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parla de toot, excepté de ce qui aorut dû être dit, après dnq actes d'échange de r^ards, accompagnés de la mosique de TuneraK. Lively ^ait entré avec im caprice, il sortit ayec une passion. Avaitril perdn? a¥ait*il gagné? L'ayenir répondra.
— Yoos parlez là comme Dncray-Dominil, intemNnpit la comtesse.
— Je ne dédaigne pas Ducray-Dnminil, dit Octave, et j'adopte quelquefois ses formes naïves, si honorées sons le Gonsdat. Qoand l'ardeor du récit emportait ce calme écrivain dans son cabinet du passage Montesqoiea, il savait se contenir, et s'écriait : Mais n^antieipans poi sur les événements! Oni, n'anticipons pasl Je ne vous étonnerai pas, cercle charmant de Savemy, en vous disant que Lively donna, trois jours après, sa démission d'écolier d'Oxford. ^
L'intrigue qui fut nouée entre miss Debora et Lively avait toute l'innocence des amours des héros blonds d'Auguste La Fontaine, ce Ducray-Duminil allemand. Les gens du monde s'imaginent cpie tout est lestement conduit dans les amours éclos entre deux coulisses. Eneor. n y a de la vertu partout ; le foyer est même souvent plus chaste que le salon. Voici une idylle dialoguée, à la fiiçon des bergers de Théocrite, et qui atteste le d^ moral atteint par les amours de Lively et de Debora, on mois après la soirée de Tancredi.
Ils étaient assis tous deux devant une petite pyramide de charbon enflammé dans sa grille, et ils se disaient des choses tendres, mais chastes, comme Thomas Moore en
écrit. Une legèreteinte de mélancolie perçait dans les paroles de miss Debora, et ce sentiment prenait sa source dans les inqniéttides inspirées par Tarenir. C'était fort naturel chez une jeune femme, comme on verra.
— Oui, Lively, vous avez raison, dit-elle, je dois renoncer au théâtre si vous m'épousez ; mais après notre mariage que ferons-nous?
— Nous nous aimerons, belle Debora.
— Oui, mais cela ne suffit pas; le monde anglais est très-coûteux à habiter; il vous défend de vivre si vous n'avez pas au moins deux mille livres de revenu. Moi, je n'ai d'autre fortune que ma voix ; vous n'êtes guère plus riche, vous, Lively.
—Je puis donner des leçons d'hindoustani.
—A qui?
— A ceux qui voudront l'apprendre.
— Et personne ne se soucie de votre hindoustani, et puis vous ne le savez pas vous-même, soyez franc.
— Je l'apprendrai.
— Taisez-vous, vous êtes un enfant I... Votre père, dites-vous, est un petit rite^-payer du bourg de Salford, et il a onze enfants, selon l'usage des pères du Lancastre. Que vous revient-il à chacun, après la mort de votre père?
— Rien, Debora.
— C'est bien peu, comme vous voyez.
— Oui, mais l'amour, c'est beaucoup.
— Pour aimer, Lively, mais pour vivre?
•^(Hi vit quand on aime.
— Oaiy mais on vit trè&-mal, Lively, quand on est pauvre.
— Debora, j'ai lu un jour une belle pensée dus un livre, celle-ci : Une chaumière et son cœur,
— A condition qu'il y aura un château à c6té de la chaumière et une dot à cAté du cœur. J'ai la chaumière et le cœur, il me manque le château et la dot.
—C'est bien triste cela, mon angel... Et que faut-il faire alors?
—Attendre.
— Il est bien long ce verbe I
— Il a une fin, Lively.
—Pas toujours, Debora.
— Croyez^vous qu'il y ait des choses qui ne finissent pas, Lively ?
— Mon amour.
—Et après?
—Dieu.
—Et après?
— La misère d'un étudiant.
—Oh ! Lively I votre misère finira quand viendra ma richesse.
— Et quand viendra-t-elle votre richesse, Debora?
— Après trois saisons au théâtre Royal. Jusqu'à présent, j'ai tout abandonné à mon père : mes appwntements d'une année et deux représentations à bénéfice. C'est fini, je ne lui donnerai plus rien : il recevra de moi, comme auteur de mes jours, à ce qu'il dit, une rcnU de deux cents livres. Je garderai le reste, et trois saisons
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à Londres et mes congés me donneront une fortnne.
— Debora» je serai mort avant la fin de ces trois saisons et de ces congés : mort de jalousie, mort d'amonr et de désespoir. Toutes les fois que voas paraissez en scène et que tout un monde d'adorateurs tous applaudit, j'ai des frissons ardents qui glacent mes veines ; comprenei^ vous cela? Non... Eh bien! c*est ce que j'éprouve, rien n'est plus vrai. Je brûle et je tremble tout ii la fois. J'ai la flamme au cœur et la neige aux pieds. Je meurs et ressuscite poiir mourir. Ces deux mille mains qui se tordent pour vous applaudir au théâtre, vous embrassent sous mes yeux, dans leur enthousiasme frénétique, et, la nuit, des rêves horribles vous représentent à moi comme livrée à l'amour dévorant de tout un peuple*. Puis-je vivre, ou pour mieux dire, puis-je mourir ainsi à chaque instant? Non, Debora, je veux vous aimer moi seul, vous arracher au théâtre qui vous profane, au monde qui vous flétrit en vous honorant ! Je veux qu'il n'y ait plus dans l'univers que deux êtres, vous et moi I
— Je vous dis Lîvely , que vous êtes un enfant. On vous aime, on n'aime que vous ; qu'exigez-vous de plus?
— Tout le reste.
—Mon amour ne vous suffit donc pas?
— Non, s'il est permis à tout le monde de vous aimer en payant quatre shillingi au bureau.
— Vous extravaguez, Lively.... Regardez le duc de Sussex...é
—Je ne veux pas regarder le duc de Sussex; je me regarde, moi«
444 tS$ VUITS KSFAOMOI^IS.
—Le due deSussexapour maîtresse uneseecNideishaiteuse qui a un second amant, et même...
— Je me moque du duc de Susses et de sa seconde chanteuse I Je veux vous épouser, vous arracher aux coulisses, et pkrtir avec vous pour les États- Unis.
—Et avec quel argent?
—Je servirai comme matelot à bord pour payer mon passage.
«—Et moi, comment pourrai-je payer le mien ?
— Vous vendrez vos bijoux, —lissent £aux.
— Ahl
— Mon Dieu i vous me faites diredes choses humiliantes, cher Lively I
— Cela vous humilie d'avoir des bijoux faux?
— Sans doute ; on voit bien que vous ne connaissez pas les tînmes.
—Mais cela ne vous humilie pas de vous exposer à être sifflée tous les soirs?
— Le public m'adore.
— Le public a sifflé toutes ses idoles ; il a sifilé Kean, Kemble, miss Siddons, et cent autres qui ne s'en vaste rent jamais. Un jour on vous sifflera.
— Eh bien ! ce jour-là je vous épouserai ; êtes- vous content?
— Non , parce que je serai sifflé aussi dans la kmB^ que j'aipie.
— Nous nous consolerons tous les deux.
LSS NUITS ESPÀGNOLE^S. U5
— Alors évitons cette consolation , et marions-nous avant. Je n'aime pas être consolé.
— Ce n'est pas vrai, Lively ; vous vous trompez vousmême, et la preuve , c'est que vous êtes au désespoir et que vous allez être ravi de vous entendre dire que je vous épouserai dans huit jours.
— Parole d'honneur I vous parlez sérieusement ? s'écria Lively transporté de joie.
— Lively, hors du théâtre une actrice parle toujours sérieusement, pour se reposer.
Lively tomba aux pieds de Debora et mit leur poussière dans ses cheveux blonds.
Le lendemain le jeune homme écrivit à son père pour lui demander une gratification de cent livres, pour cause de mariage. Le père répondit courrier par courrier et ne lui envoya que sa bénédiction , pour cause de pauvreté.
— Eh bien I la Providence m'aidera, dit Lively.
Sur cette semaine, comme disent les Anglais > miss Debora, en rentrant chez elle, a(9rès une répétition d'il todifif musique de Benincori , trouva sur son guéridon un écrin d'ébène portant en lettres d'or le nom du célèbre bijoutier Hamlet. Elle ouvre et voit une parure de brillants plus éblouissante que la constellation du Chariot. La femme de chambre , Lisa, interrogée sur-le-champ, répondit :
— C'est un gentilhomme qui est venu , vous a demandée , et m'a dit : Vous donnerez cette bagatelle h miss Debora.
p- Ce gentilhomme vous a-t*il dit son nom?
U6 LBS KUITâi lISBiiQQIYOLBè.
— 11 n'ai i^ien.ajouté de plii6> madame, ii) tist^parti.
— C'est bien, retirez-vduSi
Debora conridéra le merveilIeax.pFésenlr. anonyme , et l'estima quatre mille Ime^, ce cpiipemaetlaiti d'élevé à un taux fabuleux la fortune du gentilhomme inconno. Quelles réflexions agitèrent ensuite la» \êi% dsr Vaeitmt La» réponse ne se hasarde pas;; mai» rhistt)tâentdoit dire que Lively fut reçu assez froidement à s» lœmière mite. Debora se plaignit diune migraine violente; qui* supprimait tout entretien trop long. Les migraines ont* été une admirable invention qui durera josqu'à^la fia des^ femmes. Lively était à. cet âge heureux où on oroil. encore aux. migraines ; il fit un long monologue sur lor névralgie, qu'il tenaitd'unphysiologiste d'Oxford, ^, respecant le repo& de la belle malade, il sortit en songeant touiours à son madage si prochain;
Miss Deborà reçut une autre visite: on loi anoionca mistress Reading, qui jouait les mères nobles depais vingt ans au: théâtre de Hay-Marlfiet. La mère noble s'a^ sit, à l'invitation de Debora, et,, s^èsasvoii^ fût tourbillonner dans sa bouche quelques x^bulense^ pkiases de préambule, elle s'exprima clairement^
— J'a l'honnear^ dit-elle , de connaître., à arase de ma position, toute la jeune noblesse de Londres el la ri* che bourgeoisie de la Cité. Le jeune Âlban Stundej^ fils atné du célèbre mécaniden de ce nom^est^entrèeiipos' session de sa fortune patrimoniade le mois dernier. J'ai eu le bonheur de rendre quelques services à son «père..., des services honnêtes» eitfendoiMknMis.*., el je viens
C'fest à* jétoé lioiïitté tftinfe lîWffite fextrtiWé , <(<« vous adore feu Seferfei, fet y^Ùî n'b^ait iàVni h bdiiclte en Votre ptê^ate:.. Ba fôrtïittè dôit^oti^ àv»tf été téVééè pkr*tm modeste échantillon de pierreries , sorti àë's iitetiei^s d'ffàfailet. C'est côihtfè toiife bagae dé Bântée. Vtiidi lafortune iie M. ÀÎbàà, d'aj^rèS Ife relevé \le Jt.tîëale , "Sdh liôtâîrfe, î < , Chààdoî-^ôireët, où Vous iio\ivéSG lë'faîreVérîfier :
Une tërté prèâ d'Àhgresey, dans le Dévoiishfre, ëvâîuéb; sans un troù^eàti dé ttoîs mille bœiifs, à ciiiquatlle mille livrés;
Un château siir là Mefgéy, dans lè làil'ciàst^è , avec forêt, chasse et tiëcb. ftopriété d'âgi'éilrient/Le château a été bâti pair Henri Vltt ;
Une vaste usiné , pi^opre à la brodeWe de la soie , à Mafachfestèt, placé d'OW-CAt^rcft. ÉVaïuô.tion : Vîugt taille livres ;
tJiïè biraâserîe, dans le theapsîâe, â Lotndfés ; dix riiille livres ;
Un cottage , avec parc , jardin , volière et ménagerie, à Hamptoncourt. Propriété d'agrément ;
Un fly à vapeur, pour promenade sur la Tamise, avec six hommes d'équipage et un capitaine ;
tJn ^iUîÈ àyàhl vtié et jârdlh M Hyde-Ï^ark. 'Propriété à'âgf émfeiit ;
Urtfe ftKti^Oh dans le Strahd, à côté de Sofriinéfset- Htiuit. Évaluation : tiû^ mille livtéè ;
Une terre dans le Middlesex, pâturages , herbSéCS'ét \f^0i\ ÉvaWâèîoB : qûaWiité ihille livrée;
4i8 LSS NUITS ESPAGNOLES,
Une terre à Rochester, vaste forêt et bois de construction, affermée à l'itmirauté de Chatam : dix mille livres;
Une terre à Gravesend , avec banc d*haitres de six milles d'étendue, affermée à M. Loome, land-l<^ de Blake-Hall ;
Actions dans diverses compagnies d'assurances : dans les docks des deux Indes ; dans les chemins de fer de Liverpool et de Douvres , dans les paquebots transatlantiques , dans les omnibus de la ligne de Saint-Paul à Kinsington-Gardm, dans la Compagnie des Indes , dans les défrichements de TAustralie , dans toutes les spéculations agricoles de Funivers anglais.
Telle est, dit la mère noble , la fortune de M. Alban; il a vingt-deux ans et jouit d'une santé robuste, et il est beau comme tous les fils de bonne maison anglaise. Voilà votre époux si vous daignez l'accepter. Je ne vous cache pas que le généreux Alban m'a promis de se souvenir de moi si je réussis dans cette affaire , si honorable d'ailleurs pour tous.
Un vertige bouillonnait dans la tête de miss Debora, en lisant sur un papier officiel le relevé de cette fortune colossale, qui n'appartient qu'à TAngleterreou aux MiU^ et une Nuits. La jeune actrice demanda quelques jours de réflexion.
— Eh I madame I dit la mère ^oble , voilà l'impossH
ble ! Si avant ce soir votre parti n'est pas pris, M. Alban part pour la France, oîi il espère vous oublier, car il lui serait trop cruel de mourir avec tant de jeunesse, de fortune et de santé. Vous savez , madame , que les Anglais riches ne font rien comme les autres hommes ; M. Alban est en ce moment , avec deux lords de ses amis , chez M. Geale, son notaire, et il vous attend là pour mettre sa fortune et sa vie à vos pieds, devant témoins. Le mariage sera célébré demain, à Sainte-Mary-Ie-Bone et à l'état civil. En prodiguant Tor, comme M. Alban sait le prodiguer, on brise à. Londres tous les obstacles. Ce sera ainsi, ou ce ne sera pas. Il faut choisir, madame. Devant votre porte vous trouverez un carrosse du célèbre Milne, de Totennham-Rood ; c'est suspendu et doux comme un nuage. L'attelage est superbe. Voiture et chevaux sont à vous. Le cocher a ordre de vous conduire chez M. Geale, le notaire, à Chandos-street. On vous attend I
Le démon n'avait jamais inventé des tentations plus irrésistibles pour séduire une pauvre fille d'Eve. Un tourbillon de rêves d'or éclata devant les yeux de l'ac- ^ trice, sa tête s'égara. Il ne s'agissait pas ici d'une pomme normande, comme dans TËden , il s'agissait de cueillir le Pérou sur la table d'un notaire. Le démon triompha. Quelques heures après tout était conclu. Dans l'intervalle le jeune Lively avait monté et descendu vingt fois l^escalier de l'actrice. Toujours personne, personne, personne. La femme de chambre n'avait qu'un mot désespérant à la bouche , et rien ensuite pour adoucir ce mot.
L'affiche du théâtre royal annonçait ulâehe par Ut disposition de miss Debora.
— Sstrel^ie vraimeTit indispfisiée % den^Wd^t an pleai^}it;Lively..
— Non, i>épond^it sèchement la soubrette d'opé^a. Bt Liviely aurait comme un fou, de {^^ngrAcre aaxa^
cad<^dtt Uiéâi,reRoyal> de Pay-Uarket à Drury-Lane, de Charing-^Cr<^s à Temple-Bar ; son œil fouillait au vol toutes les voitur es nobles et roturières qui passaient devant loi ; il ne voyait qu'un monde étranger et inconnu.^
Miss.DaVora aimait , comme toutes les actrices , les promenade^ » du déjeuner à Sceptre and Crown de Greenwicb) surtoi \t les Jours ou elle ne jouait pas. Après deux jours.d'éclip&;^ totale, un matin Lively était sur la grande arc^e dupent dp Londres, et il regardait passer tous les paquebots quil descendaient h Greenwich ou ^ Blake- Hi^K TAutiài c ^up il apersuf nn grand mouvement sur le quai de la Toiar; au milieu d'un cortège de domestiques de toutes<cQuljeuis, un jeune homn^e et une jeune femme montaient sur un paquebot tout à feit dégarni de passagers dan&tout.e la longueur du pont.
La jeune femme avait des allures, des poses et des gestes qui rapàpe^laient... Oh! impossible! pensa Lively. Cependant il prit son binocle de théâtre, télescope qui ne quittait jamajis la vaste poche de son water-proof^ et il rf^ar^a. la voyageuse du paquebot. Le binocle tomba dan^ la.riviè re, et Lively faillit le suivre du même élan.
G -était bicm miss Debora i II courut comme un daim au quai de la- Tour, en serrant son poing droit comme s'il
eût tenu ubi tstj'let, et il apriva «ur les Galles de r<einbarcadëre juste au moment o% le paquebot Sérapait , de S€H?le ifull efit*cp[icore >le temps «de ^oir miss Sebora et un jeime boanae, entourés 4e8 jayonis du bonheur, desoenda«ft tous deiux la Tamise a^ee la rapidHé d'une flèohe. Octawe prit le T^erre 4Peau parlementaire et but très*grav«m«i^.
— Vous vous arrêtez-Ik? dit la «omtesse.
— Je m'arrête à }a #n, madame.
— Où va ee paquebot? demanda Lively à un marin de service.
— C'est VEmvrM; il va k Calais, répondit froidement le marin.
Lively smit 'd'un 'Ceii effuré la ft)be Uanche de miss Debttra tanlqu'elie fiot sur Thorison ; puis il ne vit et n'entendit plus rien. Le sang, insor^ dans ses veines, trm- Ma ses yeux et ies ferma. Des botmoes qui assistent souvent k ces sortes de scènes , sur le quai de la Tour, et qui en vivent , soutinrent Livdy dans sa cfaute , prî* rent une carte de visîAe dbns scm portefeuille, et le rame* nèrent chez lui dans un cabriolet patmisafety . k Londres tout est prévu, et toute chose est une profession.
Il y a , dans i'histoire céleste des amours terrestres, beaucoup d'étoiles qui ont filé à bien meilleur marché que ceile-ci.
— Et que devint ce pauvre Lively après avoir vu filer son étmle et après son évanouissement?
— Il reprit ses sens,'madame.
— Et il se consola?
— Non, noadame, il ne s'est Jamais consolé.
— Conunent a4'il donc Eût?
— Il s'est marié ; il n'a pas conservé près de sa compagne toute Tardeorde sa jeunesse; mais cette ardeur est remplacée par une tendre mélancolie qui se manifeste, dans ses amicales promenades , par des réflexions incomprises. Ainsi, un soir, apercevant un de ces météores (cause de notre présent entretien) , il disait tristement : Ne crois-tu pas voir un ange exilé du ciel , où il est aimé, descendre sur la terre, où il doit souSrir?
— Et avec qui s'est-il marié?
— Il s'est marié avec la fille d'un coutelier de Birmingham, et il est aujourd'hui père de sept garçons et de quatre filles, rue de la Providence des Ouvriers.
— Ainsi, malgré ces onze enfants, dit la comtesse, ce pauvre Lively ne s'est jamais consolé?
— Jamais, madame ; il a juré d'être inconsolable jusqu'au tombeau. Quand je serai, madame, assez riche pour payer à un imprimeur les frais d'un volume , j écrirai cette histoire et j'enverrai mon livre à Lively, coutelier à Birmingham ; il le lira et se consolera peut-être.
— Comment ! dit la comtesse , ce poéticpie Lively, ce professeur de langues hindoustaniques, ce brillant bachelier d'Oxford est coutelier aujourd'hui I
— Oui, madame, coutelier patenté, à l'enseigne du Couteau de Debora.
— Lequel couteau était un clou , s'il faut en croire la Bible, remarqua madame de Saverny.
— Madame, le texte hébreu a été fort mal traduit, ii-
vely n'a pas commis la faute des premiers traducteurs ; selon lui , Debora aurait tué Sisara avec un couteau , ce qui est plus probable , uu couteau de sacriGcateur * Je serais assez porté moi-même à me rallier à cette opinion, qui d'ailleurs agite beaucoup les méthodistes du Lan* castre en ce moment.
— 11 y a vraiment de quoi I remarqua la jeune com^ tesse.
— Vous voyez, madame, que j'étudie mes histoires sous tous leurs aspects , afin de les rendre moins indi« gnes de vous.
— Il est vrai que vous ne dédaignez aucun détail, monsieur Octave. Vous avez même étudié toutes les questions qui se rattachent à renseigne du coutelier, votre héros. On n'est pas plus scrupuleux.
1^ LIS Npn$ fSPAGHOLSS^
L'heure matinale suspendit cette vettlée ; la soeiété so leva au signal (te Hiadaiii& da SaT^my, el chac1^l se retira dans son appartement.
Lorsque le cercle s? ccmstitua de nouveau , ramiral, qui avait beaucoup voyagé et qui sûmait le souvenir de ses voyages, raconta qu'il était mousse à bord du vaisseau VEndeatour Iwsque des savai^ts forent envoyés aux lies de la Société pour y observer le passage de Vénus sur le disque du soleil
— On. envoie tes $avânts bien loin, dit madame de Saverny , pour leur faire observer quelque chose ! Est-ce qu'on ne découvrirait pas tout ce qu'on voudrait du haut de l'Observatoire de Paris ?
— Madame, dit Octave , les observatoires , dans les pays du Nord , sont des monuments honoraires. Le directeur de l'observatoire de Greenwich est aveugle depuis vingt-sept ans , et les affaires célestes de cet astronome n'en marchent pas plus mal. Dans le ciel de Londres les étoiles ne brillent que par leur absence. A Paris c'est bes^ucoup mieux , mais ce n'est pas encore tout à fait bien. Le prédécesseur de M. Arago fit un jour son premier voyage et se rendit à Toulon. Le premier soir de son arrivée il fut fôtéà l'HôteN de -Ville, et, comme il ouvrit une feo$tre pour se donner de l'air, il
LE6 lîUlTS BSPA6N0LBS. IftS
aperçut un aitre énorme et d'un éclat très-rif qui se levait sur le pic de Goudon.
-^ Ciel 1 g'écria-t-ii, couime un acteur dans un vaude-' ville ou un drame, — eiel I qu'est-ce que cela ?
Un domestique lui répondit :
— Monsieur, c'est la lune.
— Âh I ah I dit Tastronome , c'est la lune? Je la con« naissais de réputation, mais je suis endianté d'être venu à Toulon pour la voir.
— Voilà , par exemple , dit la comt^se, un paradoxe céleste comme jamais n'en écrivirent Théophile Gautier, Karr, Gozlan et Méry 1 Vous osez soutenir qu'un directeur de l'Observatoire parisien ne connaissait la lune que de réputation I
— Le fait est vrai, madame ; il se rapporte à une singalière époque, dont la date et les phénomènes sont consignés dans les archives duBureau'des longitudes. Pen-< dant vingt années le climat de Paris fut constamment pluvieux, et le ciel des nuits toujours ou presque toujours voilé de nuages. Certainement, dans ce long intervalle , la lune a bien pu se montrer quelquefois , mâme dans son plein; mais quelle lune, bon Dieu! quelle lune I si vous la comparez à cet astre magnifique, à ce soleil de la nuit , qui brille dans les pays méridionaux I Vous voyez que mon paradoxe, madame, est une simple vérité. J'ai malheureusement le tort d'avoir quelquefois raison, aussi vous ne m'épargnez pas ; mais je persévérerai dans mes doctrines.
— Persévérez, monsieur Octave.
156 LES NUITS SSPÀGNOLSS*
— C^est surtOQt à cause des climats qu'on a classé certaines étoiles dans la catégorie des nibuleuses. En Angleterre cette différence n'existe pas. Tonjles les étoiles anglaises sont nébnlenses; il fant donc, pour foire nne observation astronomique dans ce pays, envoyer nn vaisseau à qnatre mille liençs , snr nn parage de l'océan du Sud. C'est le voyage que nous a conté toat à Theure notre brave amiral, qui était mousse en ce temps-là...
— Et je voudrais bien l'être encore! dit L'amiral.
— Je crois bien, dit la comtesse; vous auriez l'espoir de devenir amiral, et vous ne l'avez plus.
— Madame , pour gagner le grade d'amiral il faut perdre sa jeunesse; y a-t-il bénéfice pour moi?
— L'âge n'existe pas amiral ; il n'y a "pas d'âge. Il n'y a que des imbéciles qui soient vieux.
— Gela est très-vrai, surtout à Paris » remarqua Octave, où les centenaires abondent et louent des stalles à l'Opéra ; et, à ce propos, je vous citerai quatre vers qui se rattachent à l'astronomie. Nous avons parlé de la lune, parlons un peu du soleil , pour ne pas faire de jaloux là-haut.
Quand le soleil arrive au bout de sa carrière. L'éclat de ses rayons ne s*est point affaibli; On est vieux à vingt ans quand on cesse de plaire. Et qui plaît à cent ans meurt sans avoir vieilli.
— Celui qui a écrit ces quatre vers, dit la comtesse, a fait une bonne action... Mai^» monsieur Octave, Icso-
leil et la lune ne doivent pas vous faire oublier les étoiles nébuleuses.
— J'adore les entretiens décousus, madame ; vous remarquerez que je m'écarte souvent du sujet de ma narration, mais je reviens toujours à mes... étoiles. M. de Humboldt a parlé en détail, dans son Cosmos, des nébuleuses ; Dieu me garde d'en parler après lui I
— Oh! vous en parlerez, monsieur, dit la comtesse. Personne ici n'a lu Cosmos, Personne, d'ailleurs , ne lit la science trop sérieuse ; ceux qui prétendent la lire veulent devenir sous-préfets.
— Madame , il ne m'est pas permis de juger votre théorie. Je suis grave par nature, comme tous les savants ; j'ai lu Cosmos, et je ne vise k aucun emploi public. Vous voulez que je parle des nébuleuses après M. de Humboldt; eh bienl je tâcherai de concilier ce que je dois à vos ordres et ce que je dois à mon respect pour les maîtres de la science. Je vais parler des étoiles nébuleuses; vous savez déjà, madame , par mes théories, exposées dans nos précédents entretiens, que la terre copie toujours le ciel.
— Nous le savons, monsieur le savant. Aussi parleznous vite des nébuleuses terrestres.