CHAPITRE DES ALBUM S
i) Devant le palais vieux, quand son horloge pleure,
» Et retrouver encor ta famille d'amis
» Dans ce retour prochain que je leur ai promis ! ))
Oh ! levons-nous, partons; la route m'est connue;
Renvoyons l'atelier de la Bacchante nue ;
Le Phidias nouveau, peut-être cette fois,
N'aura pas oublié de lui donner la voix ;
Puissant liartolini, gloire et reconnaissance
À la ville des fleurs qui te donna naissance!
II faut revoir au fond de son calme jardin,
L'artiste aux blonds cheveux, la femme paladin,
Qui, traduisant ic feu de sa vive paupière,
Fait un poëme eu marbre et brode sur la pierre (1) 1
Revoyons-les encore une fois ces palais
Qui s'ouvrirent un soir à l'obscur Marseillais;
Ces salons où l'exil vous couvre de ses voiles,
Astres impériaux, lumineuses étoiles,
Pléiade qui rendis mon visage serein,
Lorsque devers l'Arno je passai pèlerin !
Oh! s'il est une place encore à tant de fêtes,
Une! pour le dernier des voyageurs poctes,
Qu'elle me soit rendue ! Ah ! c'est que j'aime tant
La musique qui court sur un marbre éclatant,
L'orchestre italien, la Pergola, théâtre
Plein de femmes aux grands yeux noirs, au cou d'albâtre!
Les peintres florentins n'ont rien vu de si beau ;
On dirait que le soir, sortis de leur tombeau,
Ils viennent exposer à nos tardifs éloges,
Leurs modèles vivants dans le cadre des loges,
(1) mademoiselle Fauvcau.
Et ces bals parfumés, pleins d'harmonieux bniits,,
Qui rendent un soleil aux éclatantes nuits,
Ces bals, dans ces palais que le fleuve caresse,
Ces bals d'enivrement, où l'heure enchanteresse
Est si prompte, qu'il semble, au précoce matin,
Que le soleil se couche à l'horizon latin;
Car tout ce qui fait joie au pauvre cceur de l'homme,
Toutes les voluptés que toute lèvro nomme,
Abondent ù la fétc; il passo sous nos yeux
Un congrès opulent de quadrilles joyeux.
L'Europe voyageuse au rendez-vous arrive
Devant le tiède Arno pour danser sur sa rive :
Alors, si la croisée, entr'ouverte un instant,
Vous révèle au dehors un rayon éclatant,
On s'ôtreint de bonheur, car la fête se lie
Aux montagnes, aux bois, au nom do l'Italie,
A la villa qui dort sous les pins arrondis,
A ces jardins toscans, terrestre paradis,
Où l'Arno poétique enivra de son ondo
Tout ce qui fut génie ot grand sur ce bas monde.
Le rivage natal no m'a point engourdi;
Pour l'art je suis toujours l'artisto du Midi :
De ton bel horizon l'étoile fortunéo
Mo rappelle à ces lieux où la peinture est néo;
Cette étoile aidera mes souvenirs récents;
A la terre de Dieu je porte mon encens ;
Je n'ai pas mis au feu mon bâton de voyage';
Mon pied ne faiblit point sous la torpeur d,cTa*gcv
Le ciel est magnifique, et la brise d'été
M'apporte de la mer raille cris de gaîté.
CHAPITUE DES ALBUMS.
Il faut voir, s'il est vrai, -qu'une fois -en ma vie, Eveillé, j'ai couru sur oes bords que j'envie, Ou si ce n'est qu'un rêve éclatant et vermeil Qui m'a montré Florence un jour de doux sommeil!
Le saule de Sainte-Hélène.
A MADEMOISELLE FLASfINIA T***.
Il dort dans son île lointaine, Cet Empereur toujours vivant; Il dort au bruit de sa fontaine, Aux. plaintes des flots et du vent ; Voilant le marbre de sa tombe, Un saule se lève et retombe Sur Napoléon endormi ; Et dans ces plages ignorées Répand ses feuilles éplorécs, Comme les larmes d'un ami.
Sous l'arbre à la tige flottante Où l'oiseau funèbre s'abat, Il dort, comme sous une tente La veille d'un jour de combat; Lorsqu'un aigle fond de son aire, Lorsque le fracas du tonnerre Roule de la montagne au port, On croit que, la flamme à la bouebe.
Il va s'élancer de sa couebe Pour livrer bataille à la mort.
Le soir, du haut de la colline, Sur le funèbre monument, On voit le saule qui s'incline Pour l'embrasser comme un amant On entend la plainte touchante Que l'arbre funèbre lui chante Pour consoler ses longs ennuis; C'est une élégie inconnue Qui tombe sur la pierre nue, Avec le murmure des nuits.
Pour lui raconter sous la terre Sa vieille gloire de quinze ans, Il n'a qu'un arbre solitaire, Lo dernier de ses courtisans.
De tant de guirlandes de fête Qu'un monde jeta sur sa tète Que lui reste-t-il aujourd'hui?
Un saule sur la roche dure, C'est l'arc triomphal de verdure Que le temps a laissé pour lui I
Visitant sa triste demeure, Nos marins, le front découvert, Du saule échevelé qui pleure Se partagent un rameau vert; Et plus confiant aux étoiles, A la brise ils ouvrent les voiles, Sûrs de revoir leurs beaux climats, Car on dit que ce saint feuillage