‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 2)Chapitre 68 sur 81 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Phase intense d'évangélisation.

Élévation du P. Séméria à l'épiscopat.

Convoqué au Chapitre général de la Congrégation, le P. Séméria partit pour la France, au mois de juin 1856. Tandis qu'il voguait sur l'océan, la Propagande envoyait à Ceylan des Bulles par lesquelles le Souverain Pontife le nommait évêque d'Olympia, et eoadjuteur de Mgr Bettaeehini avec future succession.

Seulement à Marseille, l'élu apprit cette nouvelle. Son humilité protesta, mais vainement, et il dut courber la tête sous le redoutable fardeau.

En présence des membres du Chapitre venus de toutes les contrées du monde, Mgr de Mazenod, assisté de deux évêques Oblats, Mgr Guibert et Mgr Guignes, le sacra solennellement, dans la chajielle du scolasticat de Montolivet, le dimanche 17 août 1856.

A son retour, Mgr Séméria amenait trois autres ^lissionnaires, les Pères Gouret, Pouzin et Laclau-Pussacq. Avec eux, il débarquait à Galle, au milieu du mois d'avril 1857. Aussitôt il se rendit à Bollavatte, dans le sud, oi^i s'était retiré Mgr Bettaeehini, dont la santé déclinait rapidement, et cjui mourut le 26 juillet.

Cette mort inopinée laissait à Mgr Séméria la charge entière de ce vicariat apostolique, avec les sollicitudes complexes qu'elle entraînait.

§ 2 Prédication de missions en règle.

Se rappelant le bien immense jîroduit en France, en Angleterre et en Amérique. })ar les missions prcchces selon les usages traditionnels dans notre Société, Mgr Séméria résolut (rcin])l()yer. jxjur la régénération spirituelle des chrétiens de Ceylan, si attiédis, ce puissant moyen de conversion.

On commença cette campagne apostolique par Tîle de Ka}i:s, à

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l'ouest de Jaffna, et habitée par quelques milliers de eatholiques, disséminés en dix-huit villao;es, ou hameaux. Outre les vices ordinaires engendrés par la tiédeur, il faudrait y combattre les haines de partis, l'esprit de caste, la révolte, le schisme et l'irréligion.

Durant un mois et demi, du 18 septembre 1857 au 29 octobre, la lutte contre l'enfer fut dirigée par Mgr Séméria lui-même, entouré des Pères Chouna\'el, Bonjean et Le Bescou, ([ui, à une piété solide et à un zèle infatigable, joignaient une connaissance profonde de la langue du pays. Une semaine après l'ouverture, les Pères Flurin et Pouzin vinrent les aider.

Curieux par nature, les Indiens accoururent, d'abord, en assez grand nombre, a\ides surtout de contempler à l'autel un évêque avec son cortège de prêtres; mais, cette première curiosité satisfaite, ils restèrent la plupart chez eux.

Désolés d'une telle apathie, les Missionnaires crièrent vers Dieu, multipliant leurs prières et leurs mortifications ; puis, afin d'inviter les indifférents, ils entreprirent une longue série de visites à domicile, et de courses extrêmement fatigantes sous un soleil brûlant.

Tant d'efforts ne furent pas inutiles. Le chiffre des assistants augmenta peu à peu. jusqu'au jour où un mouvement général se produisit dans les masses.

Pour rendre les sermons plus intéressants, on adopta souvent la l'orme de conférence dialoguée.

— L'un de nous parlait au nom de la foule, raconte le P. Le Bescou ; ^Igr Séméria répondait avec l'autorité de sa parole et la netteté de sa doctrine. Il fallait lire, dans les yeux des auditeurs, la surprise et le plaisir de voir, d'un côté, si bien interpréter leurs pensées, et, de l'autre, si clairement résoudre leurs doutes, ou condamner leurs erreurs. Ils étaient eux-mêmes en scène, et croyaient se donner les instructions qu'ils recevaient.

Successivement on traita des ^'érités fondamentales, des vices les plus communs, des sujîerstitions les plus répandues. Chacun des sujets les })lus importants, ou les plus })ratiques, eut son jour : vol, injustice, restitution, profanation du dimanche, fautes contre les bonnes mœurs, impénitence finale, confession, contrition, ferme propos, etc.

En même temps que l'auditoire, toujours croissant, s'intéressait davantage à ces conférences si variées, si pleines de vie, et si lucides, le mouvement vers le confessionnal s'accentuait.

De magnifiques cérémonies favorisèrent ces dispositions.

D'abord, une procession solennelle du Saint Sacrement, à la splendeur de la,quelle tous voulurent contribuer.

— Dans les rues, dit encore le Père Le Bescou, s'élevèrent des reposoirs qui auraient pu faire sourire, il est vrai, nos artistes d'Europe, mais qui attestaient le désir de tous de glorifier, autant qu'il dépendait d'eux, le Dieu de TEucharistie. Des cantiques d'adoration alternaient avec les accents du Parce. Domine, que nous avions traduit en langue vulgaire.

Puis, ce fut une autre procession, eu Thonneur de la Reine du ciel. On porta sa statue en triomphe, en récitant, ou plutôt, en chantant le rosaire, car les prières publiques n'allaient pas, en ce pays, sans de multiples modulations.

Sur la place du marché, où l'on fit une halte, quelques voix puissantes entonnèrent, en tamoul, le Salve Regina, que des milliers de bouches continuèrent avec un enthousiasme indescriptible. ]\Iême entrain, pendant le chant des litanies de la Sainte Vierge.

A partir de cette heure, la, victoire sur l'enfer se dessina, de plus en plus nettement. Les ennemis invétérés se réconcilièrent, et les pécheurs publics donnèrent des signes certains de repentir.

Sauf quelques rares exceptions, toutes les femmes, et. le 22 octobre, tous les hommes s'approchèrent de la Table sainte. En outre, trois cent cinquante personnes, dont la plupart âgées, reçurent la confirmation.

Cédant à un vœu exprimé par la population, on prolongea d'une semaine les pieux exercices, pour ébranler les retardataires, et fortifier chez les autres le bien accompli.

La croix, érigée près de l'église, sur le rivage de la mer. devint un lieu de pèlerinage. Ainsi régénérés, les habitants la prirent en affection, et la regardèrent comme im palladium assuré. Ils se plurent à l'orner ; ils l'illuminaient gracieusement, le soir ; ils la ^dsitaient, jour et nuit, pour se rappeler leurs promesses, et puiser auprès d'elle la force de la persévérance.

Contrairement à ce que l'on pouvait craindre de l'inconstance propre aux Indiens, le résultat de cette mission ne fut pas éphémère. Au cours des années suivantes, on constata, avec consolation, que la foi avait réellement repris son emjiire sur ces cœurs autrefois si égarés.

Ces succès éclatants en présageaient d'autres. Les ouvriers apostoli(|ius parcoururent sueeissivement et évangélisèrent. au prix de fatigues accablantes, mais avec la joie dans le cœur, les districts de Valigamme, Trincomalic, Batticaloa, Jaffna, Mantotte, Chilaw, Battavatte,et plusieurs petites îles adjacentes à Ceylan.

Chacune de ces missions durait deux mois en moyenne. Celle de Mantotte se prolongea même pendant quatre mois.

Partout la grâce agit puissamment, et le bien fut incalculable.

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— Nous avons eu le bonheur, écrivait Mgr Scniéria, de voir ces pauvres chrétiens renouvelés, changés, sanctifiés.

A Trincomalie, la veille de la communion générale, beaucoup d'hommes passèrent la nuit à l'église, en prières, pour se préparer au banquet eucharistique.

— Leur recueillement })rofond pendant toute la cérémonie, écri^■ait le P. Bonjean, le 5 octobre 1858, fut, à la fois, le fruit et la marque de cette fervente préparation. Touchant spectacle que celui de ces centaines

Flottille indigène.

d'hommes de toutes classes, confondus dans les mêmes rangs, absorbés dans les mêmes sentiments, immobiles et comme suspendus aux lèvres du prédicateur qui leur suggérait, de la chaire, les actes immédiatement préparatoires à la communion ; ne remuant que pour obéir aux signes qui leur étaient faits, et semblant avoir tout oublié, pour ne penser qu'à rilôte divin qui allait les visiter. Dans cette réunion il y avait quelque chose de calme, de grave, une émotion tranquille, qvie je ne saurais décrire, mais qui impressionnait vivement.

Sur cette mission de Trincomalie, se greffa une longue retraite pour

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les soldats irlandais de la garnison, appartenant au 50^ régiment de la Reine. Ils avaient pris part à la guerre de Crimée et à la répression d'une insurrection aux Indes. Beaucoup, en souvenir de leur vaillance, portaient des décorations françaises et anglaises ; mais la plupart avaient fort négligé, depuis longtemps, les affaires de leur âme.

Les Pères Chounavel, Bonjcan et Keating leur prêchèrent en anglais, et surent promjitement gagner leur confiance.

Plusieurs fois, des larmes silencieuses, roulant à la dérobée sur les joues de ces braves, prouvèrent que l'orateur touchait la corde sensible. Ils assistaient aux longues instructions, immobiles comme des factionnaires ; puis, à la caserne, se répétaient, les uns aux autres, ce qu'ils avaient entendu, rivalisant de zèle pour s'apprendre mutuellement les prières oubliées. Ce fut un véritable engouement. Les demandes et réponses du catéchisme remplaçaient les jurements, les blasphèmes et les querelles.

Témoins de ce changement remarquable, les officiers, même protestants, pensant avec raison que les sermons des Pères étaient plus efficaces (|ue la salle de police, donnèrent à leurs hommes toutes les facilités pour assister aux pieux exercices.

— Comme le temps accordé n'était pas suffisant, cependant, pour toutes les confessions, raconte le P. Bonjcan, nous nous arrangeâmes pour aller nous-mêmes au fort Frederick. Là, à l'intérieur d'une vieille redoute, bâtie sur le l)()rd d"un rocher escarpé où se brisent les flots de la mer. dans nos confessionnaux d"un genre nouveau, inventés et construits par les soldats avec des nattes du pays, accouraient, les larmes du repentir dans les yeux, ces fils de l'Irlande, si attachés, malgré des égarements momentanés, à la foi de leurs ancêtres. Pendant plusieurs jours, devant le public étonné, nous gravîmes cette montagne devenue sainte.

Dès que, du haut de leur rocher, ces bons soldats constataient rapproche des Pères, ils se précipitaient vers eux, avec les transports d'une joie jjresque enfantine. Sur le passage de leurs chers apôtres, les factionnaires présentaient les armes, avec un clignement d'oeil significatif et vm sourire affectueux.

— Quand notre tâche quotidienne était terminée, continue le P. Bonjcan, tous se pressaient avitour de nous, ])our entendre quelques mots de gaîté, ou d'édification, courant et folâtrant à nos côtés, comme de vrais enfants. Ces petits moments d'une joie franche et ])\u'e leur faisaient oublier bien des mauvais jours, et nous procuraient, à nous, un bonheur qu'un prêtre missionnaire seul peut comprendre.

La communion générale eut lieu, le dimanche, 11 juillet. Quelques-uns s'approchaient de la Sainte Table pour la première fois, et cinquante-deux furent confirmés. Parmi ceux-ci, on comptait plusieurs soldats protestants,

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convertis par le zèle tout militaire et la bonne eoiulviite de leurs eompagnons d'armes.

En ce jour béni, Trineonialie admira un spectacle qu'elle n'avait jamais contemplé. Ces rudes guerriers recevaient le pain des Anges avec une émotion qui se trahissait sur leurs traits, et se communiquait à l'assistance.

Dans la soirée, après la récitation du chapelet et un sermon sur les promesses baptismales, les soldats se formèrent sur deux lignes. A la tête de la colonne, trois d'entre eux. avec, l'un, le signe sacré de notre salut, et. les autns. des flambeaux allumés. On s'avança, au pas militaire, lent et solennel, faisant résonner le pavé de l'église. jNIgr Séméria, entovu'é du clergé et en cappa magna, fermait la marche.

Où allait-on ainsi, en ordre de bataille ? A la grande croix de Mission, plantée le 27 jiiin. Deux semaines auparavant, indigènes et irlandais, unis dans le niême sentiment de fraternité chrétienne, l'avaient simultanément portée sur leurs robustes é])aules.

C'était le tour des soldats, maintenant, de renouveler à ses pieds leur serment de fidélité à Jésus crucifié. Ils le firent d'une voix entrecoupée par l'émotion, après un acte de consécration vibrante au divin Rédempteur. On rentra ensuite dans le même ordre, pour inaugurer la Société de Tempérance, sous la protection du Cœur Immaculé de Marie.

Tous, agenouillés devant l'évêque, prirent l'engagement du pledge, et reçurent, avec un empressement incomparable, outre une image commémorative de ce beau jour, des objets de piété, tels que croix, médailles, Agnus Dei, etc.

Pour clore cette inoubliable cérémonie, Mgr Séméria, avant la bénédiction du Saint Sacrement, leur adressa quelques paroles, empreintes de cette délicatesse et de cette bonté qui le caractérisaient, et le faisaient aimer de tous. Il leur jiarla de sa sympathie pour l'Irlande et pour ses généreux enfants, les exhortant à se rendre toujours dignes, par leur conduite irréprochable, de ce beau titre d'Irlandais eatholi(iues. E termina en disant qu'il allait les bénir, eux. leurs pères, leurs mères, leurs sœurs, leurs villages, leurs maisons et leur chère Irlande tout entière.

Si paternelle dans le fond et l'expression, cette allocution remua les fibres les plus intimes. Plusieurs difficilement retenaient leurs larmes ; mais on voyait, en même temps, se peindre, sur leurs mâles visages, ce bonheur calme qu'une grande grâce produit toujours dans les âmes bien disposées.

Les prisons elles-mêmes eurent leur mission spéciale, pour laquelle les autorités, émues des merveilles accomplies au dehors, accordèrent toutes les facilités désirables.

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Au milieu de ces pauvres captifs, les fervents Oblats passèrent aussi de douces heures. Quelle joie pour eux de verser un peu de baume sur ces cœurs flétris ! de les relever à leurs propres yeux ! de leur montrer un rayon d'espérance ! de leur ouvrir le ciel, à eux que le monde rejette !

— Lorsque nous eûmes confessé nos pénitents, raconte encore le P. Bonjean, et que nous les vîmes nous entourer avec tous les témoiornages de la joie et de la reconnaissance la plus \'ive, nous n'aurions pas échangé notre bonheur pour un royaume. Mgr Séméria les communia lui-même, et confirma ceux qui ne l'étaient pas encore. Que n'avons-nous pu faire participer aux mêmes consolations saintes les autres prisonniers qui n'étaient pas chrétiens !... Néanmoins, dans notre désir de donner à tous quelques marques de sjmipathie, nous profitâmes de la liberté qui nous fut octroyée, de les réunir et de leur adresser quelques mots. Païens, bouddhistes et autres, sauf les musulmans, se montrèrent très sensibles à cette preuve d'intérêt. Puissent ces germes de conversion s'épanouir dans ces pau\Tes âmes !

Batticaloa fut le tliéâtre des mêmes merveilles de la grâce. Dans cette population régénérée aussi, plus de mille personnes communièrent, et trois cents reçurent la confirmation. De ce centre, on se rendit dans les localités qui en dépendaient, dans un rayon de soixante à quatre-Aingts kilomètres.

A Jaffna, la cérémonie de la Promulgation de la Loi, particulièrement solennelle, inspira aux assistants les plus saines et courageuses résolutions. Un tressaillement indéfinissable parcourait tous les rangs comme un courant électrique. L'enthousiasme fit explosion, lorsque des tonnerres de voix humaines réjjondirent, plusieurs fois. ])în- )in < oui » formidable et prolongé, au prédicateur demandant si Ton voulait, enfin, renoncer complètement aux superstitions et à tout ce que défend chacun des commandements de Dieu.

On compta deux mille communiants, admirablement disposés.

Dans sept ou huit centres de ce district, le bien opéré fut incalculable.

L'année suivante, à l'issue d'une retraite de quelques jours, il y eut, dans la seule ville épiscopale, quatorze cents communiants : résultat consolant montrant que les fruits de la mission se maintenaient.

Cliilaw, chrétienté de deux mille âmes, devint également l'objet des bénédictions divines les ])]us signalées.

Partout l'amélioration était sensible, et 1( l)ieii dura, grâce aux confréries établies, soit ])our les honuues, soit pour les femmes, afin

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d'assurer kur ptrscvcrauce. Ces pieuses associations, ineoiuuies jusqu'alors dans le j^ays, produisirent les plus grands fruits : extirpation de l'ivrognerie, réforme des mœurs, sanctification plus exacte des dimanches et des fêtes, fréquentation assidue des sacrements.

De cette amélioration des chrétiens, les païens eux-mêmes éprouvèrent la salutaire influence. Le spectacle des missions les impressionnait vivement. A leur occasion, plusieurs milliers se convertirent.

Beaucoup de protestants aussi y trouvèrent la lumière qui leur indiqua la véritable église du Christ.

Fir^

Ceylan. — Le lac de Kandy.

§ 3 Dans le sud de l'île.

A la demande expresse de la Propagande, les Oblats vinrent, dès le mois de juillet 1851, travailler dans le vicariat de Colombo.

Ils évangélisèrent successivement Galle, Négombo, Kandy, Sina- Corle, Morotoo, etc., etc. Leurs succès y furent non moins remarquables. On nota surtout le grand nombre de païens, qui. sur leurs exhortations, renoncèrent à leurs erreurs. En quelques années, plusieurs milliers reçurent le baptême.

Sans doute, il y avait, là aussi, bien des obstacles et des épreuves.

Où n'en rcncontre-t-on pas, quand on cherche à combattre les passions mauvaises ? Dans ces provinces méridionales, cependant, l'apostolat était, sous certains rapports, moins difficile que dans le vicariat de Jaffna, les Sinfrhalais qui les habitaient étant, en général, plus souples de caractère, plus polis, plus respectueux, plus dociles, et, par conséquent, plus aptes que les Tamouls à être formés à la piété et aux vertus chrétiennes.

En otitre, les voies de communication, plus multipliées et mieux cntretemies. facilitaient aux Missionnaires la visite des diverses localités.

A Kandy. les Pères accomplirent dans ks ])risons un bien considérable, quoique, dès le principe, l'entrée leur en fût interdite par le sectarisme de quelques employés et la rivalité des ministres hérétiques. Il leur fallut trois ou quatre mois de démarches auprès des autorités, pour obtenir la permission d'en franchir le seuil.

Dès leur première apparition à rinfirmerie, tous les malades, curieux de voir des prêtres catholiques et de juger coiument ils parlaient leur langue, les entourèrent avec empressement. Parmi eux se trouvaient des protestants, qui, d'un air narquois, leur proposèrent des objections appuyées sur des textes bibliques. Promptement et victorieusement les Pères les résolurent, au moyen de la Bible même que les opposants tenaient en main. Si ceux-ci ne voulurent point, par orgueil, reconnaître leur défaite, les assistants, plus impartiaux, conçurent de l'estime et du respect pour les Missionnaires.

Touchés par la grâce, plusieurs les écoutèrent avec une sympathie croissante, et finirent ]iar demander le baptême. Le P. Pulicani n'omit rien, pour rendre plus solennelle cette cérémonie qu'il accomplit publiquement, en présence de la plus grande partie des prisonniers et des ministres venus pour leur prêche. Devant son auditoire bigarré, il expliqua le symbolisme des rites du baptême, et en prit occasion pour glisser quelques bons a\'is à l'adresse de tous. Ce fut un triomphe.

Les cachots les plus obscurs renfermaient douze bouddhistes condamnés à mort, et trois à la déportation perpétuelle. A partir de ce moment, les Pères les visitèrent quotidiennement, et réussirent à les eon^■ertir tous, malgré les efforts des ministres anabaptistes pour les affilier à leur secte.

Très consolés par la ferveur de ces êtres autrefois si coupables, les Pères furent leurs Anges gardiens jusqu'à leur dernier soupir.

— Jamais, écrivait le P. Duffo. le 30 novembre 1859. ji- n"ai vu l'effet des sacrements se manifester d'une manière aussi frappante. Nous contemplions avec admiration ce miracle de la grâce, et nous répétions sans cesse le mot de saint Paul : Ubi ahundavit delictum, superabundavit gratia ! Les cellules des 'condamnés étaient devemies des oratoires, où,

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jour et nuit, retentissaient de pieux cantiques, ou d'ardentes ]:)rièrcs. Pour nous, elles étaient des palais de délices, où nous respirions le i)arfuni del'innocence reconquise. Là régnaient le calme et la sainte joieduSeijrneiu-. Que les heures y passaient rapides ! Ces visages, empreints naguère- delà flétrissure du crime, rayonnaient de félicité, et s'épanouissaient dun doux sourire, à notre approche. Un seul regard de leurs yeux nous disait. plus que mille paroles, amour, reconnaissance et confiance sans bornes. Ce que j'exprime n'est (pTuiie très faible image des merveilles dont nous a\ons été les témoins. Un jour, deux riches rentiers de nos amis, venus à Kandy pour affaires d'argent, voulurent nous accompagner aux ])risons.

Ceylan. — Une route sous un tronc de banyan, appuyé sur plusieurs de ses branches qui ont pris racine, et lui servent d'étais.

Ils ne pouvaient pas réprimer leur saisissement, en découvrant tant de paix et de bonheur, parmi des gens réprouvés par la justice hmnaine. et si proches de leur dernière heure !...

A l'instant suprême, après une nouvelle absolution et l'indulgence plénière in cniicido moHis. les condamnés acceptèrent, sans faiblesse ni forfanterie, la mort en expiation de leurs fautes, et prononcèrent quelques paroles, pour exhorter le public à profiter de la triste leçon que donnait leur fin ignominieuse sur le gibet.

— Mais, affirmèrent-ils, en terminant, nous espérons entrer au ciel, car maintenant nous sommes chrétiens !

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■ — Impossible de mourir dans de meilleurs sentiments, disait le P. Pulieani. Ils ont dû s'envoler directement au ciel.

— Émules du bon larron, disait un autre, ils n'ont pas oublié complètement leur ancien métier... Heureux voleurs de paradis !...

Après cette victoire de la miséricorde divine, l'apostolat des Pères continua dans les prisons de Kandy. Ils y con^•ertirent et baptisèrent de nombreux bouddhistes et protestants. Pleins de respect pour eux, les captifs ne prêtaient plus aucune attention aux discours des ministres anabaptistes et autres.

§ 4 Les écoles et la presse.

Pour assurer l'avenir de la religion dans l'île, il fallait, de toute nécessité, procurer aux enfants des deux sexes une éducation solidement chrétienne.

Malgré la modicité de leurs ressources, et la difficulté de trouver des maîtres \Taiment catholiques, les Oblats se mirent courageusement à l'oeuvre.

Un des principaux obstacles était rindifférence manifestée longtemps par les parents. Avant les conversions nombreuses provoquées par la prédication des missions régulières, ils n'avaient eu aucun scrupule d'envoyer leurs enfants aux écoles protestantes, qui avaient l'appât de la gratuité, et dans lesquelles, avec quelqvies éléments des sciences, les élèves puisaient le venin de l'hérésie.

Afin de secouer cette apathie cou})able. 3Igr Scméria publia une Lettre pastorale en anglais et en tamoul, sur l'obligation pour les parents d'éloigner, coûte que coûte, leurs enfants de ces chaires de pestilence. Le P. Bonjean traita la même question, dans iiiic série de brochures en anglais, écrites d'un style alerte. Elles eurent un immense retentissement et rendirent le Gouvernement ])lus favorable aux revendications catholiques.

Le récit de ces luttes aux conséquences si vastes a]}])artient à la période suivante. Il nous suffira ici d'en indiquer simplement le consolant succès.

Grâce à cette campagne menée vigoureusement et avec persévérance, il y a, aujourd'hui, à Ceylan, outre des asiles et des orphelinats, plus de six cents écoles catholiques fréquentées par plus de cinquante mille élèves.

Ce résultat si important fut couronné par la création de deux magnifiques collèges : eehii de Saint-Patrick, à Jaffna. et celui de Saint-Joseph.

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à Colombo. Sous la direction de nos Pères, dix-huit cents jeunes gens des meilleures familles y reçoivent une éducation soignée, très appréciée en haut lieu. Elle leur permet d'occuper, dans le monde, des situations où kiu" influence est prépondérante, et dont le catholicisme bénéficie.

Les Pères ont complété cet ensemble par la fondation de plusieurs imprimeries qui publient, outre des journaux, une foule de tracts, livres et brochures d'apologétique, de piété et de sciences, en langues singhalaise, tamoule, anglaise et française. Ils se servent ainsi, pour le bien, des moyens d'apostolat les plus puissants que fournit la civilisation moderne.

Collège Saint- Joseph, dirigé par les Oblats.

De l'avis de tous, le diocèse de Jaffna et l'archidiocèse de Colombo, entièrement aux mains des Oblats, sont actuellement, ])ar les œuvres établies, par le nombre des conversions opérées et par le chiffre des fidèles pratiquants et éclairés, parmi les plus prospères de l'Orient.

Même des auteurs non catholiques ont loué, sans réserve, le zèle infatigable des nôtres, et admiré leur dévouement qui s'exerce efficacement jusque dans les districts les plus reculés.

— Durant mes voyages à travers la jungle, écrit l'un d'eux, je n'ai jamais aperçu un pasteur protestant, tandis que, dans les lieux les plus sauvages, j'ai souvent rencontré l'humble habitation surmontée de la

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croix, témoignage touchant de la j^ersévérance du prêtre catholique. Si les conversions au protestantisme sont si rares, alors que celles au catholicisme sont si nuiltipliées, c'est à cause de la supériorité que le Missionnaire romain puise dans l'abnégation dont il fait profession, et qu'il pratique constamment (1).

De son côté, un organe protestant, le Ceylon Patriot, écrivait

naguère

— Depuis l'arrivée des Oblats, les choses ont totalement changé, Les catholiques sont maintenant à la tête du mouvement social, moral et intellectuel.

(l)Saimicl W .T\i\keT, Eight years' iviniflerinsx i» Ceylon. in-S», Londres, 1885, p. ;521.

Ceylan. — Coin de jardin.

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