‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 2)Chapitre 67 sur 81 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Epidémies.

Le choléra.

Dans leur apostolat, les Missionnaires furent, plusieurs fois, aidés par des prédicateurs d'une singulière éloquence : les maladies épidémiques.

Les premiers cas de choléra se manifestèrent durant l'été de 1849. Vers la même date, l'année suivante, le fléau reparut plus violent, et fit de nombreuses victimes.

Simplement parmi les chrétiens, à Jaffna, il y eut, en quinze jours, deux cent cinquante décès. Ces coups de la justice di\-ine déterminèrent chez les sur^'ivants une amélioration momentanée.

Beaucoup qui ne s'étaient jamais confessés, ou ne l'avaient pas fait depuis longtemps, s'empressèrent de mettre ordre à leur conscience. Les anciens révoltés vinrent même demander publiquement pardon à l'évêque, avouant que la main de Dieu s'appesantissait sur eux, à cause de lem-s péchés, et. en particulier, de leur insubordination. Mais pouvait-on compter sur leur persévérance ? Le danger passé, n'oublieraient-ils pas leurs promesses ?

Protestants et païens se convertirent ; un certain nombre reçurent le baptême sur leur lit de mort.

Par leur dévouement du jour et de la nuit, dans ces douloureuses circonstances, les Pères gagnèrent l'estime de la population, qui comparait leur héroïsme à la lâcheté des ministres hérétiques, très peu pressés de visiter leurs coreligionnaires. D'ailleurs, les femmes de ces révérends, pour les empêcher de sortir et d'exposer leur précieuse existence, cachaient leurs habits dans des armoires, dont elles prétendaient avoir perdu les

clefs.

Personne ne fut (lu})c (fun si grossier stratagème. Il ne servit ([u'à entourer les Pères d"une auréole plus éclatante car. Uur dévouement croissait avec le péril.

■ — Dernièrement je fus témoin d'une scène bien triste, écrivait le P. Séméria. le 4 septembre 1850. Appelé pour confesser une malade, je

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trouvai dans la même maison une mourante, qui déjà avait été administrée. Je n'avais pas eneore achevé mon ministère, qu'on me ]irin d'aller dans la maison voisine. J'y courus confesser un homme qui. en (iiiarante-huit heures, avait perdu successivement cinq enfants, dont un, mort le matin, était encore étendu dans la seule chambre, ou cabane, (pii constituait toute l'habitation. Tandis cjue je le confessais, je n'entendais que la psalmodie funèbre de ceux qui portaient des cadavres au cimetière, et les pleurs déchirants de la femme, qui, après avoir perdu tous ses enfants, à l'exception du phis petit, devait voir, le soir même, moiu'ir son mari, son unique soutien...

Pour donner une idée de l'étendue du fléau, le Père disait, en terminant sa lettre :

— Bien })eu de familles que l'épidémie n'ait frappées de coups mortels !... Beaucoup furent en partie ou entièrement détruites... Plusieurs fois, nous avons dû ensevelir simultanément le mari et la fcnune, le père et les fils, les frères et les sœiu's.

En dehors tle Jaffna aussi, le choléi'a exerça ses ravafjes.

Au milieu de cette désolation générale, les Oblats ne furent pas épargnés. Suivant la parole et l'exemple du divin Maître, le pasteur ne doit-il pas donner sa vie pour le troupeau ?

En septembre 1850. les Pères Séméria et Le Beseon. ainsi t[ue le Frère Gaspard de Stefanis, furent les premiers atteints. Après cjuclques jours de maladie, cependant, la santé leur revint. Mais, l'année suivante, le 16 juin 1851. dans le village de Vadiry. dépendant de sa mission de Point-Pedro, expira l'aimable et jeune P. Leydier, victime de son zèle et martyr de la charité envers les cholériques.

Malgré les fatigues de ses courses continuelles du jour et de la nuit auprès des malades, rien encore, la veille de sa mort, ne laissait prévoir la catastrophe ; mais, en cinq ou six heures, le fléau le terrassa.

— Consummatus in brevi, explevit tempora multa, écrivait de lui le P. Séméria, le 3 juillet. Notre regretté défunt n'ayant pas encore accompli sa trentième année, était, cependant, déjà plein de mérites ; par conséquent nu'ir pour le ciel. Il n'avait reculé devant aucune difficulté pour procurer le salut des âmes. Jusqu'au dernier soupir, il conserva la connaissance... Quand il reçut le Saint Viatique, on aurait cru qu'il voyait, des yeux du corps, Notre-Seigneur Jésus-Christ, présent sous les voiles eucharistiques... Si nous avons perdu, sur la terre, un frère toujours prêt à s'oublier pour rendre service au prochain, et mi ouvrier inlassable dans la vigne du Seigneur, nous avons, sans doute, acquis un protecteur de plus au ciel.

Opiniâtrement le choléra reparut, en 1852, 1833. 1854 et 1855.

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Épuisé par ses labeurs apostoliques, le P. Ciamin mourut de la fiè^Te, en 1853 ; et, en 1855, le P. Lacombe, après deux ans seulement de séjour à Ceylan, tomba victime de la charité, comme le P. Leydier.

C'étaient, là, de nouveaux deuils très sensibles.

L<ï petite vérole.

Pour comble de malheur, au choléra s'unit la petite vérole, fauchant, elle aussi, en grand nombre, les existences humaines. Pendant neuf mois, les Pères se trouvèrent constamment au milieu des morts et des mourants.

— Nous avons tous été frappés de l'une ou l'autre de ces deux maladies, et, quelquefois, plusieurs simultanément, écrivait le P. Mauroit... Xi médecins, ni remèdes pour soulager les souffrances... De plus, nous avons dû endurer la faim, car, comme les bras manquaient pour cultiver la terre, la disette a fondu sur nous... Quelle répugnance ne fallait-il pas surmonter, pour aller administrer les moribonds, dans leurs cabanes si basses que, le plus souvent, nous ne pouvions nous y tenir debout 1... Les infirmes gisaient à terre, ks uns à côté des autres... Pour les confesser, impossible de s'asseoir ; mais il était nécessaire de s'agenouiller et de s'incliner vers leurs lèvres, d'où ne sortait qu'un filet de voix... Et quelle odeur infecte !,.. Du pavé souillé et des feuilles à demi pourries composant la toiture et les parois, comme aussi des corps des malades, s'exhalait ime puanteur épouvantable... Impuissants à guérir ces malheureux, nous nous efforcions, du moins, de les consoler par des paroles de compassion et d'espérance surnaturelle... Beaucoup se sont montrés dociles, et ont su profiter, pour la vie étemelle, de cette terrible épreuve.

Elle sé\àssait avec une particulière violence, depuis le mois de juillet 1854. lorsque le P. Séméria, dont le courage et la confiance en la miséricorde di^ inc n'avaient nullement défailli, parmi tant de scènes d'horreur, eut l'heureuse idée de célébrer un triduuni pour honorer spécialement le ])rivilège de l'Immaculée Conception, dogme défini le 8 décembre précédent.

Ce triduum commença le 5 mars 1855.

Les deux premiers jours, on ne constata aucune diminution du fléau ; mais, le troisième, après la procession à travers les rues de Jaffna,

EPIDEMIES

le 7 mars, il cessa subitement, et on n'eut plus, dès lors, de décès à enregistrer.

Choléra et petite vérole avaient soudainement et complètement disparu.

Tous, même les moins dévots, crièrent au miracle. Humainement, en effet, la chose était inexplicable.

Mgr Séméria.

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