‹ Les nævi artériels dans les maladies du foieChapitre 8 sur 9 · L. . ., âgé de 60 ans, journalier · texte numérisé non relu

L. . ., âgé de 60 ans, journalier

Entré le 20 avril 1904 à l’infirmerie de la Maison départementale de Nanterre, dans le service de M. le Dr Laugier.

Antécédents héréditaire. — Mère morte à 46 ans, hydropique • Père mort à 52 ans de cause inconnue.

Un frère et une sœur bien portants, trois morts en bas âge.

Antécédents personnels. — Né à terme, élevé au biberon par une nourrice. Pas de maladies de l’enfance.

Service militaire pendant 4 ans et 8 mois sans maladie.

L.. . ne se rappelle pas avoir jamais été malade, n’a jamais eu la jaunisse, n’a jamais contracté, dit-il, de maladie vénérienne.

L. . . a déjà fait un séjour de 12 jours, il y 2 mois, à l’infirmerie de la Maison départementale pour albuminurie. Son affection s’étai^ manifestée au début par des fourmillements dans les pieds, de la faiblesse, des maux de tête, de l’œdème des jambes. Il était sorti après un régime lacté absolu, exempt d’albuminurie.

Ce malade accuse, le 20 avril, une grande faiblesse et sollicite son admission.

Son aspect est le suivant : taille et embompoint moyens, poil généralement roux, teinte générale de tout le corps jaunâtre, taches pigmentaires en très grande abondance à la face et à la face dorsale des mains. La peau est sèche. Les membres inférieurs sont très variqueux ; il y a pas d’hémorrpïdes ni de varicocèle. Sur l’abdomen et le thorax, on observe une grande quantité de petit nævi capillaires irrégulièrement répartis.

La face est sillonnée de petits vaisseaux dilatés, et porte sur la joue droite un nævus artériel bien caractérisé. L’élevure centrale est de la dimension d’un grain de mil, saillante, violacée, les an-

giectasies radiées sont rouges. On perçoit des battements au niveau de la partie centrale.

Interrogé sur ce nævus, le malade dit qu’il n’y a jamais fait attention, que d’ailleurs, depuis de nombreuses années, il ne se préoccupe plus de son aspect extérieur.

L. . . ne semble pas alcoolique et se trouve fort bien du régime lacté même absolu. Il n’a pas de troubles digestifs, ni d’hémorragies.

A la percussion son foie donne, sur la ligne mamelonnaire, une hauteur de 4 0 centimètres.

L’urine examinée par M. Ogé, interne du service, contient une forte quantité d’albumine, ne donne pas la réaction de Gmelin, mais présente une notable quantité d’urobiline.

Malgré sa néphrite, le malade à un pouls régulier à 64, petit et facilement dépressible.

Une fois débarrassé de son albuminurie, L. . passe en chirurgie dans le service de M. le Dr Raymond, et consent à se laisser enlever son nævus.

Nous faisons une injection sous-cutanée d’un centigramme de chlorhydrate de cocaïne, circonscrivant le nævus, et nous l’extirpons dans sa totalité aussi profondément que possible. La section de la peau à la périphérie ne donne lieu qu’à une insignifiante hémorragie en nappe, mais, lorsque nous sectionnons profondément, ce qui peut être considéré comme le pédicule du petit angiome, il se produit une hémorragie en jet saccadé, à sang rutilant, telle que nous appliquons une pince à forcipressure puis un fil de catgut. La plaie est réunie par deux agrafes de Michel. Cicatrisation parfaite sans hémorragie.'

Nous n’avons pu recueillir du sang de L. . ., mais sa cholémie est surabondamment prouvée par son urobilinurie, cholémie que sa néphrite interstitielle seule a pu provoquer.

Obs. XIII (personnelle). — Cirrhose alcoolique. — Nævus

artériel.

M. Y. . . , âgé de 42 ans, ébéniste,

Antécédents héréditaires. — Père bien portant, âgé de 71 ans, atteint de varicocèles et d’hypertrophie de îa rate (?)

Mère morte à 66 ans d’angine de poitrine.

Antécédents personnels. — Alcoolisme. 11 y a 8 mois, M. Y. .a subi les premières atteintes de sa cirrhose. Celle-ci s’est manifestée au début par des hémorragies multiples, des crachements de sang, de la douleur au niveau du foie. Ascite considérable, œdème des jambes. Les phénomènes traités par le calomel ont cédé.

Aujourd’hui 17 juin, M. Y... présente une teinte nettement ictérique des conjonctives et des téguments. Son foie mesure sur la ligne mamelonnaire, 8 centimètres de hauteur. Il a encore un peu d’ascite.

Depuis 2 mois seulement on remarque sur le front, à droite, un nævus artériel dont les battements sont très accusés. Sur la face, nombreuses varicosités.

Nævi capillaires du thorax et de l’abdomen. Yarices des membres inférieurs.

Les urines sont foncées et contiennent des pigments biliaires.

Pouls fort et plein à 96°.

Il y a 15 jours, M. Y. . a été atteint d’une épistaxis abondante.

La présence de ce nævus et de l’apparition cette épistaxis nous portent à croire, étant donné que notre malade continue à boire, qu’un retour offensif de la maladie est imminent.

Obs. XIV (personnelle). — Cholémie , artériosclérose , nævi

artériels. *

D. . , lit n° 28, salle n° 4, 4e section de la maison départementale de Nanterre, âgé de 76 ans.

Antécédents héréditaires. — Mère morte très jeune ; père, au contraire, mort très vieux.

Antécédents personnels. -s- Le sujet ne se rappelle pas avoir jamais été malade, il n’a pas eu de jaunisse, pas de troubles digestifs, pas d’épistaxis.

D. . . est grand, très maigre, de teint foncé, terreux. Les jambes

ne sont pas variqueuses, il n’y a ni hémorroïdes ni varicocèles. Il a cependant toutes les apparences d’un eholémique ; peau sèche, fortement pigmentée, surtout à la face dorsale des mains et à la partie supérieure du thorax, conjonctives jaunâtres. Il accuse des démangeaisons sur le thorax et la région épigastrique et porte d’ailleurs de nombreuses lésions de grattage. Le thorax et l’abdomen présentent des petits nævi capillaires abondants.

La face quoique généralement pâle est sillonnée, surtout aux joues et sur le nez, de dilatations capillaires et, de plus, porte trois nævi artériels situés, l’un à droite, à la partie inférieure de la joue, les deux autres à gauche, proches de l’angle externe de l’œil. Les nævi sont très développés, surtout à leur partie centrale qui est franchement bleue.

Les battements sont perceptibles dans les trois, mais sont plus accusés dans le moins volumineux, celui de droite.

D. . . raconte que ses nævi remontent, comme origine, tellement loin qu'il ne ne s’en souvient plus, mais qu’ils se sont accrus dans de fortes proportions.

D..., n’est ni alcoolique ni syphilitique..

Urines normates comme quantité et qualité.

La piqûre du doigt ne donnant pas une quantité de sang suffisant pour l’examen du sérum, nous pratiquons une petite saignée au pli du coude.

Le sérum recueilli a été examiné par M. Herscher suivant la méthode de Gilbert, Herscher et Posternack et a révélé la présence de bilirubine en forte proportion, 1 p. 18,000.

Le foie de notre sujet est légèrement abaissé et dépasse d’environ un à deux travers de doigt le rebord des fausses cotes. Sa consistance est dure. La ligne de matité du foie sur la ligne mamelonnaire est de 10 centimètres.

Obs. XV (Personnelle). — Cholémie. -- Nœvus artériel.

M. G..., surveillant à la Maison départementale de Nanterre. Agé de 34 ans.

Antécédents héréditaires . — Père mort à 63 ans, présentant de

l’ascite et des œdèmes considérables des membres inférieurs. Mère morte à 47 ans d’un néoplasme stomacal. Cinq frères et sœurs bien portants, six morts par accident.

Antécédents 'personnels. — Né à terme. Bonne santé pendant l’enfance, pas de jaunisse. A 16 ans, poussée furonculeuse. Trois ans de service militaire sans maladie. Aucune trace d’alcoolisme.

En 1897, M. C... fut atteint de fièvre typhoïde. Cette maladie débute par des troubles dyspeptiques et dure six semaines. Le sujet ne se rappelle pas avoir eu de complications hépatiques. La convalescence fut normale. Cependant, depuis ce temps, notre malade est sujet aux troubles dyspeptiques, aux névralgies intercostales et souffre d’épistaxis fréquentes.

Examiné aujourd’hui, M. C... quoique roux de poil et assez fortement coloré, présente un teint uniforme qui tire visiblement sur le jaune. La paume des mains offre une coloration jaune plus prononcée. Sa face regardée de près est sillonnée sur toute sa surface de dilatations vasculaires. Sur son nez, à la partie médiane de la face dorsale, existe un nævus artériel des plus nets à élevure centrale, radiations nombreuses, surface totale de 8 millimètres environ. La pulpe du doigt appliquée sur ce nævus le fait momentanément disparaître. On sent des battements très facilement perceptibles.

Ce nævus, que rien ne faisait prévoir auparavant, date de la fièvre typhoïde ci-dessus mentionnée et a des tendances de plus en plus marquées à s’accroître. Les organes, foie, cœur, poumons, semblent normaux. Pouls régulier n’offrant rien de particulier.

L’urine claire et limpide ne renferme pas d’albumine, mais une quantité notable d’urobiline.

L’examen du sang a donné comme proportion de bilirubine dans le sérum : 1 p. 30,000.

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