BONAPARTE ET MURAT
Bonaparte ! ce nom, quand la main le crayonne Sur le grossier vélin, comme un astre rayonne : Jamais nom de mortel n'eut des destins si beaux. Si la France perdait l'éclat qui la décore, Ce nom étincelant l'embraserait encore.
Gomme un soleil sur des tombeaux.
Ce nom, le grenadier dans les sables numides L'incrustait en veillant auprès dçs Pyramides ; L'Anglais le dessina sur le roc de l'exil; Et lorsque le burin manquait aux sentinelles. Elles le ciselaient en lettres éternelles Avec la pointe du fusil I
Le sauvage le dit d'une voix ingénue, Sur l'île où toute langue est encore inconnue, "océan du Sud murmure de doux sons; ^uples endormis sous les ombres du pôle (jié ce nom sur l'immense coupole AuUs SLvec des glaçons.
Sème 1
Et le^.m'^tou, la ville fabuleuse,
La nuit, 8\.8on onde nébuleuse;
ITALIE. â5
Prononcez de grands noms, des noms grecs et romains : Aucun ne touchera le stupîde sauvage; Demandez Bonaparte à l'écho du rivage:
Le rivage battra des mains.
Les Africains errants avec un 6ulte étrange Sur les pics décharnés du fleuve de l'Orange, Chez eux le nom français n'est point encor venu. Es n'ont jamais prié le Créateur suprême; Ils ignorent le monde, ils ignorent ï)ieu même : Bonaparte leur est connu.
Un voyageur, cherchant de Yot pur eu filièrëff, A vu sur le sommet des vastes CordUières Ce nom utiiversel, qui fascina ses yeux ; Bonaparte brillait sur le plus haut du site. Comme s'il èùtlaiissé sa carte de visite A la porte qui mène aux cieux.
Partout il est connu : cherchez Mea sur la carte Un seul peuple oublieux du nom de Bonaparte : Notre globe le sait de ï'un à l'autre bout. Les peuples périront, ainsi que leurs histoires, Les temples, les cités, le bronze des victoires ; Ce nom seul restera debout.
n en est encore un qui luira sur là France, Et qui nous sera cher, ah I j'en ai l'espérance, Tant qu'un feu militaire animera nos fronts, Tant que la gloire sainte aura poMt nous dés charme^, Tant qu'une main française élèvera les armes Pour nous venger de nos affronts.
Murât ! ah ! tout est dit ! il suffit qu'on le nomme ! C'est la gloire incamée et la -valeur faite homme. Qu'on lui trouve un rival dans les âges anciens ! Dans les rangs hérissés de flèches et de piques I Bécitez les exploits des poèmes épiques : Ils pâlissent devant les siens.
Quand le canon sonnait l'heure de la bataille» n montait à cheval, grand de toute sa taille^ Le premier réveillé dans le camp endormi» Et courant, radieux, hors la ligne des tentes. Avec son beau dolman et ses plumes flottantes, n se montrait à l'ennemi.
Hoi des camps t un cheval alors était son trône. Sa large épée un sceptre, un casque sa couronne; Les boulets du coïnbat étaient ses courtisans. La mort eut pour lui seul des regards de clémenco. Il livra sans blessure une bataille immense. Une bataille de quinze ans.
Ce n'était qu'un enfant aux belles tresses blondes» Un enfant calme et doux, lorsqu'il passa les ondes. Pour 'montrer à l'Egypte un visage riant. Eh I bien I du premier coup d'une épée enfantine, n trancha le damas du bey de Palestine, Et flt chanceler l'Orient.
Tu t'en souviens encore, Aboukir t sur ta plage. Tu le vis autrefois à l'aurore de l'âge. Un pacha de Stamboul lui barrait le chemin : Murât échevelé prit une armée entière;
Il eutr'ouvritles flots, aiasi q;u'un cimetière, EtTensevelit de sa main.
Toujours courant, toujours sous les premières tentes, Toujours pressant un fer des ses mains haletantes. Un soir il arriva sur un fleuve lointain, Sous les murs de Moscou, d'épouvante saisie. Qui sentit ébranler ses minarets d'Asie, Et ses mille dômes d'étain.
L'année était bien lasse et loin de sa patrie ; Moscou se révélait comme une hôtellerie ; Lui seul ne daigna point s'arrêter pour dormir. II se précipita sur le Baskir immonde.
Sur la route qui mène aux limites du monde. Par les sapins de Vladimir...
Bonaparte et Murât ! étoiles fraternelles I Deux grands noms rayonnant de lueurs étemelles. Baptisés mille fois sous le feu des canons : Tout Français aujourd'hui qui sent brûler son âme, Doit incliner son front aux genoux de la femme Héritière de ces deux noms.
Epouse du héros, digne sœur du grand homme.
De quelque titre saint que ma bouche vous nomme,
Tne larme toujours viendra mouiller mes yeux.
Soyez heureuse, vous I Que ce chant vous console.
Car vous brillez encor de la double auréole
Des deux noms qui luisent aux cieux.
La pièce écrite, jelalus à la sœur de Napoléon, àla veuve de Murat, et j'eus le bonheur de voir des larmes tomber sur son noble visage ; c'est la seule fois que je me suis estimé heureux de savoir improviser quelques vers. Une pareille journée ne me reviendra plus.