ANTIQUITÉS MODERNES
Respect éternel à cette noble ville, qui fat l'univers : respect à ses ruines, à son fleuve, à ses monuments, à sa poussière! c'est toujours la ville par excellence, Urbs; aujourd'hui, comme autrefois, elle a mérité la tripla couronne qu'elle porte, dans ses nouvelles armes; le blason catholique lui a donné la tiare, emblème de trois existences sublimes, réunies dans le corps d'une seule cité. L'^e antique, le moyen âge, l'âge moderne, brillent encore sur elle, et d'un éclat sans rival. Rome est une médaille immense, frappée aux coins de tous les consuls, de tous les empereurs, de tous les papes ; elle a pour cor-« don le mur Aurélien : l'histoire, la philosophie, la politique, sont là, vivantes sur cette terre morte, avec leurs
étemelles leçons. Respect à ce yaste cimetière dont le silence retentit dans tout l'univers !
Après un drame de sérieuse émotion, l'esprit aime à se reporter sur les choses gaies de la vie ; c'est même un besoin pour beaucoup de gens. A Rome le comique abonde, et c'est fort heureux, je crois. Il n'est pas de ville où le côté grave des choses soit le plus voisin du côté bouffon: si cela n'était pas ainsi, on y serait assiégé de cette mélancolie qui n'est pas la friande de Montaigne, mais la mélancolie qui serre le cœur. Un jour, je m'en revenais du camp prétorien, vaste ruine, perdue dans les vignes et les brousailles, et si bien perdue, que je ne pus la trouver. D'une petite éminence, vers la porte Colline, je me prouvai que je voyais le champ funéraire des vestales ; ensuite, un paysan lettré me prouva que je voyais le tombeau des Horaces, et me demanda vingt-deux sous. J'avais subi dans cette course beaucoup de désappointements; je n'en étais pas fâché. Le ciel était gris, la lumière romaine éteinte; la chaîne du mont Soraote bordait le mélancolique horizon comme d'un vaste crêpe de deuil; la campagne se déroulait, aveo sa monotonie lugubre, jusqu'à la tour de. Cecilia Metella, se hérissant par intervalles de ses aqueducs brisés, de ses cirques en ruine, de tous ses monuments dévastés qui n'ont plus de forme, plus d'ombrages, plus de nom; toujours marchant au hasard, pour voir des débris mystérieux, des voûtes écroulées, des colonnes enfouies; toutes ces pages d'histoire pétrifiées, qui pour moi ont plus de sens, de vie, d'éloquence, que les pages de Tacite et de Cicéron, j'arrivai au cirque 4'Antonin.
J'iiperçus à quelques pas de là, deux paysans qui creu-