‹ Les nuits espagnolesChapitre 6 sur 41 · CHAPITRE DES ALBUMS · texte numérisé non relu

CHAPITRE DES ALBUMS

Et mes lèvres en feu frissonnaient de plaisir. Comme si de ma main j'allais pour la saisir. Des montagnes d'azur lui servaient de ceinture, Elle me déroulait sa noble architecture; L'Arno devant sa porte, avec de joyeux sons. Saluait des grands-ducs les larges écussons : Pour la bien caresser, la rivière était lente; Que de tours couronnaient sa tête étincelante î Quelle douce lumière impossible aux crayons , Enveloppait ses murs d'un tissu de rayons t Du sommet de sa tour, avec sa voix ardente, La Giotto m'envoyait le nom sacré du Dante; n me semblait revoir, sur les clochers lointains. Les spectres lumineux des sculpteurs florentins, Et de Brunoleschi le magique fantôme Debout, comme un géant, sur la croix de son dôme. Bientôt la nuit tomba; sur les marbres noircis. Je vins m'asseoir aux lieux où Dante s'est assis; Indigne pèlerin, je crus que cette pierre Donnerait un instant la force à ma paupière. Afin de mieux la voir avec mes faibles yeux, La tour que fit Giotto pour soutenir les cieux !

Florence.

A MON AHI ADOLPHE STURLER^ PET^TRE d'hISTOIRB.

Viens, mon nouvel ami, viens, Français de Florence, I^ans la belle cité guide mon ignorance;

Viens, tu me parleras, en de doux entretiens.

Des tableaux incrustés sous les dômes chrétiens,

Des barons florentins du pieux moyen âge

Allant vers la Syrie en saint pèlerinage.

Et dont les angles noirs de ces larges maisons

Etalent aux passants les illustres blasons.

Cite-moi les grands-ducs et leurs nobles aïeules

Arborant l'écu d'or aux cinq tourteaux de gueules,

Et, le long du beau fleuve à leur sceptre soumis.

Conviant au travail tous les peintres amis.

Viens, le ciel est superbe, et Florence la reine

Nous enlace tous deux de ses bras de Sirène;

Retournons à ce cloître aux tranquilles arceaux,

Où la jeune peinture essaya ses pinceaux,

A l'église où Ton voit, au doux éclat des cierges,

Dans son cadre naïf la première des vierges;

Ce tableau que Florence, aux jours des arts naissants»

Apportait en triomphe avec des flots d'encens

Au pieux muséum, touchante galerie

Que bénit de son nom la nouvelle Marie (1) I

Ainsi je te parlais, un jour, un pur matin. Où nous foulions tous deux le pavé florentin, Où de TArno chéri l'onde mélodieuse Partageait devant moi la cité radieuse ; Eh bien I en ce moment où l'on m'a ramené, Tout ému du voyage, aux lieux où je suis né. Où mon pays m'appelle, où l'amitié m'invite,

(1) L'église de Santa-Maria-Novella, où ron volt la Vierge ^ Cimabué.

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