LONGUEUIL
A quarante kilomètres environ à l'ouest de Montréal, se dresse le village appelé Mission du Lac des deux Montagnes, sur la rive septentrionale de ce lac pittoresque, formé par un évasement de la rivière Ottawa, au pied de deux pics assez élevés.
L'ancienne peuplade, autrefois si farouche, des Iroquois, avait, là, quelques-uns de ses représentants, convertis au christianisme. On y trouvait aussi des Algonquins. Ceux-ci, malgré leur misère, leur malpropreté, leur paresse et autres bonnes qualités de ce genre, étaient si orgueilleux, qu'ils ne se nommaient (ivC Anichivabeh', c'est-à-dire « les hommes par excellence ».
Dans la même chapelle, ces débris de tribus si différentes se réunissaient, priant et chantant alternativement en leur langue respective. Deux Sulpieiens veillaient sur leurs âmes, et même sur leurs intérêts temporels, car les sauvages, jusqu'à la vieillesse, demeurent la plupart de grands enfants incapables de prévoyance et dépourvus de sens pratique.
Ce n'était pas précisément ce qu'avait rêvé le P. Léonard. Peu nombreuses, ses ouailles lui occasionnaient peu de travail. Son ardeur réclamait de plus vastes espaces. 11 accepta, cependant, sans se plaindre, cette position qu'il garda six années, se familiarisant de plus en plus avec le dialecte des Iroquois, tandis que son confrère, M. Flavien Durocher, qui entra, lui aussi, chez les Oblats, s'occupait des Algonquins.
Entre temps, et pour satisfaire sa soif d'apostolat, il prêchait dans les localités voisines.
S'apercevant qu'une vie des plus actives lui était nécessaire, ses supérieurs, en 1834, le rappelèrent à Montréal qui ne constituait, alors, qu'une seule paroisse, confiée aux Sulpieiens. Quoique la population de la cité fût loin d'approcher du chiffre qu'elle atteignit plus tard, cette unique paroisse, très considérable, exigeait une grande somme de labeurs. 11 y dépensa, sans mesure, cette exubérance de forces qui bouillonnaient en lui. Son heureux caractère, son zèle infatigable, son dévouement à toute épreuve, lui attirèrent bientôt l'estime et l'affection générales.
Mais, lorsque, en décembre 1841, et durant les premiers mois de 1842, il eût vu les Oblats parcourir les villes et villages, pour y donner ces missions qui produisirent partout des fruits si abondants, il comprit e^ue ses désirs allaient, enfin, se réaliser. Ce fut comme un trait de lumière. Sa vocation se révélait à lui. Il se sentait organisé pour cette Société, dont l'esprit, le but et les œuvres répondaient si complètement aux aspirations, qui, depuis si longtemps, tourmentaient son âme. Sans tarder, il mit ordre à ses affaires, et, dès qu'il eut reconquis sa liberté, le l^r août 1842, il franchit le seuil du noviciat, le cœur débordant d'une céleste joie.
11 n'offrait pas seulement sa personne à la Congrégation, mais aussi une belle maison avec jardin, à Longueuil, ville assise presque en face de Montréal, sur la rive droite du Saint-Laurent, et, comme nous l'avons raconté plus haut, déjà évangélisée par les Pères avec un remarquable succès.
Propriétaires de cet immeuble, M. Olivier Berthelet, riche bourgeois, et Mlle Thérèse Berthelet, sa sœur, dans l'intention d'y établir des Missionnaires, l'avaient cédé au P. Léonard. Une autre bienfaitrice, M"^ Quevillon, pour assurer des ressources, légua une terre avec bâtiments et dépendances, située sur la paroisse Saint-Vincent-de-Paul.
Quand, le noviciat achevé, le P. Léonard prononça ses vœux dans la eliaijclic intérieure de la communauté de Longueuil, Mgr Bourget, Mgr Gaulin, évêque de Kingston, et une foule de personnes distinguées, prêtres et laïques, assistèrent, très sympathiques, à la cérémonie.
Au lendemain de sa profession, dans la plénitude de ses forces physiques et de son talent, il était déjà un Missionnaire armé de toutes pièces. Un champ immense s'ouvrait, maintenant, devant lui. Rien ne l'empêcherait de mener rondement le combat contre l'enfer.
§ 2 Satisfaction de Mgr 'Bourget. — l^es PP. Jlllard. Brunet, Laverhchère.
De plus en plus, l'évêque de Montréal se félicitait de posséder les Oblats. En janvier 1843, il écrivait à Mgr de Mazcnod :
— Partout où prêchent vos fils, dans mon diocèse, celui de New- York et autres, la grâce opère d'une manière admirable. Après leur passage, les paroisses sont régénérées. Celles qui n'ont pas encore été évangélisées par eux, réclament cette faveur avec l'empressement le plus vif. Universellement on les a en vénération ; on ne les appelle que les saints Pères. A la fin de chacune de leurs missions, à peine trois ou quatre personnes qui ne se soient pas confessées. Ceci vous prouve, mieux que les récits les plus flatteurs, les heureux fruits de leurs travaux. Dieu les bénit étonnamment.
Dans une autre lettre, du mois de juin 1843, il disait :
— Tout \a à merveille. Votre Institut prospère de plus en plus dans ce pays, où il rend et rendra d'incalculables services.
Le 27 août, il écrivait encore :
— J'ai la consolation et le plaisir de vous apprendre que tout est pour le mieux. Les chers vôtres gagnent, chaque jour, du terrain.
llégulièrcment établi à Longueuil, le noviciat se peuplait de bons sujets. Plusieurs prêtres montraient l'intention de suivre l'exemple du