‹ Les Oberlé (volume 4)Chapitre 10 sur 50 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

n'existions pas, le monde de la science ne cesserait pas pour cela d'être tout ce qu'il est. Nous pouvons du moins le supposer ! Nous pouvons, tout nous invite à croire que, si nous n'existions pas, les planètes n'en décriraient pas moins leurs orbites à travers l'espace; et il ne paraît pas probable, que, si nous disparaissions quelque jour de la surface de notre globe, la nature et la vie dussent s'anéantir et disparaître avec nous. Mais qu'est-ce que l'art en dehors de l'homme ? à quoi répondrait-il? et quelle en serait seulement la matière? L'art n'a proprement d'existence et de réalité que pour l'homme et par l'homme, dans l'humanité, pour les sens qu'il réjouit, pour les esprits qu'il éclaire, pour les cœurs qu'il console, ou qu'il exalte, ou qu'il raffermit. C'est pourquoi la première condition de l'art est d'être humain, même avant que d'être de l'art; et si la remarque est vraie dans tous les temps et de tous les genres, combien ne Pest-elle pas davantage quand on se propose, comme au théâtre et dans le roman, d'imiter, ou de représenter, ou d'interpréter la vie !

Les naturalistes avaient fini par l'entendre, — à l'exception du seul Flaubert ; — et en France, comme dans l'Angleterre de George Eliot et de Dickens, comme dans la Russie de Tolstoï et de Dostoïewski, ils se sont rendu compte que le roman naturaliste, libéré de ses anciennes contraintes, ne pouvait manquer de tendre tôt ou tard au roman social. Et comment en effet sortirions-nous de nous-mêmes et de notre condition, pour observer autour de nous les mœurs de nos sem-

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