.
— Kcoute-moi. Il y a des femmes de chefs de bu-
ICO
reau qui veulent faire leurs maris chefs de division. Les unes réussissent, les autres échouent, l^es premières promettent toujours et ne tiennent jamais. Les secondes commencent par tenir et on leur fait Charlemagne. Comprends-tu?
— A peu près, dit Gérard en souriant.
— Au théâtre, reprit Juliette, c’est à peu près la même chose. La femme qui est bonne fille ne fait jamais son chemin. Les directeurs ne songent pas à la faire jouer, et les auteurs n’ont plus de raison de lui faire un rôle.
Il y a des directeurs qui ont éternellement vingt ans, qui conservent leurs clieveux noirs et un collier de barbe touffue; qui passentunc moitié de leur vie à regretter les femmes qu’ils n’ont plus, les auteurs qu’ils ont refusés, Iqs acteurs qu'ils n’ont pas engagés, — et l’autre moitié à désirer les femmes qu’ils n’ont pas, à chercher des auteurs nouveaux et des talents inconnus.
Suppose que l’un de ces directeurs dont je te parle m’ait beaucoup aimée et soit pei'suadé que les circonstances seules nous ont empêchés de nous réunir, que son amour passé soit demeuré de l'amitié, nuancée d’un arrière espoir, qu'il soit brouillé avec ses fournisseurs habituels et que, le
hasard aidant toujours, il soit un homme de beaucoup de talent...
— Tu supposes bien des choses, dit Gérard en souriant.
— Ah! dame! fit Juliette, si je dis tout cela, c'est que j’ai mes raisons.
Qui vivra, verra...
Et Juliette s’en alla à sou théâtre, car elle jouait sans relâclie depuis trois mois, et laissa Gérard se promenant dans leur jardinet de Passy et cherchant un sujet de drame.
Que se passa-t-il, à la suite de la conversation de Gérard et de Juliette ?
On peut le résumer en quelques mots. Un mois après, un théâtre de drame mettait en répétitions une pièce en cinq actes et huit tableaux de Gérard tout seul, disait l'afTiche, bien qu’une main habile eût à travers le fouillis du roman cherché l’unité dramatique, fondu les scènes, corsé les situations, engraissé les rôles.
LES NUITS DU OUAUTIER IIREDA. 16S
Le collaborateur mystérieux gardait modestement l’anonyme et Gérard seul savait ce qu’il lui devait.
Le théâtre lit bien les choses, on commanda de fort beaux décors, — si beaux que deux fournisseurs ordinaires de machines à grand spectacle tirent annoncer une pièce de la même époque, espérant les utiliser au cas où la pièce de Gérard sombrerait à la suite d’une de ces jolies intrigues qui feraient honneur à Machiavel et dont les gens de théâtre proprement dit ont le secret.
La main de Léocadie avait môme, dit-on plus tard, trempé dans cette petite infamie, mais la femme rousse fut battue et se dit :
— Allons! si on ne peut pas empêcher la pièce, on tâchera qu’elle se casse les reins à la première. Et puis, d’ailleurs, les répétitions nous serviront un peu, j'ai mon plan.
Or ce qui devait servir le plan de Léocadie la Rousse, c’était précisément ce que Juliette avait dit à Gérard un mois auparavant. Si les directeurs regrettentles artistes qu’ils ont laissés partir, ils ont en meme temps une jolie soif de l’inconnu.
Le mystérieux collaborateur de Gérard qui avait sous la main une troupe complète, et des mcil-
\cures, se dit qu’il lui manquait une femme, une ingénuité qui devait supporter une partie du poids delà pièce; et le rôle fut lu par le régisseur, en attendant mieux.
Pendant huit jours ce fut un vrai steaple-chase dont le rôle de Cornélia était le clocher.
Il vint des femmes de seize ans et des ingénues de quarante..
On les entendit toutes : les unes allaient trèsbien, les autres n’allaient pas du tout.
Pendant ce temps-là, il y avait une jolie fille qui faisait partie du théâtre et avait beaucoup de talent, qui disait en riant : « Vous verrez que mon capricieux directeur finira par me rendre le rôle. »
Le capricieux directeur caressait son collier de barbe et disait :
— Non, ce n’est pas ça... je voudrais une femme qui ait dans son geste, dans son organe, dans sa figure, quelque chose de sauvage...
Et le malheureux régisseur, victime résignée des fantaisies directoriales, continuait à chercher èt ne trouvait pas.
Un jour, pendant la répétition, un garçon de théâtre apporta une lettre à Gérard.
L’enveloppe était mignonne, l'écriture de la suscription allongée et élégante.
Prenez Jupiter amoureux de Léda et supposez que les enveloppes Maquet et le papier anglais existent dans l’Olympe ; apportez-lui une lettre qui trahisse par son parfum et son écriture la main d’une femme, et Jupiter fera attendre Léda et redeviendra dieu pour déchiffrer le poulet, un cygne ne sachant pas lire.
Gérard aimait pourtant bien Juliette, mais il eut une jolie émotion en ouvrant ce billet mystérieux qui dédaignait la voie de la poste et le domicile légal du nouvel auteur dramatique.
L’écriture du corps de la lellie, non moins élégante que celle de l’adresse, était néanmoins un peu tremblée.
Adossé à un portant, Gérard lut :
« Monsieur,
« Vous avez déserté, dit-on, cette blanche et mignonne maisonnette perdue dans la verdure et les fleurs d’un vieux jardin, rue de Laval, et dans lequel vous avez écrit tant de jolis livres qui m’ont charmés. Où êtes-vous allé? C’est un mystère, paraît-il, bien que la maisonnette soit toujours â
LES NIÎITS
ICO
VOUS. Je n’ose vous demander le secret de cet abandon, je suis discrûle et pas trop curieuse, quoique femme. Mais si une grande infortune peut vous loucher, si ma jeunesse, ma pauvreté, ma lamentable histoire vous paraissent dignes de pitié, vous ne me refuserez pas de revenir rue de Laval, ce soir, entre neuf et dix heures du soir.
« Celle qui se dit votre servante et place en vous tout son espoir.
« Clémence Mortimer. »
Gérard lut cette lettre deux fois. Le mot de pauvreté était si habilement accolé à celui de jeunesse, que Gérard eût été le dernier des hommes, s’il eût refusé le rendez-vous qui lui était offert.
La répétition, ce jour là, lui parut interminable.
Cependant il retourna diner à Passy, ne souffla mol de la lettre qu’il avait reçue, à Juliette, et la ramena à son théâtre.
. A huit heures et demie, Gérard était chez lui, rue de Laval.
A neuf heures, une femme entrait dans son cabinet, et, à la vue de celte femme, Gérard éprouvait une sensation bizarre.
— C’est moi, monsieur, lui dit-elle^ qui ai eu la
DU QUAltflEIl BIlbDA.
hardiesse de vous écrire, aujourd’hui, et de vous demander un rendez-vous.
Léocadie avait eu la main heureuse; elle avait fort bien compris que pour incendier Gérard, il fallait trouver l’opposé en toutes choses de la câline et rieuse Juliette, la femme qui avait horreur des grands mots et des grandes phrases, des serments qu’on ne prête que pour ne point les tenir, et des enthousiasmes qui s'éteignent comme l'ouragan sous une pluie d’octobre.
Clémence Mortimer était grande, mince, blonde et presque rousse, elle avait de grands yeux noirs, un nez qui, tout correct et tout aristocratique qu’il fût, tenait du bec de l’oiseau de proie.
Elle avait dans ses mouvements des souplesses félines, des soubresauts d’une câlincrie redoutabre ; elle passait du rire aux larmes, comme le mois de mars du soleil aux giboulées pleines de grêlons.
Tantôt harmonieuse et caressante, sa voix avait des intonations rauques, à de certaines heures, qui faisaient rêver des tigresses de TIiulc qui appellent leur royal époux au milieu des jungles.
Elle n’était pas encore assise que Gérard avait éprouvé à la tête et au cœur comme une myslé-
KiS
rieuse commotion ; el lorsqu’elle lui tendit la main à l’anglaise, il reçut un choc éfectrique qui se répercuta jusques à la racine de ses cheveux.
Sa main était blanche et longue, retroussée par le bout des doigts garnis d’ongles superbes, taillés avec soin.
— Vous avez une bien belle main, madame, lui dit Gérard qui crut triompher d’une timidité subite, par ce vulgaire compliment.
Mais elle, la tigresse el la rouée, retira cette main vivement et rentra ses belles griffes.
Puis elle eut un sourire plein de tristesse.
— Eh! dit-elle, seriez-vous donc comme les autres, vous aussi I
Il balbutia quelques mots d’excuse et elle poursuivit :
— J’ai lu plusieurs de vos livres, et le parfum chevaleresque qui s'en exhale m’a donné confiance en vous.
Gérard n’était pas vaniteux et il faisait très-bon marché de ses livres, mais quel est l’homme de lettres qui ne sera pas sensible au compliment mensonger d’une femme, fût- elle médiocrement jeune et jolie?
Clémence était belle; Clémence savait donner à
DU QUARTIEK BUEDA. . 169
sa voix un charme indéfinissable ; Clémence parlail avec un accent de sincérité qui allait à l’àme. Et puis, une femme qui a nom Mortimer, cela vous a tout de suite un caractère.
Gérard passa grand homme dans son propre esprit, durant cinq minutes.
Clémence Mortimer tressaillit : •
— Monsieur, dit-elle, n'attachez pas à mes paroles plus d’importance qu’elles n’en ont. Je suis une étrange créature, croyant au mal toujours, rarement au bien. J’ai vu le mal autour de moi sous toutes les formes, depuis mon enfance ; je n’ai jamais vu le bien. Je l'ai rêvé pourtant.
Vous avez .eu raison, mademoiselle, répondit Gérard, notre monde est quelquefois bon.
— Je l’ai espéré en vous lisant, reprit-elle.
Il s’inclina ravi. Elle poursuivit :
— A quoi bon vous dire mon histoire ? qu’il vous suffise de savoir que je porte un grand nom, que je suis née dans un palais, que je vis aujourd’hui dans une mansarde, pauvre et unique soutien d’une pauvre femme aveugle. Je voudrais entrer au théâtre ; je crois que j’aurais du talent, un talent étrange, sauvage, imprévu. Voulez-vous m’entendre ?
— Mais, madame, dil Gérard, je suis si peu de chose dans le monde dramatique..,
— On répète une pièce de vous, dit-elle; dans celtepièce, il y a un rôle qui serait dans mes cordes et pour lequel, je crois, on cherche une artiste.
J'ai fait un tour de force, j’ai appris le rôle.
— Comment b dit Gérard, vous le savez?
— ‘ Oui.
11 la regardait avec une admiration naïve ; elle était belle, elle était jeune... et puis son œil et son nez de faucon avaient une sorte de domination qui courba Gérard tout entier.
— Voulez-vous m’entendre? répéta-t-elle.
— Oh ! de grand cœur, fit-il ; mais comment avez-vous pu vous procurer la pièce qui n’était pas imprimée.
— Le souffleur du théâtre demeure dans la maison que j’habite. Il m'a prêté le manuscrit. Elle ouvrit le grand manteau dans lequel elle s’était drapée à l’antique et montra un rouleau de papier.
C’était, en effet, le manuscrit du souffleur.
Gérard le prit, afin de lui donner la réplique ; cl elle commença.
• Ce qu’elle avait dit était vrai ; elle avait du talent^ un talent étrange et sauvage.
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DU QUARTIER BREDA. t7l
Dans ce rôle passionné de Cornélia, mélange de gitane et de patricienne, elle eut des intonations rugueuses, des colères splendides, des pleurs et des rires ; elle rugit des tempêtes ; elle eut des ricanements de damné; elle fit pleurer Gérard luimême qui savait pourtant bien que Cornélia n’avait jamais existé que dans son imagination.
Puis, au bout d’une heure, elle se laissa presque tomber sur un siège, éperdue, palpitante, renversante, et Gérard eut le vertige, et il se trouva à ses genoux sans savoir comment.
Mais elle le repoussa sans colère ; la femme de théâtre s’évanouit, et Gérard n’eut plus devant lui -que la jeune fille honnête et pauvre qui voulait vivre de son travail pour soutenir sa mère aveugle.
Elle se leva et lui dit :
— 11 est tard, ce quartier est désert, oserais-je vous supplier de me reconduire.
D’amour, pas un mot.
Gérard envoya chercher une voiture et s’assit à côté de Clémence.
— Mais, lui dit-il, vous avez déjà été au théâtre?
— Jamais. Seulement, dit-elle avec modestie et rougissant un peu, on jouait la comédie de salon.
chez mon père, quand nous avions encore notre palais à Venise.
Elle était redevenue caressante de la voix et du regard et dans la pénombre de la voilure ses yeux étincelaient comme ces fameuses escarboucles des contes d’orient dont tout le monde parle et que personne n’a vues. Elle avait jeté au cocher le n* 17 de la rueTaranne, dans le faubourg Saint-Germain.
Gérard, était sous le charme, un charme mystérieux et inconnu.
Pendant le trajet elle babilla comme une syrène, elle parlait plusieurs langues, elle était musicienne, elle peignait des miniatures, c’était même ce qui la faisait vivre.
A sa porte, elle serra de nouveau la main de Gérard et lui dit :
— Est-ce que je serais bien ambitieuse, en vous suppliant de venir nous voir demain, ma mère et moi.
— Votre heure sera la mienne, répondit Gérard.
Et il s’en alla tout troublé, pendant qu’elle disparaissait sous la porte bâtarde d’une maison d’honnête et triste apparence.
Gérard s’en alla au théâtre et trouva le directeur qui se promenait sous le péristyle :
» DU QUAnTÏER RliEDA. 173
— Mon ami, lui dit-il, j’ai trouvé. Eurêka !
— Quoi donc ?
— Une Cornélia. ,
— Bail ! lit le directeur, si elle n’est pas meilleure que toutes celles que j'ai entendues...
— Vous verrez, je vous ramènerai demain.
— Nous l’entendrons, répliqua le directeur sceptique, et Gérard s’en retourna aux Variétés pour y prendre Juliette.
La représentation était finie, le théâtre fermé.
— Voici la première fois, pensa Gérard, qui éprouva comme un remords, que j’aurai fait attendre Juliette. Mais Juliette était à une lieue de soupçonner le trouble qui se manifestait dans l’âme de Gérard. Elle était descendue au café Véron avec un de ses camarades et elle soupait fort tranquillement, la femme sans crainte et sans reproche qu’elle était, en attendant son amant.
A travers les glaces du café, Gérard aperçut Juliette. Elle riait en écoutant les saillies de son spirituel camarade.
— Mais d’où viens-tu donc, coureur? fit-elle en voyant entrer Gérard.
— Je suis retourné au théâtre ce soir, dit Gérard,
— Ah I fit Juliette. Veux-tu souper ?
— Non, je n’ai pas faim.
— Eli bien I paye, dit-elle, et partons. Je répète demain; et L... se rattrape joliment de mon congé. 11 me fait jouer tous les soirs et répéter tous les jours.
— Voilà ce que c’est, dit l’acteur qui soupait avec elle, quand on a un bon cheval, on l'attelle toute la journée.
— Jusqu’à ce qu’il soit boiteux, comme le nôtre, dit Juliette en riant.
Et elle partit avec Gérard dans un fiacre.
Gérard songeait à l’étrange créature qui venait d’entrer ainsi dans sa vie d’une manière aussi inattendue.
Il fut silencieux durant le trajet du boulevard Montmartre à Passy.
— Mais qu’as-tu donc? lui dit Juliette, comme ils traversaient le jardin de leur petite maison. A quoi peiises-tu, mon chien ? Tu es terne et flasque comme un jour de pluie.
— On me fait des misères pour ma pièce, répondit Gérard.
C’était peut-%lre le premier mensonge qu'il fai> sait à Juliette.
— Que t’es bête 1 fit-elle en souriant et lui pas-
nu QUARTIER DREDA. iir.
sant ses deux bras autour du cou, cst-ce que je ne suis pas là, moi, ton étoile?
Gérard tressaillit :
— Ah ! c’est juste, fit-il, tu es ma bonne étoile, et tout me réussit depuis que tu m’aimes.
— Et cela sera toujours ainsi ; à moins que je ne t’aime plus...
— Ah ! pourquoi dis-tu cela ?
— Mais, répondit-elle en souriant, est-ce que je sais, moi ? Les hommes sont si naïfs ; quand i^s se sentent aimés, ils en éprouvent de l’agacement.
— Ce n’est pourtant pas pour moi que tu dis cela, au moins? fit Gérard piqué.
— Mais si, dit Juliette. Tu es froid avec moi,
— Mais non, je te jure.
— Est-ce que tu ne m’aimes plus?
— Ohl
— Bah 1 dit-elle, abrégeons les nuits, on dort toujours trop. Viens donc nous asseoir là, dans le jardin, et fais-moi une déclaration, comme autrefois, monsieur mon... mari.
Une voix s’éleva au fond du cœur de Gérard, qui lui cria :
— Tu serais fou de revoir Clémence Mortimer.
Et, ce soir-là, Juliette fut reine plus que jamais.
LES NDITS
ne
Le lendemain, Julielte partit pour Paris de bonne heure. La répétition était à midi, pour le quart, comme disent les artistes.
— Tu ne viens pas? dit-elle à Gérard.
— Non, je reste, répondit-il.
— Pourquoi?
— Je suis au travail. Si je vais à Paris, je ne ferai rien.
— Comme tu voudras, dit Juliette, qui se disait que, après tout, on n’avait pas besoin de Gérard pour répéter sa pièce.
11 s’était fait une réaction bizarre et violente dans l’âme et l’esprit de Gérard :
— Non, s’était-il dit, je serai malhonnête, brutal, tout ce qu’on voudra ; mais je n’irai point à Paris. Je ne veux pas revoir cette femme.
Et il passa sa journée à Passy et s’efforça de travailler.
Mais le hasard a de singulières combinaisons. A cinq heures, un garçon de théâtre envoyé par le directeur arriva.
Le directeur disait :
« Où est ce phénix dont vous m’avez parlé hier soir? »
Gérard répondit :
« Excusez-moi, je suis malade. Le phénixdeméure rue Taranne, 17, et répond au nom de Clémence Mortimer. »
Et il se remit à travailler.
Juliette revint dîner à cinq heures. Elle ne repartit qu’à sept, et elle voulut emmener Gérard.
— Tu as travaillé toute la journée, lui dit-elle. Pourquoi ne te secouerais-tu pas un peu ? Et puis il est bon que tu ailles au théâtre savoir enhn qui jouera le rôle de Cornélia.
— La fatalité s’en mêle ! pensa Gérard.
Et il alla à Paris ; mais, pendant la route, il se prit à souhaiter une foule de choses extraordinaires, comme, par exemple, celle-ci : que mademoiselle Clémence Mortimer entendue, on l’aurait trouvée mauvaise.
Il alla droit au théâtre et trouva le directeur au contrôle.
Ce directeur avait une singulière habitude. Dans toutes les circonstances graves, il caressait sa barbe : de bas en haut, s’il était mécontent ; de haut en bas, si, au contraire, il était satisfait.
Le directeur caressait sa barbe de haut en bas. Il p.'it les deux mains à Gérard :
— AhI mon ami, lui dit-il, nous aurons cent
représentations. Cette femme que vous m’avez envoyée est le salut de ma pièce, et c’est bien ce que j’avais rêvé : une fille étrange, passionnée, sauvage, pleine de tendresses charmantes et de rugueux emporlements.
— Ah! balbutia Gérard.... et vous l’avez engagée?
— Sur-le-champ. Elle répète demain. Il faut que vous veniez. Nous passerons dans huit jours.
— Serons-nous prêts?
Et en faisant cette question Gérard songeait pins à Julielle qu’à sa pièce.
— Oui, dit le directeur.
Ce soir-là encore, Gérard rentra chez lui tout préoccupé.
— Que me disais-tu donc hier soir? lui dit Juliette en chemin, qu'on le faisait mille misères? il paraît que cela marche très-bien, et qu’on vient d’engager une femme pleine de talent pour le rôle de Cornèlia.
— C’est vrai, dit Gérard, on m’en a parlé...
Et il changea de conversation.
Ce soir-là, il fut plus affectueux et plus empressé |ue la veille, obéissant à de sinistres et impérieux pressentiments.
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DU OUARTIEll UitEDA.
Le lendemain, il alla répéter ; mais il éprouvait comme une répugnance bizarre à arriver au théâtre de bonne heure, et il se prit ù flâner le long des boulevards, de telle sorte, qu’on avait répété deux actes lorsqu’il entra.
La nouvelle Cornélia était en scène.
Gérard éprouva la même sensation électrique, le même trouble que la veille.
Tout en répétant, et tandis qu’il allait s’asseoir au bord de la rampe, près de la table du souffleur, elle lui jeta un regard de doux reproche.
Les artistes du théâtre disaient très-haut, au foyer, que mademoiselle Mortimer avait beaucoup de talent.
D’où venait-elle ? quels étaient ses antécédents dramatiques?
L’auteur le savait, disait-on. Ce fut le point de départ de mille commentaires. ‘
Gomme la répétition finissait, Clémence s’appro cha de Gérard :
— Je sais tout ce que je vous dois, lui dit-elle, merci !
Elle lui serra la main , et passa fière et simple devant lui sans lui reprocher ce rendez-vous auquel il avait manqué.
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