REVUE
meat notre bien qu'en se séparant de son maître ! Avec quelle ardeur nous avons brigué l'estime des hommes, sans penser que leur estime seule, si celle de l'Etre suprême n'est méritée, est la plus grande comme la plus ordinaire vanité de la vie! Comme il m'est démontré maintenant qu'il n'est rien de plus dangereux qu'une trop grande passion pour les applaudissemens des hommes, si ce n'est peut-être un mépris impudent de leur opi-
nion !
Que je vois clairement tout l'excès de notre ignorance! Quelle folie de nous plaindre amèrement de nos besoins ! C'était nous plaindre de la faculté d'être heureux : sans besoins , il n'est point de désirs; sans désirs, il n'est plus de jouissances; et sans jouissances il n'est plus de bonheur pour l'homme : car il n'y a point d'autre source du bonheur des êtres créés. Mais ce qui me prouve le plus notre faiblesse , c'est cet étrange ascendant que les désirs ont sur la raison. Combien de fois nous avons pris la violence de nos désirs pour la preuve infail- Uble de la certitude du succès, tandis que les autres voyaient clairement que le succès nous était impossible? Si le désir nous aveugle à ce
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point, il ne faut plus s'étonner que l'homme expirant se flatte encore de vivre. Nous sommes mûrs et flétris comme les feuilles jaunies de l'automne , que la plus légère haleine va détacher de la branche ; et nous croyons tenir encore plus fortement à la vie , que le bouton naissant, et dans sa première verdeur, ne tient à sa tige.
De tous les nœuds qui nous attachent à la vie, les plus doux et les plus forts sont ceux de l'amitié. Quand une fois la mort a coupé ces nœuds , quelle folie de vouloir en former de nouveaux , et de livrer encore à cette illusion nos cœurs désenchantés par le trépas de nos amis ! Dans la revue de l'espace que j'ai parcouru , quels objets s'offrent plus fréquemment à mes yeux , que la multitude des trophées de la mort? Comme la cruelle triomphe ! Que de tombeaux pressent le sein glacé des amis que nous pressions contre le nôtre , qui partageaient nos demeures, nos goûts, nos plaisirs et nos cœurs! Leurs épitaphes rassemblées formeraient presque un volume : qu'il serait instructif, s'il était bien lu! Ces leçons sont le legs le plus précieux que nos amis puissent nous laisser en mourant. Hélas! la sa2:esse