‹ Les Oberlé (volume 4)Chapitre 9 sur 50 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

triomphe de l'action tragique, lorsque les choses étant amenées au point où plusieurs destinées ne dépendent plus que d'un geste ou d'un mot, quelqu'un fait ce geste ou laisse échapper ce mot, et, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, l'inévitable transformation s'accomplit?

Si maintenant, monsieur, depuis vingt ans, chacun de vos récits nous a ainsi donné de vous, et de la souplesse, de la richesse, de la hardiesse de votre talent, une plus haute idée, je crois en savoir la raison. Quand vous avez commencé d'écrire, une opinion se faisait jour, parmi les excès du naturalisme, et s'en dégageait presque malgré lui, qui est que la littérature n'est pas un divertissement de mandarins. Cette opinion est la vôtre; — et je la partage. Qui que nous soyons, nous n'écrivons ni par passetemps, et à défaut de quelque autre occupation plus sérieuse ; ni pour exprimer notre personnalité, dont nos semblables, en général, sont moins curieux que nous ne le croyons; ni pour faire étalage de notre virtuosité, ou du moins, quand nous le faisons, nous manquons à la première obligation de l'écrivain. C'est ce que le xix e siècle finissant a compris, et, de ce jour, c'en était fait de la doctrine de «l'art pour l'art». L'art pour l'art ! trois mots vides de sens ! disait dédaigneusement Alexandre Dumas. Non! pas vides, mais au contraire pleins de sens, et d'un mauvais sens, d'un sens équivoque et dangereux ! Car on peut bien n'assigner à la science d'autre objet qu'elle-même, parce que l'objet de la science ne dépend pas de nous, et que, si nous

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