NOTHE-DAME DU LAUS
Une preuve incontestable des résultats surprenants de cette mission fut l'engagement pris et signé, le 2 février 1819, par tous les aubergistes, cafetiers et cabaretiers, de s'abstenir, désormais, de servir du gras, les jours maigi-es. Ils promettaient, en même temps, de fermer exactement leurs établissements pendant les offices ; de ne jamais souffrir qu'on proférât, cliez eux, des blasphèmes, ni qu'on y chantât des chansons peu convenables, ou qu'on s'y livrât à des jeux prohibés par la morale. Le document authentique de cette curieuse convention fut déposé au sanctuaire.
Le succès retentissant de ce premier travail attira aux Missionnaires l'estime du peuple et la confiance du clergé.
Peu après, les Pères Tempier, Mie et Maunier évangélisèrent Ghampoléon, à quelques lieues de Gap.
— Ce pays, disait l'un d'eux, est une des plus belles horreurs qu'on puisse rencontrer en arpentant les Alpes.
La paroisse, en effet, est au fond du Champsaur, longue vallée de vingt à vingt-cinq kilomètres, mais peu large ; autrefois très fertile, déboisée depuis, et ravagée par les inondations. Au bas du ravin coule le Drac, qui se jette dans l'Isère, près de Grenoble. Au-dessus, se dressent d'énormes montagnes qui arrêtent brusquement le regard. Pendant la majeure partie de Tannée, le soleil, paresseux, ne s'y montre qu'à neuf heures du matin, et se hâte de disparaître à deux heures de l'après-midi.
Toute la population profita des grâces célestes que les messagers de Dieu lui apportaient.
Les années suivantes devinrent de plus en plus laborieuses.
Le récit de tant de courses apostoliques à travers les Alpes nous entraînerait trop loin. Signalons seulement quelques-unes des missions prèchées toujours avec le même succès : celles d'Ancelle; de Ghabottes; delà Ghapelle, en Valgaudémar ; de Glémence d'Ambel ; de Saint-Jeanles-Grottes, à quatre kilomètres d'Embrun ; de Forcalquier ; de Yillemur ; de Montfuron ; de Barcelonnette ; de Saint-Maurice ; de Saint- Ktienne-en-Dévoluy, la Sibérie des Hautes-Alpes, terre classique du déboisement, dominée par des pics rocailleux de près de trois mille mètres ; du Poët ; de Gap ; d'Entrevaux ; de Gigors ; de la Rochette ; de Saint-Pierre ; de Montclar ; de Veynes ; de Yitrolles, dans le canton de Barcelonnette ; de Romette ; de Saint-Bonnet ; de Molines, dans le canton d'Aiguilles, arrondissement de Briançon ; de Saint-Véran, le village le plus haut de France, à deux mille et quelques mètres d'altitude. Les processions s'y firent malgré une neige épaisse. Les protestants, nombreux dans le pays, venaient assister aux instructions ; beaucoup se convertirent. Partout, riches et pauvres, négociants et
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bourgeois, usuriers même et contrebandiers, se présentaient au confessionnal avec les marques d'une réelle contrition. La plupart ne s'étaient pas confessés depuis plus de vingt et trente ans.
Au Lauzet, chef-lieu de canton, perché à mille mètres sur une sorte d'isthme pierreux, entre un joli petit lac et la rive gauche de rUbaye, affluent de la Durance, la croix de mission fut plantée à la cime d'une montagne très élevée. Les notables s'engagèrent à faire construire au plus tôt, en guise de stations pour ce Calvaire colossal, quatorze oratoires, le long du chemin qui serpente sur la côte et conduit au sommet.
Une des missions les plus importantes fut celle de Tallard, chef-lieu de canton à treize kilomètres de Gap, et assis sur un roc surplombant la Durance. Le P. de Mazenod la dirigea en personne, à la tête de quatre de ses religieux, les Pères Tempier, Deblieu, Suzanne et Touche. Des habitants de Gap, surtout des classes cultivées vinrent, en grand nombre suivre les instructions. Le succès en fut considérable. Les autol'ités constituées donnaient elles-mêmes l'exemple de l'assistance assidue aux exercices : le maire, le juge de paix, le médecin, furent les premiers à se confesser. Dans les familles, et même dans les cafés, cercles et auberges, il n'était question que de la mission. Des cantiques résonnaient en ces endroits de réunions mondaines, où, jusqu'alors, avaient retenti des chansons bien difterentes. L'entraînement fut général. Fait typique : une noce ayant eu lieu en ces jours, les invités renoncèrent aux violons et à la danse pour chanter des cantiques à la place !...
Les demandes de missions se multipliaient de plus en plus. Gomment satisfaire à toutes ? Un curé-doyen, navré d'un refus essuyé, écrivait au supérieur :
— Je conçois aisément de combien de requêtes vous êtes assailli ! C'est votre faute ; mais o felix ciilpa ! Pourquoi êtes-vous si zélé? Pourquoi le succès couronne-t-il toutes vos entreprises ? Et il me faut attendre !... Que Dieu vous accorde patience, force et santé la plus inaltérable. Vous êtes la pierre angulaire d'un édifice dont la stabilité intéresse visiblement la religion !...
L'évêque de Digne et son clergé n'étaient pas les seuls à apprécier le dévouement des Missionnaires. Les la'iques des rangs les plus élevés, les fonctionnaires mêmes du gouvernement, ne ménageaient pas les témoignages de leur admiration.
Le sous-préfet de Barcelonnette, ^L Baudier, écrivait au P. de Mazenod, trois mois après la mission de cette ville :
— Vous ne trouverez pas surprenant que je vous exprime le désir