CHAPITRE DES ALBUMS. iili
Où le Dante s'assit, où son nom est grave;
Où, d'un immense poids, écrasant le pavé,
La montagne de marbre, aux lumineux atomes,
Lo dôme aérien s'asseoit sur quatre dômes,
Près de la tour sublime, horloge des saints lieux,
Que Giotto cisela, comme un pilier des cieux !
0 des beaux-arts chéris, touchante nourricière I
Florence, en te quittant, j'ai gardé ta poussière;
Devant ton seuil de marbre, à tes portes d'airain,
Je n'ai pas secoué mes pieds de pèlerin;
La poudre recueillie en courant sur tes dalles,
Elle sera toujours empreinte à mes sandales ;
Noble poussière d'or! elle vient des tombeaux
Qu'un vieux temple a couverts de ses marbres si beaux;
Panthéon du génie, asile où la croix sainte
Garde tous les grands noms dans une même enceinte (1) ;
Elle vient du Musée où Raphaël est roi,
Où l'Europe, à genoux, a passé comme moi;
Elle vient de la rue, où, la flamme au visage,
Saint George, le guerrier, vous arrête au passage;
Elle vient de partout, des cloîtres recueillis
Que cinq siècles éteints n'ont point eneor vieillis.
Des ponts, du pied des tours, des fraîches promenades
Sur le gazon du fleuve et sous les colonnades;
Des palais où Strozzi faisait luire aux passants
Son colossal écu, chargé de trois croissants;
Elle vient de partout, car la cité chérie,
Florence tout entière est une galerie ;
Et, comme en un jardin, on courtsur son pavé
[1) Église de Santa-Croce.
Que le fer a poli, que le fleuve a lavé.
Oh ! pour moi la peinture était là tout entière ;
C'était l'art dégagé de la lourde matière,
L'art qui doit tout à l'ùme et ne dit rien aux sens,
L'art, tel qu'il se montra dans les cloîtres naissants,
Lorsqu'au champ du repos, Pise, la chevalière,
Appelait autrefois la peinture ccolicrc,
Et que l'art virginal se mit à voyager
Sur les pas conducteurs de Giotlo le berger !
En écrivant ces vers, pocte cénobite,
Dans l'ermitage frais, la maison que j'habite,
Qui domine la mer, cet humide lien
Mariant mon rivage au sol italien,
Je -vois Tenir de ïïaple, à l'anse accoutumée,
Une barque à vapeur couverte de fumée ;
On dirait, en voyant co nuage léger,
Qu'elle a pris le Vésuve à bord pour passager :
Alors, jetant mes yens à l'horizon immense,
Avec tous ses décors mon rêve recommence,
Et m'allume le sang; surtout le lendemain,
Quand l'agile bateau, reprenant son chemin,
Vers les golfes toscans tourne sa belle proue,
Fait écumer le port sous sa bruyante roue,
S'ombrage de sa tente, et, glissant sur les eaux,
Emprunte à la vapeur les ailes des oiseaux.
Oh 1 c'est alors, ami, que je dis en moi-mOme :
« Qu'il est aisé de voir ce beau pays que j'aime !
» Si je l'avais voulu, dès demain, vers le soir,
r> Sous un arbre toscan je pouvais donc m'asseoir!
« Être encore une fois au rendez-vous de l'heure,