‹ Les nuits italiennes contes nocturnesChapitre 3 sur 47 · BONAPARTE ET MURAT · texte numérisé non relu

BONAPARTE ET MURAT

Bonaparte ! ce nom, quand la main le crayonne Sur le grossier vélin, comme un astre rayonne : Jamais nom de mortel n'eut des destins si beaux, Si la France perdait l'éclat qui la décore, Ce nom étincelant l'embraserait encore, Comme un soleil sur des tombeaux.

Ce nom, le grenadier dans les sables nnmides L'incrustait en veillant auprès des Pyramides ; L'Anglais le dessina sur le roc de l'exil; Et lorsque le burin manquait aux sentinelles, Elles le ciselaient en lettres éternelles Avec la pointe du fusil I

Le sauvage le dit d'une voix ingénue, Sur l'île où toute langue est encore inconnue, Où l'océan du Sud murmure de doux sons; Les peuples endormis sous les ombres du pôle Ont buriné ce nom sur l'immonse coupole Arrondie avec des glaçous.

Allez à Tombouctou, la ville fabuleuse, Où le Niger étend son onde nébuleuse;

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Prononcez de grands noms, des noms grecs et romains : Aucun ne touchera le stnpide sauvage; Demandez Bonaparte à l'écho du rivage:

Le rivage battra des mains.

Les Africains errants avec un culte étrange Sur les pics décharnés du fleuve de l'Orange, Chez eus le nom français n'est point encor venu. Us n'ont jamais prié le Créateur suprême; Ils ignorent le monde, ils ignorent Dieu mémo : Bonaparte leur est connu.

TJn voyageur, cherchant de l'or pur en filières, A vu sur le sommet des vastes Gordilières Ce nom universel, qui fascina ses yeux ; Bonaparte brillait sur le plus haut du site, Comme s'il eût laissé sa carte de visite A la porte qui mène aux cionx.

Partout il est connu : cherchez bien sur la carte Un seul peuple oublieux du nom de Bonaparte : Notre globe le sait de l'un à l'autre bout.

Les peuples périront, ainsi que leurs histoires. Les temples, les cités, le bronze des victoires ; Ce nom seul restera debout.

Il en est encore un qui luira sur laFrance, Et qui nous sera cher, ah ! j'en ai l'espérance, Tant qu'un feu militaire animera nos fronts, Tant que la gloire sainte aura pour nous des charmes, Tant qu'une main française élèvera les armes Pour nous venger de nos affronts.

Murât ! ah I tout est dit I il suffit qu'on le nomme ! C'est la gloire incarnée et la -valeur faite homme. Qu'on lui trouve un rival dans les âges anciens 1 Dans les rangs hérissés de flèches et dépiques I Récitez les exploits des poëmes épiques :

Us pâlissent devant les siens.

Quand le canon sonnait l'heure de la bataille, H montait à cheval, grand de toute sa taille, Le premier réveillé dans le camp endormi, Et courant, radieux, hors la ligne des tentes, Avec son beau dolman et ses plumes flottantes. Il se montrait à l'ennemi.

Roi des camps 1 un cheval alors était son trône. Sa large épée un sceptre, un casque sa couronne; Les boulets du combat étaient ses courtisans. La mort eut pour lui seul des regards de clémence, Il livra sans blessure une bataille immense, Une bataille de quinze ans.

Ce n'était qu'un enfant aux belles tresses blondes, Tin enfant calme et doux, lorsqu'il passa les ondes. Pour montrer à l'Egypte un visage riant.

Eb I bien ! du premier coup d'une épée enfantine, H trancha le damas du bey de Palestine, Et fit chanceler l'Orient.

Tu t'en souviens encore, Aboukir I sur ta plage. Tu le vis autrefois à l'aurore de l'âge.

Un pacha de Stamboul lui barrait le chemin :

Murât échevelé prit une armée entière;

Il entr'ouvrit les flots, ainsi qu'un cimetière, Et l'ensevelit de sa main.

Toujours courant, toujours sous les premières tentes, Toujours pressant un fer des ses mains haletantes, Un soir il arriva sur un fleuve lointain, Sous les murs de Moscou, d'épouvante saisie, Qui sentit ébranler ses minarets d'Asie, Et ses mille dômes d'clain.

L'armée était Lien lasse et loin de sa patrie ; Moscou se révélait comme une hôtellerie; Lui seul ne daigna point s'arrêter pour dormir. 11 se précipita sur le Baskir immonde, Sur la route qui mène aux limites du monde, Par les sapins de Vladimir...

Eonap3rte et Murai I étoiles fraternelles !

Deux, grands noms rayonnant de lueurs éternelles, Baptisés mille fois sous le feu des canons :

Tout Français aujourd'hui qui sent brûler son âme, Doit incliner son front aux genoux de la femme Héritière de ces deux noms.

Epouse du héros, digne sœur du grand homme, De quelque titre saint que ma bouche vous nomme, Une larme toujours viendra mouiller mes yeux. Soyez heureuse, vous ! Que ce chant vous console, Car vous brillez encor de la double auréole Des deux noms qui luisent aux cieuz.

Lapicee écrite, je la lus à lasrcurdeNapoléon, ù la veuve do Murât, et j'eus le bonheur de voir des larmes tomber sur son noble visage ; c'est la seule fois que je me suis estimé heureux de savoir improviser quelques vers. Une pareille journée ne me reviendra plus.

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