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Lite, j'en demandai la cause, et j'appris que ses yeux n'avaient pas été fermés par le somr meil depuis plusieurs nuits. Ce jeune homme autrefois lame de la conversation , le plaisir et le charme des sociétés , n'est plus qu'un objet de misère et d'horreur depuis que le sommeil l'a abandonné.
Combien de mes concitoyens sont maintenant étendus sur un lit de langueur, et disent avec ce vieillard de l'écriture, si célèbre par sa patience : ce Je n'ai plus que des nuits fati- « gantes et douloureuses ! » Au lieu de reposer mollement , ils comptent les heures ennuyeuses; leur tympan est frappé de chaque coup de cloche ; ils mesurent les instans par les palpitations d'un pouls agité. Que ne fer raient-ils pas pour obtenir une légère trêve à leur agonie , oublier leurs douleurs , et goûter quelques momens la douceur d'un sommeil paisible!
Par combien de précautions la bonté divine nous facilite la jouissance, de ce bien nécessaire! comme sa main bienfaisante éloigne de nous tout ce qui pourrait mettre obstacle à ses précieuses influences ! Dieu, tire sur nous le voile des ténèbres , nous plonge dans une
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molle léthargie; il cache à nos regards tous les objets qui pourraient agiter nos sens et le distraire, met la tranquillité dans nos maisons , et impose un profond silence à toute la nature. Ainsi une mère tendre écarte de sorç jeune enfant le bruit et le danger, et appelle sur lui le sommeil par de légers et doux mouvemens.
Les songes.
La raison maintenant a interrompu ses fonctions ; l'imagination délivrée de cette sur* veillante qui la gêne , se livre à sa fougue extravagante , et entraîne l'esprit dans le labyrinthe de la vanité. Notre tête est entourée de fausses images, et séduite par des craintes ridicules ou des plaisirs trompeurs. Quelquesuns se promènent dans des plaines enchantées, et se voient couronnés des guirlandes d'un bonheur imaginaire , tandis que leurs corps sont étendus sur la paille sous le toit d'une chaumière, dont l'importune araignée leur dispute l'espace pour y filer sa toile.
D'autres abandonnent leurs appartenons superbes ; on les traîne dans un horrible cachot, ou bien , agités sur les flots , ils se débat-»
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tient au milieu des vagues rugissantes ; tantôt ils escaladent d'un pas précipité un roc escarpé 7 fuyant de vains dangers avec une inquiétude réelle , ou bien , engourdis par une crainte subite, et sans force pour échapper au péril, l'espérance les abandonne ; et , quoiqu'enfoncés dans le duvet, ils sont précipités sans espoir de secours dans des gouffres affreux. Telles sont les extravagances de l'esprit humain sous l'empire bienfaisant du sommeil.
Mais est-ce dans le sommeil seul que ces jeux de l'imagination abusent l'homme? Les hommes ne se repaissent-ils pas le jour de songes plus vains que ceux de la nuit? Les uns se croient d'une nature supérieure, parce que la faveur du prince a joint quelques titres de plus à ceux qu'ils possédaient déjà ; ou parce que le ver à soie leur a légué en mourant sa parure brillante pour les couvrir. Les autres se félicitent de voir leur coffre se remplir d'or; ils se promettent un plus grand degré de bonheur, s'ils peuvent ajouter de nouvelles sommes à celles qu'ils ont amassées. Quelquesuns soupirent après des louanges frivoles , et voient l'immortalité dans le bourdonnement d'une réputation momentanée. Tous ces hom-
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mes sont-ils plus raisonnables que le misérable qui , endormi sous l'ombre d'une haie , et couvert de haillons f se croit possesseur d'un palais somptueux orné des meubles fastueux du luxé?
Qu'il me soit permis de m'arrêter un instant sur les mystères du sommeil. Considérez l'homme de la constitution la plus vigoureuse étendu sur son lit , et plongé dans le sommeil : sa force est enchaînée dans une indolence qui ressemble à l'anéantissement : ses nerfs sont relâchés comme la corde d'un arc détendu, presque tous ses tnouvemens sont arrêtés.
♦Considérez une personne tendre et sensible et douée du caractère le plus aimable, ses yeux ouverts ne peuvent recevoir les rayons de la lumière , et ne distinguent point les objets ; les organes de l'ouïe sont ouverts , les accens viennent frapper sur le tympan ; mais son oreille ne peut recueillir les sons : les sens ■et leurs touches délicates sont comme émoussés et engourdis. Vous appelez l'homme un être sociable; mais où sont alors ses affections? Il méconnaît son père et son ami. Que son épouse vertueuse et belle meure à ses côtés , sa sensibilité n'en sera point émue. Ses en fans
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sont tourmentés des plus cruelles douleurs , et son cœur reste insensible. Voyez cet homme de génie ; il a pénétré les sciences les plus abstraites ; il sait débrouiller la vérité du chaos de l'erreur : son goût épuré peut nous produire dans un instant toutes les beautés de la composition et le pathétique du sentiment. Maintenant qu'il est endormi , sa faculté pensante est jetée hors de son centre ; son imagination le promène d'erreurs en erreurs; au lieu de raisonnemens simples et conséquens , il n'a plus qu'un mélange confus d'idées absurdes ; au lieu de principes fermes et vrais , il n'a plus que des assertions vagues et indéterminées : l'illusion la plus grossière en impose à son génie : la nuit entière ne lui paraît qu'une minute : il n'est plus sensible au mouvement du temps ni à sa durée.
Mais dès que le matin avec ses doigts de rose vient ouvrir le sombre rideau, dès que la clarté pénètre dans son cabinet, il s'éveille , et se remet en possession des talens qu'il avait perdus pendant quelques heures : ses nerfs se tendent , et le rendent capable d'agir : ses sens ont repris leur première vigueur : ses affections réchauffent de nouveau son âme : ses visions
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romanesques se dissipent, et la raison liât.
Et pourquoi cet engourdissement qui saisit les facultés animales ne les laisse-t-il pas dan» une inaction perpétuelle? Lorsque les pensées sont une fois dans la confusion , pourquoi ne. restent-elles pas dans ce désordre? Par quelle puissance sont-elles ralliées dans un instant , et ramenées de l'irrégularité la plus désordonnée dans l'ordre naturel qui leur fut prescrit?
Comment le corps peut-il sortir d'une situation qui ressemble à la mort, et reprendre si tôt toute la vigueur de ses facultés et l'harmonie de leurs fonctions?
Les esprits.
Voici l'instant où les esprits font , dit-on , leurs apparitions. Maintenant la timide imagination s'alarme des monstres qu'elle a créés; elle voit des fantômes s'avancer lentement dans, l'obscurité, ou, plus légers que l'éclair, ils volent et disparaissent en un clin-d'œiL Maintenant des voix terribles sortent du fond des voûtes souterraines : des gémissements profonds sont envoyés des tombeaux : des spectres mélancoliques errent parmi les ruines des-
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temples antiques , visitent les sombres de* meures des morts, se promènent sous mille formes différentes dans les galeries des châteaux abandonnés , ou s'arrêtent sur quelques tombes plaintives. Que de pas inutiles! Quel long circuit va faire l'écolier tremblant pour éviter le redoutable cimetière ! Et si la nécessité l'oblige de traverser cette terre où sont confondus les titres, les rangs et les sexes, mille histoires épouvantables reviennent se présenter à sa mémoire; la crainte met des ailes à ses pieds ; à peine touche-t-il la terre qu'il parcourt ; il n'ose regarder derrière lui ; et si nuls sons effrayans n'ont épouvanté son oreille, si nulle ombre fugitive ne s'est présentée à ses regards, il respire enfin, et il bénit sa bonne fortune. Je ne vois pas sans étonnement cette crainte excessive qui s'empare de l'esprit du peuple , tandis qu'il ne prend aucun intérêt à des objets plus sérieux.
L'oiseau de nuit.
J'entends une voix lugubre dont les cris plaintifs et les sanglots précipités troublent le silence d'une nuit paisible; c'est l'orfraie
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sinistre qui soupire ses douleurs avec les accens de la désolation; die vole dans les bois épais , et fuit la société des autres oiseaux : les^ parterres et les prés fleuris n'ont aucun charme' pour elle. Des ruines désertes, des murailles couvertes de lierre sont les demeures qui lui 1 plaisent; elle s'endort sur le penchant d'un précipice, et s'expose à une chute cruelle, tandis que le serpent au fond des marécagesfait résonner l'air de ses sifflemens horribles. La douce clarté du matin réveille la joie dans' les autres animaux; mais elle n'inspire aucun plaisir à cette sombre solitaire : la face riante du jour la consterne : les scènes agréables de la nature la jettent dans le trouble et l'inquiétude: Peuple vain et superstitieux , cesse de t'af-* frayer des cris de cet oiseau volant près de ta* fenêtre , ou des croassemens d'un corbeau , et crois à des présages plus certains. Ge jour qur s'éteint et finit t'annonce la fin de ta vie d'une manière bien plus frappante. Ces ténèbres qui tombent sur la terre et l'enveloppent ne sont-elles pas une espèce de drap 1 mortuaire tendu par la nature, et une image sensible de cette longue nuit qui couvrirai bientôt ses habitans ? Cette chambre téné-
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breuse , ce lit où je vais m'enfoncer ne me représente- t-il pas au naturel ce tombeau où tous les êtres vont se confondre dans le silence et dans l'oubli?
Le rossignol.
Quel est cet oiseau dont les chants sont si doux et si tendres? Que ces accens sont loin de ressembler aux sons sauvages et choquans de l'oiseau mélancolique qui m'attristait tout à l'heure! Tendre rossignol, je reconnais ta voix. Quelle étendue , quelle force de voix dans un être si frêle I
Maître de l'harmonie, il module ses airs sur tous les tons ; il enfle son gosier moelleux , et en tire des sons qui émeuvent rame. Tout à l'heure sa chanson était languissante , il soupirait ses amours ; ses notes mélancoliques et tendres arrêtaient les ombres fugitives, et portaient dans mon âme attendrie une molle volupté ; le silence était attentif, et la nuit prêtait l'oreille à ses cadences mélodieuses.
Ces plaisirs tranquilles et purs ne sont point
goûtés du triste habitant des villes ; ce chantre
modeste et discret n'entretient que les amans
de la solitude ; ceux qu'entraînent la débauche
a. ao
3o6 MEDITATIONS
et l'ivresse sont privés de cet agréable concert.
Une comète.
J'observais , il y a quelques jours , dans les cieux un phénomène étonnant. Cet astre prodigieux .qui dans sa route enflammée semble couvrir la moitié du firmament, était pour quelques-uns un objet de crainte et d'épouvante; ils le regardaient avec l'effroi dont Baithazar contemplait cette main fatale qui traçait sa destinée sur les murs de son palais.
L'un prédisait déjà la chute des empires, la mort des rois et les calamités des nations; l'autre voyait la guerre menaçante et la discorde cruelle secouer leurs torches enflammées, et embraser le monde entier.
Ainsi la superstition et le fanatisme colorent presque toutes les images que la main du peuple a tracées. Fonderais-je aussi de vains pronostics sur la ceinture lumineuse qui entoure la comète? Non, je me contente d'adorer cet Etre suprême qui lança de sa main ce globe immense dans les plaines de l'air, et qui lui ordonne tantôt d'aller se mêler et se confondre avec les rayons brulans du soleil ;
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tantôt de passer bien au-delà des bornes de notre système planétaire, et de se présenter aux yeux surpris d'un autre monde.
- Quelquefois dans les heures nocturnes un phénomène aussi remarquable amuse les philosophes, et alarme le vulgaire. Des météores volans s'enflamment, et reflètent leur lumière du côté du nord ; ces flammes rayonnantes se choquent et se mêlent, l'air en paraît embrasé; quelquefois elles se séparent, et, semblable? à des flèches rapides, elles sillonnent le firmament.
L'ignorant villageois contemple ce spectacle d'abord avec surprise, et bientôt avec frayeur. Une terreur panique s'empare de tous les esprits ; les cœurs palpitent , la pâleur couvre tous les visages. L'épouvante s'accroît par les discours et les observations de la multitude; chacun parle le langage de la crainte ; les uns voient des fantômes hideux , des armées s'entrechoquer , des plaines couvertes de morts , 4as ruisseaux de sang; les autres , poussant leur crainte plus loin , pensent que le gr^nd jour est venu, que l'heure irrévocable va sonner , que le monde va finir.
3o8 MÉDITATIONS
Le lever de la lune.
La lune s'avance; elle fait son entrée dans le firmament. Voyez-la sortir de ce nuage argenté. Que son aspect est sublime et sombre en même temps ! A chaque pas qu'elle fait dans les cieux > son éclat augmente. Déjà sac lumière pâle et tremblante couvre la terre , attire nos regards, et répand sur le monde endormi des vapeurs voluptueuses, tant sa clarté est douce et tendre. O reine des ombres! tu es l'ornement dés cieux et la gloire des astres.
Le jour nous offrait mille scènes variées que les ténèbres ont couvertes d'un voile impénétrable. En vain les étoiles officieuses viennent nous prêter leur secours ; elles ne font qu'adoucir les sombres regards de la nuit, sans faire évanouir l'épaisse obscurité qui nous couvre. A peine un faible rayon se réfléchit de la surface des objets vers l'œil qui les considère. Mais la liine rassemble tous ces rayons , et blanchit de sa lumière le voile étendu sur le front de la nature. Aidés de sa clarté , nous pouvons considérer les vastes tableaux que
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renferme l'univers , non dans leur vrai coloris, mais délicatement ombrés, adoucis par un éclat plus tendre.
Quel spectacle imposant et sublime! La lune pend du céleste lambris comme une lampe immense de cristal; les diamans enrichissent d'une broderie magnifique le dais superbe de l'univers ; une lumière tendre descend lentement sur la terre. D'abord elle se glisse sur le sommet des hautes montagnes, d'où elle tombe et s'étend sur les plaines; mille rayons ont fondu les eaux de la mer en argent liquide ; la sombre verdure qui couvre les forêts s'est éclaircie ; les feuilles , mollement agitées par un vent frais et léger , prennent dans un instant mille nuances agréables ; une perspective immense s'ouvre à nos regards.
Que l'aspect de la nature émeut et remue vivement les âmes sensibles! Les amples dimensions du dôme de Renelagh et les brillantes illuminations des jardins du Faxhall , ont excité une admiration générale. Que sont ces faibles essais de l'art humain auprès des ouvrages sublimes du Tout-Puissant?
La lune, .dans cette pompe touchante et magnifique , ne viçnt pas seulement pour récréer
nos regards , elle luit aussi pour nos besoins. Que les ténèbres seraient insupportables et cruelles , si elles duraient long-temps , surtout dans les longues nuits de l'affreux hiver! La lune vient animer leur sombre obscurité ; elle double de ses rayons d'argent le manteau de la nuit , et nous console d'une journée froide et ténébreuse. Dans l'été ^ que de charmes ne verse-t-elle pas sur nos soirées tranquilles ! Elle nous trace une route brillante sur le sein des prairies ; elle nous attire dans les bosquets embaumés ; elle éclaire le paisible berger , et le conduit avec son troupeau dans de gras pâturages. Que cet astre est agréable au matelot ! Son vaisseau fend le sein des mers avec agilité et sans inquiétude sous l'influence de ses rayons bienfaisans. C'est pour nos besoins et nos plaisirs que le Créateur arrangea ce système sublime, que le savant calcule et dont jouit le sage.
La lune varie sans cesse dans son aspect ; aujourd'hui sa face est toute rayonnante de clarté, bientôt un croissant lumineux et simple ornera son front ; mais enfin sa beauté s'évanouit. Elle voyage dans les deux , inconnue et invisible; elle se lève tantôt à ïa fin du jour %
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et commence sa carrière .admirée de la multitude ; tantôt elle diffère son entrée dans le firmament jusqu'au centre de la nuit, et éclairé le monde endormi sans en être aperçue.
Comme cet astre changeant , tout ce qu'il éclaire au-dessous de lui, tout ici bas n'est qu'inconstance. Hommes , qui tous les jours éprouvez mille changemens et voyez changer autour de vous tous les objets , comment pouvez-vous compter sur la stabilité des biens et des plaisirs ? N'avez - vous pas vu des oiseaux voltigeant dans les prairies, ranimant l'éclat de leur plumage dans l'onde d'un ruisseau, voler ensuite sur les arbres solitaires qui bordaient ce ruisseau ? Le plaisir volait avec eux sur leurs ailes ; la mélodie la plus tendre enflait leurs gosiers. Vous goûtiez avec ravissement ce charme inexprimable ; mais a-t-il duré autant que vos désirs? L'oiseau s'envole ; vous l'avez perdu de vue ; le ciel s'obscurcit, le ruisseau se trouble; un instant a détruit vos plaisirs. Ah ! ne fondez jamais votre bonheur sur des objets passagers et périssables !
J'ai vu quelquefois ce globe resplendissant dépouillé de ses rayons ; la terre , interposant
son corps opaque, interceptait la clarté du soleil , et renvoyait une ombre obscure sur la lune. J'ai vu sa lumière s'éteindre par degrés , jusqu'à ce que , plongée dans une espèce d'évanouissement, pâle et languissante, elle semblait expirer dans les ténèbres. Ce spectacle étonne ceux même qui n'aiment à voir la nuit que dans toute sa pompe, traînée par les songes dans son char d'ébène , et précédée par les ombres fugitives. Cette espèce de malheur est l'objet des observations générales et de toutes les conversations.
Il en est de même des personnes de considération. Les rois et leurs ministres sont les objets de l'attention publique; leur conduite ne peut être cachée, leurs moindres démarches sont veillées de près, et jugées sévèrement. Les personnes qui mènent une vie privée peuvent faire des fautes , elles sont presque toujours ignorées. Une planète peut s'éclipser, une étoile disparaître pendant quelques mois î à peine un en dix mille s'apercevra de cette perte ; mais si la lune souffre une éclipse passagère , la moitié du monde en est témoin.
Que j'étais heureux et satisfait lorsque je faisais ma promenade solitaire et nocturne sur
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les côtes d'occident ! La mer claire et unie baignait de ses eaux le pied des hautes montagnes , s'étendait au loin dans une vaste plaine, et servait de miroir aux astres ; l'azur du firmament était relevé par les étoiles innombrables; la lune s'avançait lentement ; elle paraissait se contempler avec plaisir dans la surface transparente des eaux.
Tel est l'effet d'un mérite distingué dans les personnes d'un rang supérieur. Leur carrière est d'autant plus estimable , que les influences en son plus douces et plus répandues. Ceux * qui sont animés de la noble ambition de faire des heureux ressemblent à cet astre qui va se peindre dans les eaux de cette fontaine, et dont la lumière est reflétée sur les objets qui l'environnent.
La prière.
C'est assez exercer mes pensées; la lassitude s ? empare de mes membres. Cédons à l'avis de la nature ; laissons le sommeil rafraîchir mes sens épuisés. Mais arrêtons. Irai-je au lit de repos sans me prosterner en actions de grâce devant le souverain Etre qui me conserve , et cjui m'a fait jouir de tant de sentimens agréa-
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blés ? Prions l'Eternel avec la simplicité du laboureur et de l'artisan.
Est-ce la superstition qui inspira les premiers transports qu'une âme sensible manifesta au premier aspect de la nature ? N'est-il pas dans l'ordre que l'homme entouré du plaisir et du bien-être , admire et reconnaisse par des actions de grâces la main qui le forma , qui le nourrit , et qui lui donne le sentiment de la vie et du plaisir?
O toi qui guides mes pas , et protèges ma vie, je me mets sous tes ailes sacrées; tu m'as soutenu pendant les heures du jour ; sois mon bouclier dans le sein des ténèbres. Si mon âme s'est souillée de quelque tache impure y purifie -la dans ces instans où mon corps semble se séparer d'elle pour goûter le sommeil. Eloigne le vice et le crime de ma couche paisible. Je m'abandonne dans tes mains prudentes ; mes yeux s'appesantissent et se ferment ; je passe dans des régions inconnues ; le sommeil va confondre mes idées et mes sensations.