‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 3)Chapitre 24 sur 65 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Albany

§ 1 Sur les côtes de la baie d'Tludson.

Pressés par la soif du salut des âmes les plus abandonnées, les Oblats, de leur résidence de Témiskamingue, poussaient fréquemment de longues pointes vers le Nord. Mais au prix de quelles souffrances et de (fuels dangers !

En remontant de nombreux rapides, puis en chargeant sur leurs

épaules leur fragile canot, d'écorce, à cause d'interminables et pénibles

portages », ils atteignaient les « hautes terres », ou ligne de faîte séparant

les eaux qui se précipitent dans le bassin de l'Ottawa de celles qui

coulent vers le septentrion.

Parvenus sur ces cimes, ils gagnaient à pied le versant opposé, près d'une des branches de l'Abitibi, et, remettant leur canot à flot, ils se laissaient aller à la dérive, non sans s'exposer à toutes sortes d'aventures tragiques. Ils arrivaient ainsi aux lacs Abitibi, situés à deux cents kilomètres environ au nord de Témiskamingue. Route vraiment difficile et très accidentée, tantôt sous la voûte épaisse des forêts s'étendant à perte de vue, tantôt à travers des savanes et des plateaux fangeux.

Après avoir évangélisé les sauvages de ces endroits, ils reprenaient leur course vers la baie d'Hudson.

S'abandonner au courant eût été chose des plus simples et des plus agréables, si cette rivière n'était une des plus dangereuses de l'Amérique. Impétueuse comme un torrent, elle n'offre qu'une série de rapides, de cascades, de chutes et d'écueils. L'eau, cependant, y est si trouble qu'elle ne permet pas d'apercevoir les arêtes de rocher à quelques centimètres de profondeur. Sur son frêle esquif il faut au nautonier, dans cette descente vertigineuse, de six à sept jours, une prudence extrême. A chaque, instant, sa barque risque de se briser.

A l'embouchure de cette terrible rivière qui se jette dans la baie James, prolongation de la baie d'Hudson, à une lieue de la plage, dans

une petite île, se dresse la Moose Factory, l'un des comptoirs de la Compagnie ayant alors le monopole du commerce des fourrures. La position géographique de ce poste le constitue comme l'entrepôt général de tous ceux qui sont établis dans un rayon de cinq cents kilomètres. Plusieurs navires y chargent, chaque année, les précieuses pelleteries. pour les transporter à Londres.

Là aussi, les messagers de l'Évangile s'arrêtaient pour catéchiser les sauvages, les instruire, les baptiser, les marier et les transformer en bons chrétiens.

Ensuite ils s'élançaient encore plus au nord, désireux de faire de nouvelles conquêtes spirituelles. Ils se rendaient jusqu'au poste d'Albany, situé à plus de deux cents kilomètres, également sur une petite île, à l'embouchure de la rivière du même nom.

Quoique ce voyage s'accomplît en été, la mer était en partie couverte de glaces. Sous cette latitude si élevée, la navigation, en effet, ne s'ouvre qu'à la lin du mois de juin, et ne dure que jusqu'à la mi-septembre. Néanmoins, pendant ce court espace de temps, la mer n'est jamais entièrement libre.

On ne peut progresser qu'avec une vigilante circonspection parmi ces glaçons énormes, vraies montagnes errantes, qui, constamment, menacent d'écraser le navire comme un fétu de paille.

Quand on y pense le moins, survient, tout d'un coup, un courant ou un raz de marée, assez puissant pour empêcher l'action du gouvernail et entraîner irrésistiblement le navire vers ces écueils gigantesques, qui s'approchent de lui et l'entourent, comme s'ils voulaient l'assiéger. Le seul moyen d'échapper à ce danger imminent, est de jeter les ancres sur l'un des plus gros bancs de glace, de s'y iixer solidement, et ensuite d'écarter les autres avec de longs bâtons ferrés.

A l'automne, la mer est déjà gelée complètement, et la couche de glace ne cesse, dès lors, d'augmenter. Elle atteint de dix à douze mètres d'épaisseur, au sud de la baie d'Hudson, et incomparablement plus, à mesure qu'on s'avance vers le nord.

Pour comble d'infortune, là pullulent, en quantité inimaginable, des maringouius. ou moustiques impitoyables, dont la piqûre venimeuse occasionne une douleur cuisante. Il y a aussi d'alfreuses mouches noires, grosses et velues, non moins altérées de carnage.

- Que de fois, écrivait un de ces intrépides Missionnaires, nous avons failli être mangés vifs par ces innombrables tyrans ailés. Us nous obligeaient à guerroyer contre eux, jour et nuit, ce qui ne contribuait pas peu à augmenter nos fatigues. Nous sortions victorieux du combat,

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