‹ Les nuits espagnolesChapitre 23 sur 41 · LA BELLE ÉTOILE · texte numérisé non relu

LA BELLE ÉTOILE

Hier, dit le jeune savant, quand le lendemain la société se trouva réunie sur la terrasse du château de Sa^ verny , je vous ai conduit à Pise et à Florence, permettezmoi aujourd'hui de vous conduire en France. Un des charmes du récit est de voyager ainsi en supprimant les ennuis du déplacement.

Un soir de juillet, — Tannée ne fait rien à l'affaire, — une heure après le coucher du soleil, un soldat passait sur le pont de Joigny, et il s'arrêta devant un jeune homme de dix-huit à vingt ans, qui déposait sur le pa«rapetun orgue de Barbarie, en essuyant la sueur qui ruisselait de son front.

—C'est bien lourd ce que tu portes là, mon ami, dîtil : heureusement nous sommes arrivés.

— Arrivés I — dit le joueur d'orgue , en prenant haleine, les points appuyés sur les hanches; — c'est bon à dire pour vous, si votre régiment est k Joigny ; mais mon régiment est beaucoup plus loin. . .

—Et où vas-tu donc?

—A Paris,

-—Alors, dit le soldat, nous ferons route ensemble; je vais à Paris aussi, moi.

-^Faites-vous étape à Joigny, camarade?

— Ma foi l non ; je laisse Joigny à droite, et je profiterai de la fraîcheur pour avancer mon chemin. Taime mieux dormir le jour, dans cette saison, et cheminer la nuit.

— C'est juste; c'est ce que je fais toujours, moi, camarade.

— En ce cas, mon ami, je te servirai d'escorte; c est mon métier. En Afrique nous escortons les musiciens. comme toi, parce que les Arabes les enlèvent pour leur faire jouer des airs.

— Et ils les payent bien ou mal?

—Ils ne les payent pas du tout. Ce sont des Arabes.

— Ahl c'est juste... Merci, camarade, j'accepte votre escfHTte. . . Je ne crois pas cependant qu'il y ait du danger ici. Les paysans de l'Yonne et de la Marne n'enlèvent pas les musiciens.

— Oui, on n'est pas artiste ici comme en Afrique.

— Pourquoi donc, camarade?

— Parce qu'ici nous sommes civilisés.

— Il est vrai qu'ici il faut tourner quinze heures par jour la manivelle de l'orgue pour gagner cinq sous.

*— Juste ce que nous gagnons, nous, grenadiers. — Mais vous ne tournez rien, vous autres?

— Rien; mais, sur les cinq sous que nous gagnons, on nous en retient quatre, et le cinquième on ne nous le donne pas.

LBS NUIT« XSPIGNOLBS. 37

—Voilà tin drôle de compte I Le Juif erra&t serait ruiné si on le traitait comme ça.

—Boni tu aimes à plaisanter; ça me va. Nous allons rire en route... En avant I Marche, mon musicien!

Les deux amis improvisés traversèrent le pont, longèrent le quai de TYonne et gagnèrent les hauteurs qui dominent Joigny, sur la route de Sens.

—Il tait nuit maintenant, dit le soldat; passe-moi ton orgue, je te le porterai ; ça te délassera un peu.

— Ce n'est pas de refus.

— Ça ne pèse pas plus qu'un havre-saCi

— Il n'y- a que trois airs dedans.

— Alors je ne m'étonne pas s'il est si léger... Et avec ces trois airs que joues-tu?

— L'ouverture de la Muette ^ le trio de la Gaxza, et une romance...

— De qui la romance?

— De moi.

— Tu as fait une rmnance, toi 1

— Et pourquoi pas?

— Au fait, c'est juste, puisque les autres en font... Mon ami, comment t'appelles tu?

— Michel, natif de Ctermont.

— Et moi^ j'ai oublié mon nom au berceau; mais on mesurnonuneZéphirin... ÉcQut&-moi donc, Michel; dismoi les paroles de ta romance...

— Elle n'a pas de paroles. J'ai commencé par la musique.

—N'en parlons plus.

38 us Wait% ISVAGNOtBS*

Les jeimes soMats se rdsmnblent tom ; Zépliim ressemblait donc k tous les soldats. Il y avait pourtant dans ses yeux une expression d^intelligence peu commune, et que faisait davantage ressortir la coudie noire du soleil africain.

lUcbel ressemblait aussi à Ions, les joueurs d'orgue de la poétique Auvergne; mais son regard Taurait bit distinguer des autres musiciens, ses confrères. On a dit injustement le st^le^ c'est Vhomme: on devrait dire U regard, c'est V homme. Nous connaissons des écrivains qui ont écrit des idylles pour le public et joué des tragédies dans leur maison.

Les heures avancées de la nuit inspirent une mélancolie douce aux organisations les plus joviales. Nos deux piét(His, après avoir échangé encore quelques paroles insignifiantes, s'étaient subitement condamnés au silence, et leurs yeux se axaient plus souvent sur les étoiles du ciel que sur la poussière de la grande routé. On a beau être simple mendiant, on a une pensée sous une mveloppe sociale quelconque, et on réfléchit. A minuit Zépbirin s'arrêta sur la lisière d'un bois, et, faisant le mouvement du soldat qui se délivre de son havre-<sae, il déposa l'orgue sur le gazon et dit k Michel :

•^ Ici» on couche. Halte I

—L'auberge est bien choisie, dit liidtol ; on voit que vous vous y connaissez, Zépbirin, et que vous avez voyagé d9m des endroits oti il y a b^ucoup d'auherges comme celles-ci.

—Les auberges du bon Dieu, je n'en connais pas d'au-

trM, M^hei; mon ami ; elles ohttoatéi^ la même enseigne : A la Belle Étoile.

— 2é}Aîrin, cela vaut mîenx qne les enseignes : Au Grand Cerf, on Anx deux Pigeons,

— Au moins, ici, on n'est pas écorcbé Tif. Le gazon est doux, n'est-ce pas?

— C'est le matelas du bon Dieu .

— Il me vient une idée, Michel.

—Voyons ton idée, Zéphirin.

— Joue-moi ta romance.

— Vous n'y comprendrez rien, Zéphirin.

— Tu te trompes, Michel; j'y comprendrai même ce que tu n'y a pas mis... Écoute... Il y a sur notre tête un concert ; toutes ces étoiles chantent... et, sans humilier ton amour-propre de musicien, je orois leur concert bien supérieur à ta romance. Je n'entends pas les paroles de cette harmonie céleste; mais je comprends tout ce qu'elle me dît. le cœur a des oreilles qui entendent tout, qui comprennent tout. Michel , ' regarde cette étoile, là, sur notre tête... la vois-tu?

— Parfaitement.

— C'est l'étoile qui se lève la première... En Afrique elle parait plus belle encore. Une nuit, au bivouac, notre brave colonel Levaillant, qui sait beaucoup de choses, nous l'a montrée en nous disant son nom : c'est VÉpide la Vierge. Eb bien ! poûfr moi cette étoile a l'air de chanter un solo dans le chœur, et j'écoute parfaitement tout ce rpi'elle me dit. En musique on ne foit les paroles que pour les sourds.

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— Zéphirin, je te soupçonne d'être an gros saifant déguisé en soldat.

— Je suis un imbécile, Michel, voilà tout; mais j'ai passé trois ans en Afrique k la belle étoile, et c'est une école qui en vaut nne autre, mon brave Michel. Les étoiles nous apprennent tout.

Michel prit son orgue et exécuta sa mélodie pour an seul auditeur. L'heure et le lien donnaient à ce concerto un caractère touchant. Zéphirin remercia son camarade

par un serrement de main, et, comme un roi volaptaem qui s'endort sous des lambris étoiles au son d'une musique douce, il prit la position horizontale et s'abandoima aux charmes du sommeil.

Les deux voyageurs se remirent en route aux premiers rayons du jour. Lorsque la chaleur devint excessive, ils s'éloignèrent de la grande route, se choisirent une fraîche alcéve d'arbres, et firent une longue skste^ comme les plus épicuriens des Napolitains ou des Espagnols. Dem repas d'une frugalité exemplaire leur avaient suffi pour réparer leurs forces et soutenir leurs pieds sur le ehemin d'épines qui mène à Paris. La nuit suivante ils s'arrêtèrent encore à la même auberge, à l'enseigne de la BtUe Étoile, et, comme ils avaient payé, pendant le jour, un large arriéré au sommeil, ce créancier inexorable» ils prolongèrent leur veillée jusqu'à minuit.

— As-tu de l'ambition, toi, Michel ? dit Zéphirin.

— Une ambition énorme.

*--£t que désires^tu?

#^ D'abord la ridiesse.

tBS NUITS XSPAGKOLBS. 41

—Et après?

—Après, rieH... Zéphirin, quand j'aurai la richesse, tout te reste viendra. Et toi, Zéphirin, quel est ton genre d'ambition?

— Hoi, je m'ennuie d'être soldat, et je voudrais passer général à la {Nremière promotion.

— Aimes-tu ton métier, Zéphirin 9

— Oui, mais à condition d'être général ; et je le serai.

— Tu as consulté quelque sorcière?

— Mieux qu'une sorcière. Je ne crois pas à ces vieilles femmes-là... C'est une étoile qui m'a prédit mon destin, la belle étoile dont nous parlions hier, celle qui est au bout de mon doigt.

— n paratt, Zéphirin, que ceux qui, comme nous, couchent par état dans la même auberge, ont les mêmes idées la nuit. Voyons maintenant tes idées, Zéphirin.

— Moi, quand je suis ainsi étendu sur le dos, les bras croisés, la face tournée au ciel, et que je regarde cette étoile, j'ai des visions extraordinaires. Toutes les formes changent; je ne vois plus, ce qu'on doit voir réellement; je vois autre chose. Ainsi la prairie est un lac, le grand chemin est une rivière glacée, Tarhre est un géant, la colline est une vague de la mer. Nos yeux sont pleins de mensonges, et j'aime mieux ces mensonges que des vérités. Quand je regarde cette belle étoile, insensiblement elle perd sa forme; elle grandit à vue d'œil et remplit le ciel d'un éclat de soleil. Et puis, Michel, ce n'est plus une étoile, c'est une superbe femme, habillée comme une reine d'Orient, assise sur un trêne de pierreries, et ses

yeux d'escarboucles, en tombant sur la terre, ne s'anê* tent que sur moi. Alors je sm en extase; mon front brûle; m<m intelligence s'élève ; je tres^le de fierté ^ me voyant Tobjet d'une si haute protection. Il n'y a pins d'obstacles dans ma carrière de soldat. Je puis arriver à tout. Le monde m'appartient... Michd, ne te sembl&441 pas que je suis fou?

—Que dis-tu donc? Toi, fou! Tu es le plus raisonnable des hommes ! Je suis logé à la même enseigne, et p^sonne ne te comprend mieux que moi. Il est heureux de nous trouver réunis sur le même diemin, afin que nous puissions nous communiquer les mêmes idées. Ce n'est pas une reine que je vois là-haut, moi : je ne sais pas comment sont faites les reines ; c'est une jeune fille de Clermont, belle comme l'aurore^ et qui me jette toujours quelques petits sous quand je joue de l'orgue soos son balcon. Il n'y a que ce beau visage que je connaisse dans le monde pauvre où je suis. Eh bien I à force de regarder fixement cette étoile comme vous, Zéphirin, je vois cette jeune fille me sourire du haut du ciel, dans use voûte de rayons. Elle me montre dU|doigt la richesse, et son regard semble me dire : Courage, tu seras riche un jour. En ce moment même, Zéphirin, mes yeux la suivent dans tous ses mouvements. Ohl noni ce n'est pas une petite étoile que je pourrais cacher dans ma main, c'est une vision consolante, un être charmant que je connais, qui m'aime et me donnera ce qu'elle m'a promis.

Ainsi causaient nos deux modestes voysigeurs dans les heures de repos. Le hasard avait rémû, dans h poNS*

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sière d*tttte grande rovte» âe«x ttalares inteltigeiitesi; lei^ opulenteft chakes de poste n'emportent pas toujours au galop une pareille association. Michel et Zéphirin arri-* yèrent avec un certain déplaisir au terme de leur voyage. Ils quittaient la vie nomade pour la vie stationnaire, Tair pur des champs pour l'air infecté des grandes villes, les vofttes des arbres pour les plafonds de maçonnerie ; c'est^ k-dire qu'ils perdaient tout et ne gagnaient rien, li leur restait pourtant l'espoir, ce trésor qui est au fond de toutes les bottes de Pandore, depuis le premier désespoir humain.

A Paris ils se séparèrent pour se livrer, chacun de son c6té, aux exercices de leur profession ambulante. Zéphirin rejoignit son bataillon à la casei^ne de la Pépinière, et Michel loua une mansarde dans la ruelle Guérin-Bois* seau, inconnue du soleil comme tant d'autres réceptacles numérotés de la bonne ville de Paris»

Le jour même de son arrivée, le jeune virtuose auvergnat prcmiena sa musique à travers les carrefours, ramassant {à et là de rares petits sous qu'on lui donnait par charité et non par admiration. Les mélodies sont peu goûtées par le public parisien ; ses oreilles, endurcies par le fracas perpétuel des roues, des chevaux, des omnibus, des crieurs, doivent être inaccessibles it la musique délicate. Aussi les compositeurs, pour plaire k ce puUic. élevé dans Thannonie des tremblements de terre, sont obligés de sacrifier de malheureux ténors sur l'autel du si bimoly qui a d^k dévoré tant de victimes. Le si bémol a remplace Tarbie sauvant oà les Gaulois immolaient

il LES NUITS BSFAGNOLBS.

des victimes habiaines à Tentâtes. Hichel fésolat de dmiger de gamine pour augmenter ses pauvres recettes : il ne tira de son orgue que les sons les plus aigus et les plus violents ; mais» malgré tous ses efforts, il ne pouvait jamais se mettre au diapason du la que lui donnait une perpétuelle série d*omnibus, orchestre torrentiet chargé de dépaver les rues depuis Taurore jusqu'à minuit.

— J'ai mal choisi mon théâtre, se dit Michel; Paris est une capitale où la province est en majorité : réfisgions nos mélodies dans des quartiers bourgeois, recueillis, silencieux. Fuyons Paris dans Paris.

Pareil au naufragé qui explore l'intérieur d'une tle déserte pour y trouver son coin de prédilection, Michel se mit à la découverte de Paris. Il salua avec attendrissement le quartier Beaujon, l'île Saint-Louis, le quai Yalmy, la rue de l'Université, le cité Trévise, la rue des Petîts-Hôtels, l'avenue Percier, et beaucoup d'autres retraites inconnues des chevaux de brasseurs et affranchies des lignes d'omnibus. L'avenue Percier plaisait surtout à Michel ; il y avait des arbres, du silence et du gazon. Ce coin ressemblait à un souvenu: de province. Le passant évite cette avenue comme un lieu peu sûr même à midi, et le sergent de ville ne l'a jamais ombragée de son chapeau. Il y a dans cette zone agreste, et pourtant si voisine de la bruyante rue Saint-Lazare et de la Chaussée-d'Ântin, il y a des jardins délicieux, et sur les murs de jolis kiosques demi-chinois, où nulle tète humaine ne se montre, à cause de l'absence perpétuelle des passants. Ce sont les

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paSBaDls qm ont fait inventer les kiosques, ces asiles de Tennui et de la curiosité.

Mchel , qui âdsait à Paris ma noviciat de musicien ambulant , se plaçait sous un kiosque de l'avenue Percier et prodiguait dans l'air le répertoire de ses mélodies. Aucune oreille ne se levait sur Thorizon. Si lé pauvre enfont se Mt mis en frais d'exécution sur les . ruines de Thèbes ou de Palmyre , il aurait vu , après un instant, sur^r du milieu des ruines quelques têtes d'Arabes émerveillés , et , après le concert , il y agirait eu une bonne recette dedattes fratches et de pastèques rouges, sans impôt de droit des pauvres ; mais , au milieu de Paris , Michel n'aperçut devant lui que son ombre qui s'agitait sur un sable fin. Toutefois l'endroit choisi pour Texécntion était si charmant que Michel y revenait toujours, coBime pour se donner à lui-^mème une satisfaction égoïste , dégagée de l'intérêt vil .

Cet acharnement eut enfin sa récompense. Un des kiosques remua ses feuillages en l'absence du vent ; il venait d(mc de recevoir une créature humaine. Le désert se peuplait.

Le musicien , pour fêter dignement cet auditeur présumé , choisit le plus beau morceau de son répertoire ; il exécuta sa mélodie sans paroles , celle que Zéphirin aimait tant. A l'expiration de la dernière ritournelle deux tètes se montrèrent au balcon du kiosque et (]uatre maiàs applaudirent le musicien. Ce premier succès n'était qu'un prélude. Un chiffon de papier blanc , arrondi en forme d^ pièce de cent sous , tomba

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aux pieds de Michel , dans, te gazon de r^fetne Ftt^ cier.

Un joyease éboUition de sang colora les jones de TAqvergnal ; sa main diercha son chapean et leiranba sans TaToir trouvé » tant Témotion était grande ; il essaya de combiner nn remerctment avec cpielqnes mots dioisis et ne put rien assortir. Une idée bien naturelle le tira de eet embarras crael.

— Recommençcms ma mâodie puisqu'elle plaît, se dit*il ; et, sans^ attendre le 6w , il recommença.

Cette fois l'enthousiasme du kiosque fut enc<ve plus ard^t , et T^uditoire daigna ouvrir un colloque avec ^a^ tiste de Tavenue Perder.

L'auditoire^ peu nombreux, mais choisi, se composait de deux personnes , un homme et une femme, jeunes tous deux , et tous deux d'apparence distinguée. La femaie paraissait vingt-cinq à vingt-six ans ; elle avait de beaax cheveux blcmds , une figure charmante , des yeux limpides et doux , un profil de camée antique , une bouche exquise de ciselure , des bras superbes. Le reste du corps était caché par le mur du balcon , mais tout ce qui se voyait était suffisant pour compléter l'éloge de ce qui ne se voyait pas.

Le jeune homme s'accouda sur le mur et dit avec un sourire bienveillant :

— Mon petit organiste , je ne connais pas le morœaQ que tu viens de jouer. . . Nous cherchons, madame et moi* le nom de l'auteur...

— Oh I vous ne le trouverez pas , interrompit Micbel

LU fll7fTg IfSPÂONdLIft* 17

sftt in franc éclatée rire auvergnat; ~ c'est «m anteor qui n'est pa^ connu.

— Pteâi» gaide , dit le \mn% homme ; to Vavances beaucoup. Je connais tons les compomtenrs...

— Excepté celui-là , monsieur^ et la preufve, c'est que c'est moi qui suis Tauteur de ce morceau.

La jeune femme croisa ses jolies mains en signe d'élo»* nement et s'éoria :

—Comment! c'est luil

— Oui , madame , c'est moi I Demandez à Zéphirin.

— Et qu'est-ce que Zéphirin?

— On l'a fait caporal hier, parce qu'il lit et qu'il écrit aussi bien qu'un député.

— Ah I nous voilà bien fités sur Zéphirin I dit le jeune homme en riant aux éclats.

L'auditoire parut se concerter quelques instants à voix basse et une décision fut prise. La porte du jardin s'ouvrit, et, engagé par la plus douce des voix, Michel entra d'un pied hardi , comme un artiste qui a déposé sa timidité après un premier triomphe. Midiel fat introduit dans un salon de cottage, à peu près tout meublé par un vaste piano et des piles de partitions richement reliées. Le jeune homme ouvrit le piano , s'assit , et demanda une troisième exécution de la mélodie de Michel.

— Je lui en donnerai pour ses cinq francs , se dit Michel ; et il obéit.

L'œuvre eut encore plus de succès qu'aul deux autres fois.

18 LIS KQITS SSFAaaOLSS.*

— Je b tiens namteiiMit, U awlodie, dit le jeue homme. Où donc as-ta appris la oompositioii?

— A la campagne, monsieur, ayee des arbres, des fonlaines, des oiseaux et des grillons.

— Mafoil mon petit ami, c'est on oonsenraloirecomine un antre, et on n'y iait pas antant de limit qu'an nôtre dn âuibonrg Poissonnière.

— Madame, poursuivit le jeune homme en s'adressaat à la plus belle moitié de l'auditoire , désires-Yous ayoir des paroles sur cette mélodie?

— C'est ce que jevousdemandedepuisunquartd'heure, mcmsieur le pqëte.

Le poëte, puisque c'en était un , quitta le piano pour une table, et, après une laborieuse combinaison de notes et de syllabes superposées , il écrivit sur une feuille de musique le libretto suivant :

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