‹ Les nuits italiennes contes nocturnesChapitre 9 sur 47 · UO LES NUITS ITALIENNES · texte numérisé non relu

UO LES NUITS ITALIENNES

on les rencontre partout dans l'univers, excepté chez eux. Je ne fis que traverser le brillant salon où dansait l'Europe, représentée par ses femmes et ses langues, mais uniformément habillée d'après les modes de Paris. Ce haï ne fut pour moi qu'une apparition. A Florence, on passe la soirée en vingt soirées: c'est l'usage. Ce jour-là, il y avait concert chez le prince de Montfort, autre glorieux exilé. Je courus au palais du frère bien-aimé de l'Empereur.

La nuit était harmonieuse et sereine; je m'arrêtai pour la respirer quelques instants, sur la place de ce palais tout illuminé de la fête. Les larges dalles du vestibule retentissaient sous les roues et les pieds des chevaux. Visà-vis, je voyais un jardin silencieux et mélancolique, plein d'ombrage et de recueillement. La pensée de l'exil était écrite dans ce jardin si calme. L'édifice impérial avait déposé là, pour quelques heures, ses souvenirs amers, ses douleurs cuisantes, pour se faire un peu de bruit, un peu do joie, en appelant la divine musique au secours de ses nobles exilés.

Partout l'exil est amer. Si l'exilé voyage, il emporte sa prison avec lui; il s'arrête, l'air lui manque pour respirer ; l'horizon le plus vaste l'étrcint comme un collier de fer. La patrie absente est un fantôme qui suit incessamment l'exilé et l'entoure de mélancolie. Qu'importe à l'exilé que cette patrie soit ingrate? Elle a des doueeurs qu'il ne retrouverait plus sur tous les trônes de l'univers. Rome avait chassé Coriolan; l'histoire dit que la vengeance ramena l'implacable général sous les murs de Rome ; l'histoire s'est méprise, comme presque toujours : ce fut l'irrésistible ennui de l'exilé qui rendit Coriolan

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criminel. Un seul chemin lui était ouvert; il s'y jeta les armes à la main. Sa mère Véturie pouvait se dispenser de lui demander grâce pour Rome : Coriolan ne venait pas détruire sa ville natale ; il venait l'embrasser. Tout semble permis à l'exilé qui réclame sa patrie.

Que de noms puissants, que de hautes fortunes ont subi les tortures de l'exil 1 II semble que ce soit la destinée commune à tout ce qui fut grand, populaire, adoré. Tous les pieds sous lesquels le monde s'est ému se sont traînés dans la poussière de l'exil; toutes les voix qui ont réveillé les acclamations des peuples se sont éteintes sur une terre étrangère, en invoquant une patrie qui ne leur répondait plus. Rome a chassé de ses murailles tous les grands hommes qui les avaient défendues: aussi Rome est-elle exilée elle-même aujourd'hui. Elle a rompu tout pacte avec l'univers; elle a brisé son rayon de routes triomphales; elle s'est abîmée au milieu de sa plaine, vaste solitude, sans jardins, sans culture, sans moissons. Le monde entier fut autrefois la patrie de Rome ; la cité universelle est aujourd'ui emprisonnée dans ses murs.

Mai.s c'est à elle qu'on va toujours après les infortunes suprêmes ; le roi tombé d'un trône court demander quelques soulagements à la grande exilée des nations; Rome, qui a banni tous ses glorieux enrants , accueille avec amour tous les bannis illustres ; elle a des secrets pour adoucir les chagrins, elle leur ouvre son grand reliquaire de ruines, comme un bazar de remèdes ; elle sait parler la langue des consolations, et son silence sublime donne au cœur plus de baume que l'étourdissante voix d'une autre capitale folle de fèies et de bruit.

L'exilé, roi tic la veille, en regardant sa couronne tombée, songe à cette reine de l'univers, et il se fait une Sme nouvelle plus légère au malheur. Il entre à Rome comme dans l'hospice des nobles malades ; il peut choisir entre la cellule et le palais, solitaires et mélancoliques tous deux; il y a des patrons d'infortune au sommet de toutes les colonnes, à l'ombre de tous les portiques; tous les martyres se sont consommés là, du mont Palatin au mont Vatican; la vertu païenne vous nomme Lucrèce ou Virginie, à la tête do ses saintes; la vertu stoïque vous nomme tout le ciel. On ne sait qui renferme plus de grandeur et do sublimes leçons, de ses nécropolis ou de ses catacombes- Une ;de ces batailles d'autrefois, Zama, Pharsale, Aetium, ne retentissait jamais sur la terre sans jeter d'illustres débris en Egypte, enBithynic, àl'Eusin. Dans les ports du Bosphore ou des marais iléotides, une galère arrivait avec un nom retentissant de proscrit; alors on se disait sur le môle, parmi les barbares, que l'empire avait été joué aux dés entre deux rivaux, et qu'il fallait donner l'hospitalité au vaincu. Aujourd'hui, lorsque le marinier d'Ostie voit des familles tristes et graves débarquer dans son port, ce port de la ville vieille, où tous les pèlerins arrivent avec joie, le marinier se dit qu'un grand fracas de trônes écroulés doit avoir été entendu de l'autre côté des mers, et que Rome va recevoir de nouveaux proscrits aGn qu'ils soient consolés.

C'est ainsi que le contre-coup de Waterloo jeta sur la voie Cassia toute une -famille de rois et de reines pèlerins. Le soif que Borne s'ouvrit à cette illustre migration, il n'y eut pas assez de croisées dans le Corso pour regarder

vise. 63 passer les mystérieuses berlines; les noms des voyageurs étaient prononces tout Las, sur les places d'Espagne, de la Colonno et de Venise. Plusieurs palais s'ouvrirent comme les hôtelleries obligées de ces augustes visiteurs; Home, la ville tolérante, la noble mère de Constantin, se souvint de Napoléon qui avait relevé les autels; elle accueillit avec amour son errante famille; elle l'enveloppa de sa douce atmosphère, de son climat qui conserve et fait vivre; tandis que lui, le grand exilé do l'Europe, allait mourir, dans cette île qui porte le nom de la mère de Constantin, mais qui tue et dévore, comme la Tauridc et Barca.

Là s'écoulèrent les premières, les plus longues années de l'exil ; puis les exilés impériaux se dispersèrent, grâce à la fatalité des temps. Home ne garda que la vieille mère de Napoléon ; ■ Fcsch, un des princes de l'Église, homme d'esprit et d'étude, aimant Rome, comme la nourrice de la religion et des beaux-arts; Lucien, philosophe antique toujours jïeu soucieux d'un trône, naturellement lié par ses goûts à une ville où chaque pierre porte écrit le nom d'un sage ou d'un héros.

A Florence, cette ville de bals et de concerts, on cite les fêtes que donne le prince de Monlfort, dans son beau palais Orlandini. Ce sont toujours de délicieuses soirées parfaitement ordonnées, où la cohue n'étouffe jamais le plaisir; on y entre, on en sort sans avoir perdu une seule fois la liberté de ses mouvements; chaque invité peut se persuader qu'il occupe une place d'honneur ; le maître n'a pas spéculé sur l'encombrement, sur le bon ton du ramt anglais: et l'on se dit pourtant le lendemain que tout Florence était la veille chez le prince de Slonlfort. Il est vrai

qu'on trouve là cette favorable distribution de salons et do galeries sans laquelle il n'y a point de véritable fete. Tous les palais florentins n'ont clé bâtis que pour le concert et le bal; on y respire à l'aise; la foule y circule avec de douces ondulations ; la musique y semble plus harmonieuse que partout ailleurs ; le son ne glisse que sur le marbre, le stuc, et sous les voûtes elliptiques des hauts lambris.

Le prince do Montfort invite à ses soirées les étrangers qui arrivent à Florence, mais les Français d'abord ; dans leur répartition de politesses, les mattres du palais Or- Jandini en accordent toujours la meilleure part aux Français. Au reste, personne ne s'en étonne, personne ne s'en formalise ; toute l'aristocratie opulente et voyageuse de l'Europe accourt chez le prince do Montfort; et c'est une chose curieuse à voir que oc mélange de nations autrefois ennemies, et représentées aujourd'hui dans un salon du frère de l'Empereur, par de joyeux quadrilles dansant au piano la contredanse de Zampa, la walse de 'Wcber, la mazurka de Varsovie. La paix et la civilisation amènent des rapprochements miraculeux : chez la comtesse de Lipona, j'ai vu causer familièrement ensemble l'amiral russe Tchitchakoff, qui fut envoyé par Alexandre pour couper à Napoléon la retraite de îa Bérésina, et l'illustre et héroïque général polonais "Wbnsowieh, qui était assis auprès de Napoléon sur le traîneau de Moscou.

Je ne sais trop quelle humble tournure de style prendra pour me glisser après ces grands noms. Mes souvenirs de Florence sont encore si confus dans ma tôte, qu'ils ont quelque chose de l'incohérence du rêve. J'aime mieux d'ailleurs passer en désordre d'un nom à un autre, que

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de soumettre mes idées -vagabondes à la méthode d'un sage classement. Mo voilà donc, moi Français obscur, ot pèlerin de Rome, mo voilà, par une soirée de mars dans le palais Orlandini. J'entends prononcer autour de moi ■ des noms à consonnance harmonieuse et poétique, dos noms de Guelfes et de Gibelins portés aujourd'hui par de j eunes seigneurs bien franchement unis. De tant d'animosilés sanglantes, de tant de haines excitées par les classifications des partis, il ne reste plus à Florenco que ces deux mots : Via Gkibellina, gravés sur l'angle d'un modeste carrefour ; cela me donne quelque espoir pour la France. J'assiste à l'entrée des dames, et une voix officieuse me les désigne par leur nom et leur pays.

C'est aiusi que je vis arriver de jeunes et blondes Polonaises, nobles exilées qui venaient respirer un instant l'atmosphère d'un salon français; avec quel intérêt les regards se tournaient vers ces femmes, dont les frères ou. les maris avaient encore le visage brûlé par la poudre de Varsovie! Au milieu d'elles étincelait, comme un diamant, ]a jeune princesse Mathilde, la nièce do l'Empereur; tous les yeux se portaient sur la comtesse Gamerata, Qlle du prince Bacchioccbi ; elle a le regard, le visage, le feu de Napoléon ; on citait sa chevaleresque aventure de Tienne, lorsqu'elle tenta d'enlever à Schœnbrunn l'infortuné duc de Heichsladt. On me nommait encorela marquise Gippina- Corsi ; la marquise del Bagno, Florence personnifiée; la marquise Ginoni; la princesse Gallitzin, célèbre par son esprit; la comtesse Zamoïska; la comtesse Strizonska; la princesse Lubominski; la comtesse Mozzi ; la marquise Furinola Genlile ; la comtesse Nencirl; la comtesse Aldobrandini; la princesse Poniatowski, veave du héros qui

mourut dans l'Elster ; madame Monte-Catini, sa belle-fille, qui -venait prêter son admirable talent d'artiste au concert du prince de Montfort.

Des dames françaises arrivaient aassi; elles étaient accueillies par la princesse de Montfort, qui est toute Française d'esprit et de cœur. Là, se faisait remarquer madame Gaétan Murât, qui porte un nom d'héroïque et royale mémoire; on eût dit qu'elle -venait représenter les gracieuses femmes du monde parisien à la cour du beau sexe de Florence. Xaimaisà suivre de l'œil, dans les groupes, Ta tète napoléonienne du prince de Montfort, qui s'inclinait avec un galant respect devant les dames. Au milieu de cette éblouissante auréole de lumières, de fleurs, de diamants, un déchirant souvenir me ramenait au jour où le roi de Wesfplialîe prenait la charge à "Waterloo et enfonçait la ligne anglaise, le sabre à la main. En ce moment, il eut la bonté de s'avancer vers moi, et de m'adresscr d'obligeantes paroles; et moi, qui le voyais encore à Waterloo, j'osais lui parler de Waterloo sous le lustre de la fête. En quelques phrases, toutes de relief et de concision, il me ennta la grande bataille ; une larme coula dans ses yeux; ma langue éfait si desséchée par l'émotion qu'elle me fit défaut pour le remercier.

C'était l'heure des distractions puissantes; le piano préludait sous les agiles doigts du chevalier Sampieri; arrivait madame Persïani, celte mélodieuse étoile qui s'est levée sur l'Arno : elle arrivait brillante des triomphes de la Pergola, accompagnée de son père Tachinardi, le célèbre chanteur que le salon a enlevé au théâtre. Auprès du piano s'asseyait madame Degli-Antoni qui depuis a débuté jï Favart; un groupe d'amateurs et de jeunes dames

i-ise. ' 67 de la société do Florence Tenait se môler aux artistes, car toute répugnance de position s'évanouit dans la communion fraternelle des talents et des beaux-arts.- Le vaste salon du concert avait donné sa place à chaque invité; un grand silence se fit après que nous eûmes jeté un regard de salut et de respect aux tableaux de Gros, de David,' de Gérard, de Girodct, de Vcrnet, aux bustes de Bosio, de Canova, de Bartolini, représentant la famille de l'Empereur.

Ce n'était point un de ces concerts bourgeois comme on en trouve souvent dans les salons, concerts si redoutables par la froideur et la gaucherie de l'exécution et par la complaisance polie de l'enthousiasme. Là s'étaient rendus tous ceux qui chantent dans cette harmonieuse Florence qui chante si bien. C'était une élite d'amateurs et d'artistes; les premiers au niveau des seconds, chose rare!

Ce concert italien s'ouvrit par un air français du Comte Onj; cette idée du programme ht plaisir. Après, se déroula la ravissante série des airs en vogue; cette cavatinc de ISosmonda qui, chaque soir, faisait incliner la Fersiani devant vingt salves d'applaudissements; et l'air de Casta Diva; et d'autres chants de cette Norma qu'on retrouve en Italie sur tous les pianos, dans toutes bouches ; cet opéra qui vous saisit dûs la première note et vous berce longtemps de sa musique vaporeuse, puis vous réveille avec son admirable trio, et vous arrache des larmes dans ses dernières scènes, les plus touchantes scènes qu'une voix de femme ait chantées, qu'un orchestre ait soutenues de tous ses instruments en pleurs. Je me rappelle tonjours un jeune abbé qui, d'une mâle et forte voix, attaqua la Papataci de l'italienne à Alger avec un aplomb et une

gravité de basse chantante, digne d'un premier théâtre lyrique. *

C'était un amateur ecclésiastique doué d'une belle organisation de musique mondaine. La noble tolérance du clergé toscan ne s'elTarouche point de ces écarts d'artistes dans une ville où les arts ont leur sainteté, où la note purifie tout. C'est un excellent clergé! La veille, j'étais allé à l'église de Santa-Maria-Novella; et comme je craignais de m'approcher de la chapelle peinte par Orgagna, parce qu'on disait la messe, un bon religieux qui devina les motifs de mon hésitation, me dit en souriant:

h Approchez, Monsieur, et regarde?; sans crainte nos belles peintures, vous ôtes ici libre comme chez vous. »

Telle est la vie de Florence : des scènes infernales de Dante que l'Orgagna traduisit avec le pinceau, du Campo- Sanlo do Pise, j'étais tombé dans le duo bouffe de \'Ualiana ; la veille, le chant des religieux chimistes (1) de Santa- M aria -Novell a ; le lendemain, les airs de liossini, de Bellini, deDonizetti. Madame Degli-Antoni, belle cantatrice aux cheveux noirs, débutait, pour ainsi dire, dans un salon français à Florence, pour se donner ('élan et ce courage qui pousse à Favart, le paradis de l'artiste. Tacbinardi, muet depuis longtemps au théâtre, salua de sa ravissante voix le salon hospitalier du prince de Montfort: que d'applaudissements lui furent donnés par bien des mains qui avaient tenu l'épée aux jours des gloires impériales !

Et la nuit se prolongeait ainsi, emportant avec elle les

(I) C'est dans la. pharmacie de San la-Mari a-Notel la que ce fuit cet oikermès qu'on boit dans tonte l'Europe.

émotions que donnent les grands noms, les beaux souvenirs, unis aux émotions de la musique et du chant : jo saisissais là, dans leur vol, quelques-unes de ces heures d'enivrement qui sonnent pour le voyageur, passant sur la terre d'Italie ; heures rares, où les parfums, la gloire, les femmes, les aris, l'harmonie, tout ce qui donne joia au cœur de l'homme, tout se lie en lumineux faisceau pour vous prouver qu'il y a du bonheur encore à cueillir sur la terre !

Je me souviens qu'après cette soirée, la tète pleine de la Norma, de la Somnambule., du Pirate, les yeux éblouis par les lumières, les tableaux, les femmes et par tant de figures historiques qui avaient défilé devant moi comme les ombres d'un ;siècle mort, je courus respirer sur la place du Palais-Vieux. La nuit était noire. Je n'entendais que le bruit des voitures qui roulaient sur les dalles polies comme l'acier. Deux heures du matin étaient écrites en chiffre rouge sur l'horloge du Falais-Yieux, ce vieux géant moresque qui porte pour collier les ècussons de la maison d'Anjou e t pour aigrette une tour. Bien n'était moins en harmonie avec la fête d'où je sortais.

L'édifice projetait sur la place son ombre immense. Les colossales statues de Jean de Bologne, de Benvenuto Collini, de Donatello, de Michel-Ange, tous ces géants de marbre ou d'airain, sombreroent éclairés par le feu des étoiles, ressemblaient aux grandes figures des guerriers du moyen âge, méditant, sur la place publique, la conspiration du lendemain. J'étais sorti d'un rêve pour retomber dans un autre; j'avais besoin de sommeil, et j'étais comme un aveugle, cherchant à tâtons ma demeure. Mille tableaux passaient encore devant mes yeux ; tout se mè-

lait dans ma tête, lourde d'insomnie et d'émotions; tout courait confusément devant moi : Dante, les Médicis, Giotto, Napoléon, Michel-Ange, Varsovie, les généraux polonais, et le jeune fils de Jérôme, ce nolilo enfant qui porte pour figure une médaille de l'Empereur; cette galerie déniait au son des plaintes de la iVorma, au milieu d'une double haie de femmes, toutes parées de grâces italiennes, toutes portant des noms harmonieux comme un éclat de voix de la Persiani. Abandonné au charme de cette éblouissante fantasmagorie, j'errais au hasard dans Florence, ne m'inquiétant ni de l'heure ni des rues. Quand l'aube blanchit ia croix du Dûme, j'étais encore bien loin de mon lit prosaïque et des réalités d'un sommeil bourgeois; j'étais assis à côté do la pierre de Dante, sasso di Dante, et je prétais encoro l'oreille au piano du chevalier Sampieri, à la voix de Persiani, aux paroles du prince do Montfort, qui me parlait de Waterloo.

Le soleil se leva pour moi derrière l'église du Dôme, montagne de marbre, toute taillée à facettes ; le jour, elle est resplendissante comme une mine de rubis; la nuit elle est sombre comme une crête des Apennins. Les colossales statues d'Arnolphe et de Brunellesclii ressemblaient, dans leurs niches, aux fantômes des deux architectes; on eût dit qu'ils sortaient de leurs tombeaux pour admirer ' leur prodigieux édifice. Toute pierre élevée par l'homme doit retomber sur le sol, mais le Dôme d'Arnolphe restera dans l'air; c'est l'église où !e dernier homme chantera la dernière hymne avant départir pour Josaphat.

II avait bien raison Michel-Ange, lorsqu'il lui disait : Je vais te bâtir à Romeune sœur qui sera plus grande, et non plus belle. s

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