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UNE VISITE A LA MÈRE DE L 'EMPEREUR

donc en toute hâte chez SI. Boblc. Je trouvai chez lui la cordialité la plus franche; il me dit qu'il se mellait à 'ma disposition pour tous les services que je pourrais lui demander.

J'aurais pu vous en demander un hier, lui dis-je, mais il était trop tard. J'ai trouvé Rome envahie par l'univers, et j'ai été la victime de cette réaction : l'Hospitalité romaine m'a fait défaut; j'ai passé ma nuit à me promener. Aujourd'hui, mes amis, mes compagnons de voyage ont découvert quelque chose qui ressemble à un gîte ; ils ont passé notre bail à vingt francs par jour. J'accepterais bien tout ce que vous m'offrez de gracieuse hospitalité, mais je ne puis me séparer de mes amis. II s'agit en ce moment d'une autre faveur que j'attends de vous : M. le prince de Mont fort-, si ailablc, si bon pour tous les Français qui passent à Florence, m'a donné droit d'esperer que je serai présenté à la mère de Kapoléon...

— Comment! médit avec chaleur M. Bohle, c'est une affaire arrangée! vous verrez Madame mère aujourd'hui même; aujourd'hui, non... mais demain; demain, vous pouvez y compter; j'irai chez vous demain matin ; donnezmoi votre adresse...

M. Boble fut exact au rendez-vous.

En allant à la place de Venise, il me dit une chose bien touchante, pour moi et dont je serai toujours fier comme Français : Rome, me dit-il, est en ce moment visitée par toute 1'aristocrafie voyageuse de laPrusse, de l'Angleterre, de l'Allemagne ; chaque jour des hommes de haute naissance sollicitent la faveur d'être admis un instant auprès de Madame mère; mais dans l'état de faiblesse où elle se trouve, vous concevez que tant de visites, la plupart de

curiosité, lui seraient accablantes. Aussi Madame mère a pris le sage parti de ne recevoir personne; mais lorsque j'ai prononcé votre nom, le nom d'un Français, clic s'est empressée de me dire qu'elle vous recevrait avec le plus grand plaisir.

Nous arrivâmes à la place de Venise.

Ce qui me frappa d'abord en entrant dans le palais, ce fut le silence qui régnait dans une aussi somptueuse demeure. L'escalier était désert; je traversai des appartements et des galeries solitaires. M, Bohle ouvrit une porte et m'introduisit, en prononçant mon nom, dans un salon magnifique tout resplendissant de soleil ; à l'angle de la cheminée, une femme était couchée à demi sur une chaise longue : c'était la mère de l'Empereur! On sourire éclaira sa majestueuse figure ; elle répéta mon nom et me désigna un fauteuil à son coté gauche. Je m'assis.

— Vous venez de Fiorcnce, n'est-ce pas? me dit-elle; vous avez vu mes enfanis, j e le sais : Louis était malade : comment se porte-t-il maintenant?

— Le comte de Saint-Lcu m'a paru assez bien se porter; je n'ai eu l'honneur de le voir qu'une seule fois.

— Et Julie?

— Madame la comtesse de Survilliers est toujours souffrante, sa maison est encore frappée d'un deuil si récent!

— Ah! oui, pauvre Charlotte! veuve si jeune !... Et Jérôme, et Caroline?

— ; Le prince de Montfort, sa famille et madame la comtesse de Lipona jouissent d'une santé parfaite; il n'est pas de maisons à Florence plus agréables et plus hospitalières aux Français que les leurs.

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— Je lo sais, jo lo sais... Comptez-vous séjourner longtemps à Rome?

— Hélas! non, Madame, deux ou trois semaines seulement; jo suis pressé d'arriver à Naples; c'est un voyage que j'ai entrepris dans l'intérêt d'un livre auquel je travaille.

— Le séjour de lîome vous plairait beaucoup... on y vit longtemps, comme vous voyez... Il y a vingt ans que jo l'habite.

Je ne pus me défendre d'une exclamation, comme si j'eusse ignoré la grande date historique de la chute de notre empire.

— Vingt ans ! répétai-jc d'un air étonné.

— Oui, Monsieur, vingt ans !

Et elle secoua la tète avec une expression de souvenir mélancolique.

Dans un assez long intervalle de silence que je n'osai interrompre, je descendis à quelques observations do détail.

Une seule dame de compagnie était auprès de Madame mère; elle travaillait à un ouvrage de broderie. Le salon était orné de beaux tableaux représentant la famille de Napoléon; ils étaient signés par nos peintres célèbres, et avaient appartenu aux galeries des résidences impériales, lîien ne m'a paru touchant comme celte mère illustre privée de ses enfants et entourée de leurs portraits. Immobile sur sa chaise, elle nie parut souiïranfe, souffrante de ses douleurs physiques, de sa vieillesse, de ses souvenirs, mais héroïquement résignée. Sa rohe, qui la serrait étroitement, laissait deviner un état de maigreur extraordinaire; ses mains étaient décharnées; sa figure

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