LES NU IT S ITALIENNES
naiont qu'une clarté fort douteuse ; j'interrogeai de nouveau la jeune Aile : elle ne répondit pas.
« — C'est une grotte de bandits, murmurai-jc tout bas à mes deux amis ; nous avons donne dans une embuscade, comme Publias et Cnéius Scipion, en Espagne. La passion de l'antiquité a toujours fait faire des sottises aux voyageurs. Nous sommes perdus : notre patrie n'aura pas nos os, comme l'a dit Scipion l'Africain, tout exprès pour nous. »
Et nous avancions toujours dans ce boyau souterrain; des ténèbres profondes étaient derrière nous; devant, la voûte s'abaissait toujours; l'eau suintait sur nos tètes. Nous ne comprenions pas cette étrange manie des Scipions, ces hommes si sages, qui rendaient les belles captives à leurs maris, ou qui passaient leurs nuits à causer astronomie avec Ennius, et qui se faisaient ensuite inhumer à cent pieds sous terre, au lieu d'avoir une belle pyramide de marbre comme Sextius, ou une tour superbe comme Crassus le Cretois.
« Verromv-nous bientôt les tombeaux? dis-je à la jeuno sibylle. »
Elle s'arrêta, en se tournant vers nous ; nos bougies firent étinceler ses grands yeux gris et ses joues empourprées du feu de la lièvre. Elle étendit son bras vers une cavité sombre, et dit d'une voix aigre :
— Ecco un sepolcro di Scipione.
— Quel Scipion?
— UnScipione.
— Mais lequel des trente?
— Non so.
Nous penchâmes nos trois bougies sur le lieu désigné;