CHAPITRE XI
Ottawa. — Juniorat et église du Sacré-Cœur
§ 1 Les débuts.
Comme toutes les œuvres voulues de Dieu, le juniorat de la province du Canada eut d'humbles commencements.
Greffe d'abord sur le noviciat, il fut, de 1871 à 1876, logé dans une partie de la maison de Not^e-Dame des Anges, à Lachine ; puis, transféré à notre collège d'Ottawa, notablement agrandi. Il y occupa le quatrième étage de ce qui fut ensuite l'aile centrale de l'Université. Les junioristes avaient, là, leur oratoire, leurs salles d'étude et de récréation et leur dortoir. Sur le même palier était la chambre de leur directeur. Ils suivaient les mêmes cours que les autres élèves du collège, mais ne voyaient ceux-ci que durant les classes et à la chapelle, séparés d'eux pour tout le reste. Cet état de choses persista de 1876 à 1888.
In contact encore trop immédiat avec des adolescents qui ne songeaient qu'à se créer une situation dans le monde, tendait, cependant, à détruire, chez plusieurs junioristes, l'esprit de désintéressement et de dévouement à l'apostolat qui doit les animer, et qui seul peut assurer des garanties sullisantes de persévérance.
Pour ce motif, on bâtit, en 1889, sur les bords du lac Saint-Jean, la maison spacieuse dont nous avons parlé, à la fin du précédent chapitre.
Cet endroit, malgré ses charmes et la tranquillité de sa solitude, était, néanmoins, trop éloigné des voies ordinaires de communication. pour présenter les avantages multiples que doit réunir une maison d'éducation. On résolut donc de laisser le juniorat dans la capitale du Canada, et on l'installa provisoirement, le 3 septembre 1891, dans un immeuble que possédait la Congrégation, à quelques pas du collège, devenu Université, et dont les junioristes continueraient, mais comme externes, à suivre les cours.
La nouvelle bâtisse.
A partir de ce moment, le succès dépassa les espérances, et le nombre des junioristes ne cessa d'augmenter. Il fallut donc songer, sans plus de retard, à construire pour eux une maison spéciale, grande et adaptée à leur genre de vie.
Solennellement la première pierre en fut posée, le 2 novembre 1893. Quinze mois suffirent pour achever cette bâtisse, élégante, commode,
Ottawa. — Juniorat.
remarquable par son architecture, et dominée par une croix monumentale, au sommet d'une sorte de tourelle, au-dessus de l'entrée principale. L'ampleur du local et ses divisions parfaitement comprises. permettent d'y recevoir aisément plus d'une centaine d'élèves. Chapelle, salles d'étude et de récréation, réfectoire, dortoirs, tout, en un mot, est large, bien éclairé, bien aéré et bien chauffé, ce qui est indispensable
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pour les rudes hivers de la région. L'ensemble est disposé de manière à favoriser, en même temps, la piété, les travaux intellectuels et le développement des forces physiques.
La fréquentation par les junioristes des cours de l'Université d'Ottawa, dirigée par nos Pères, fournit aux futurs apôtres les moyens de faire des études très sérieuses et variées. En plus des langues anciennes, ils approfondissent les langues modernes, dans lesquelles ils auront à exercer le saint ministère, surtout le français et l'anglais. Ils acquièrent aussi des connaissances étendues en histoire, en sciences naturelles et en mathématiques.
Pour leur éviter l'influence, parfois néfaste, d'un séjour trop prolongé dans le monde, on ne les envoie que rarement passer quelques semaines dans leur pays natal. Mais, afin de leur procurer le repos intellectuel, les distractions utiles et la vie au grand air, dont les jeunes gens ont besoin après la demi-réclusion, parfois pénible, et l'observance du règlement, quelque peu monotone, de l'année scolaire, on leur a ménagé une agréable villégiature pour le temps des vacances. C'est une maison de campagne, située à une distance de trente à quarante kilomètres d'Ottawa, dans une charmante position, sur le penchant d'une colline, près d'un gracieux lac aux eaux transparentes et poissonneuses. Difficilement les amateurs de la belle nature trouveraient un endroit plus attrayant. Aussi junioristes et professeurs s'y plaisent-ils beaucoup. Les promenades en canot et la pêche forment un de leurs délassements favoris.
Eglise du Sacré-Cœur.
Au juniorat résident le curé et les vicaires de la grande et coquette église paroissiale du Sacré-Cœur, dont le soin est confié aux Oblats. En diverses circonstances, les Pères professeurs de l'LIniversité prêtent leur concours pour les prédications. En outre, les dimanches et fêtes, les junioristes, par leurs chants et les cérémonies liturgiques qu'ils exécutent avec grâce, contribuent à l'éclat des offices. L'assistance des fidèles en est plus régulière et empressée.
Dans cette paroisse, l'esprit de la population était plutôt mondain ; mais, par l'effet du zèle éclairé et des pieuses industries des Oblats, les progrès du sentiment religieux s'accentuèrent, chaque année. Les familles, dont beaucoup appartiennent à la classe dirigeante, y sont maintenant franchement chrétiennes.