‹ Les nuits, suivies des Tombeaux et des Méditations d'Hervey, etcChapitre 15 sur 63 · I 46 REVUE · texte numérisé non relu

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c'est qu'il est dangereux de creuser l'homme au-delà de sa surface : il est à craindre que notre indiscrète curiosité ne nous fasse perdre la bonne opinion que nous avions conçue d'eux. Beaucoup d'égards extérieurs, très-peu d'hommages du cœur, voilà ce qu'il faut dans la société. Toute ma vie m'apprend que la prétention à l'estime , quand elle est juste , est un droit sacré, mais que ce droit est bien rare. Quand l'estime est due , il faut la payer : si elle ne l'est pas , ce n'est pas une raison de retirer son amour : l'amour de tous les hommes sans distinction est un précepte qui nous est ordonné comme un antidote contre la maladie funeste du mépris réciproque. Malgré notre orgueil , il nous faut aimer les hommes avec tous leurs défauts et leurs faiblesses. Et ce n'est pas seulement devoir , c'est prudence. Autrement, de quel droit pourrions -nous exiger qu'on fût indulgent pour nos propres fautes? Ce sont nos fautes qui nous éclairent sur celles des autres et nous commandent l'indulgence : car le plus souvent nos soupçons sur les sentimens intérieurs des autres hommes ne viennent que du parallèle secret que nous faisons d'eux et de nous au fond de

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notre âme. Ce serait donc nous condamner, que de ne pas leur pardonner. Je remercie le ciel de cette pensée. JO^ .ainmod'l

Voici une réflexion qui me déplaît , parce que je crains qu'elle ne me convienne : je trouve que les vieillards sont trop enclins à bien penser d'eux-mêmes ; non pas qu ils soient plus prudens et plus soigpeux d'éviter le vice;; mais parce que le vice les a abandonnés. Ils se croient vertueux , parce qu'ils n'ont plus les défauts des jeunes gens : ils prennent leur impuissance pour victoire ; ils triomphent de ce qu'ils n'ont pas combattu ni rencontréd'enriemi. On en voit d'autres qui, après une jeunesse sans reproche , semblent avoir attendu la vieillesse pour faire des folies. C'est le spectacle le plus digne de pitié. Il est des fautes naturellement attachées à chaque âge de la vie, comme à leur saison : celles-là méritent quelque tolérance; mais des vices hors de saison sont une production monstrueuse qui n'est épargnée de personne.

Dès notre enfance, dans cet âge qu'il plaît d'appeler l'âge de l'innocence, nous n'étions pas entièrement irréprochables ; nos vices commençaient à naître : bientôt ils grandissent

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en quelque sorte avec nous ; ils devancent les années et se développent plus rapidement que rhomme. Nous désirions bien la sagesse ; mais ce quelle eût rejeté, nous l'aimions de préférence : et ce qu'elle eût choisi , nous le remettions à un autre temps. Nous avons souvent querellé nos vices ; mais ces querelles ne vont jamais jusqu'à une rupture ouverte.

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