‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 31 sur 125 · MARSEILLE. MAISON DU CALVAIKE · texte numérisé non relu

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIKE

villes de France se déclarer catholique arec une énergie de sentiment jusque-là sans exemple.

Son attention se dirigeait principalement vers les quartiers échus aux Missionnaires de Provence. Dans le retour de ces multitudes d'hommes aux pratiques religieuses, elle constatait avec satisfaction un gage de tranquillité publique pour le présent et pour l'avenir. Il n'est pas inutile de le remarquer ici, car les dépositaires du pouvoir

Le P. de Mazenod.

n'ont pas'^toujours compris, dans la suite, quel secours immense ils auraient trouvé dans leur entente avec l'Eglise pour l'accomplissement de leur tâche, souvent si difficile. L'Evangile seul peut résoudre la question sociale, et détourner d'une nation ces conflits redoutables qui naissent de la rivalité des classes et de la diversité des intérêts.

A la paroisse Saint-Laurent, prêchaient les Pères de Mazenod, Mie

l44 LA FONDATION

et Maunier; aux Carmes, les Pères Tempier et Deblieu; à Saint-Victor, les Pères Marius Aubert et Moreau.

Plusieurs fois par joiir, le P. de Mazenod prenait la parole, se transportant dans les trois églises, suivant les besoins, et, cela pendant près de deux mois.

— Sur ce vaste champ, nous rapporte un contemporain, son talent oratoire resplendit dans tout son éclat. 11 remua les cœurs. Il fut grand, simple, touchant, pathétique (i).

Ses collaborateurs, animés par son zèle, le secondaient valeureusement, et contribuèrent aussi pour une large part à ce merveilleux succès qui, de très bonne heure, couronna leurs elTorts.

— Nos confrères de Paris ont fait du bien, remarquait le P. Tempier ; mais la langue provençale a été l'objet d'une bénédiction particulière. Nos églises étaient déjà en combustion, et nous ne pouvions pas suffire aux confessions dès la première huitaine ; tandis que, dans les autres, on a été contraint d'attendre trois semaines et même un mois, avant de confesser... comme on doit confesser en mission.

Si, d'ordinaire, les cérémonies sont émouvantes, elles le furent, à Marseille, plus que n'importe où.

— Celui qui n'a pas vu l'élan universel de toute la population de cette immense cité, nous raconte l'un des témoins de ces scènes inoubliables ; celui qui ne l'a pas suivie dans la marche triomphale où elle emportait, sur le bras de ses enfants, le symbole sacré de sa foi ; celui qui n'a pas entendu les chants indescriptibles et majestueux de ces masses, et qui n'y a pas mêlé les siens, celui-là n'a pas connu le plus beau spectacle accordé à l'homme ici-bas (2).

La consécration à la Très Sainte Vierge fut une de ces solennités dont les assistants conservèrent le souvenir impérissable jusqu'à leur dernier soupir. Toutes les paroisses se rendirent ensemble vers la montagne qui domine la ville, et sur laquelle se dressait le sanctuaire, si petit, alors, de Notre-Dame de la Garde. Cette foule si nombreuse n'ayant pu y entrer, s'échelonna sur les flancs de la colline pour écouter le discours d'un des prédicateurs à la voix puissante. Les membres du clergé montèrent ensuite sur la terrasse la plus élevée du fort qui entourait l'antique chapelle. De cette plate-forme fut donnée la bénédiction du Saint Sacrement.

Résumant ses impressions, le P. de Mazenod écrivait, le 2 février ,^ au P. Suzanne :

(i) Tavernier, Quelques souvenirs sur Mgr Cli.-Eugêne de Mazenod, p. 85. (2) Tavernier, op. cit., p. 85.

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIRE l45

— Il m'a semblé voir des yeux du corps Notre-Seigneur Jésus- Christ, quand, du sommet de la citadelle, nous l'avons présenté à l'adoration de cinquante mille personnes prosternées sur les pentes de la colline... Jamais coup d'œil plus magnifique ! Rarement j'ai ressenti de plus douces émotions !... Le Soleil de Justice éclipsait l'astre du jour !...

La clôture et la plantation de la croix furent d'un grandiose indescriptible.

Plus de quarante mille personnes des deux sexes composaient la procession. Toutes avaient à la main une oriflamme et ostensiblement un crucifix attaché à la boutonnière ou suspendu à la poitrine par un ruban. La couleur des rubans et des oriflammes variait, selon les paroisses. Le cortège partit de la plaine Saint-Michel et parcourut les principales rues, en chantant des cantiques, au milieu dune multitude innombrable accourue des divers points de la Provence.

Procession immense, triomphale, extraordinaire ! et, comme le dit un historien, « telle qu'on n'en avait jamais vu sous le soleil de Marseille » (i).

L'archevêque d'Aix, Mgr de Bausset-Roquefort, présidait, ayant à ses côtés les deux supéiùcurs des Missionnaires : le P. de Mazenod et l'abbé de Forbin-Janson. Toutes les autorités civiles et militaires, en grande tenue, venaient ensuite, avec les magistrats et les hauts fonctionnaires.

Outre ces quarante mille personnes, trois milliers de volontaires s'étaient fait inscrire pour porter la croix étendue sur un riche brancard superbement décoré. On les avait divisés en compagnies de cent vingt hommes, désignées pour se succéder tour à tour. Deux bataillons de la garde nationale et de l'infanterie, disposés sur une double ligne, lui constituaient une escorte permanente.

Après la rue d'Aix, le cours Belsunce et la Cannebière, on arriva au port. Là, un régiment de marins, parmi lesquels plus de cent capitaines au long cours, entoura la croix, et l'embarqua sur un très vaste radeau, où prirent place l'archevêque, les prêtres et les autorités.

Spectacle saisissant. Sur le quai du Sud, dit aujourd'hui de la Rive Neuve, s'étaient massés les nombreux marins que le radeau, malgré ses dimensions considérables, n'avait pu recevoir. Sur le quai du Nord, ou quai de la Loge, se déroulait, en rangs serrés, la procession qui débordait au fond, par delà le quai de La Fraternité. Au milieu de ces deux foules séparées par le large bassin du port, le radeau portant

(i) Aug. Fabre, Les Rues de Marseille, 4 in-8o, Marseille, 1867-1869, t. II, p. 74.

l46 LA FONDATION

la croix s'avançait majestueusement sur les flots, entre les navires magnifiquement pavoises. Les équipages, groupés sur les ponts des bateaux, ou perchés sur les vergues jusqu'à la cime des mâts, saluaient par des hurrahs retentissants le signe auguste de la Rédemption qui passait devant eux.

Au-dessus des acclamations, des chants, de la musique et des roulements de tambours, le fort Saint- Jean et celui de" Saint-Nicolas lançaient le grondement sourd de leur artilleine.

L'émotion était intense, et, sous ce ciel de lumière et d'azur, le spectacle ravissant (i).

Cent mille cœurs vibraient à l'unisson. De bien des yeux coulaient de douces larmes.

Au quai de la Loge, en face de l'Hôtel de Ville, la croix fut débarquée. Là. une estrade était préparée, et le P. de Mazenod y monta.

A lui incombait la charge de parler devant cet auditoire.

De toute sa taille, il dominait ces vagues humaines se pressant à ses pieds.

Le silence se fît comme par enchantement. L'attitude de la foule et le mouvement des physionomies montrèrent que, dès les premiers mots, l'orateur avait captivé l'attention. Sa vive foi lui inspira des accents d'une irrésistible éloquence, exprimant de la façon la plus simple, mais aussi la plus noble et la plus pénétrante, les enseignements qui se dégageaient de cette incomparable manifestation des sentiments religieux de tout un peuple.

— Durant ces semaines de bénédiction, dit-il, les grâces de régénération ont coulé abondantes, et le pardon est descendu sur des milliers de fronts repentants. La cérémonie de ce jour est la continuation du triomphe du Sauveur, à travers les siècles. Que vers le Christ Rédempteur s'élève l'hymne de la reconnaissance et de l'amour. C'est à Lui qu'on doit jurer fidélité.

Pendant que le P. de Mazenod, développant ces pensées, glorifiait magistralement les miséincordes divines, tous les yeux étaient fixés sur lui, et le silence le plus absolu, imposé par l'admiration et le respect, régnait sur l'innombrable assemblée. Toutes les poitrines, nous raconte un témoin, étaient haletantes et semblaient s'eflbrcer de retenir leur souffle.

Mais, à peine l'orateur eut-il fini, que lenthousiasme éclata.

De tous côtés, on criait :

— Vive Jésus ! vive sa croix !

(i) Cf. Augustin Fabre, Les Rues de Marseille, t. II, p. 77 sq.

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIRE l^J

Puis, après cette première explosion du sentiment universel, la puissante voix de la foule reprit :

— Vivent les Missionnaires ! Vive le P. de Mazenod !

Ces dernières acclamations, non prévues par le cérémonial, n'étaient pas évidemment suivant les rubriques ; mais, à ce moment, aucune force humaine n'aurait pu les empêcher. Il en est des multitudes comme des grandes eaux. Aqiiœ inultœ, populi miilti. Quand elles sont déchaînées, aucun obstacle ne les retient. Souvent, la voix du peuple est la voix même de Dieu, surtout quand elle est inspirée par les pensées de la foi : Vox populi, coa* Dei !

Le vaillant apôtre s'était cependant exprimé en provençal. Nul mieux que lui n'en connaissait les ressources et ne savait en tirer parti, à tel point que, même les moins familiarisés avec cet idiome, n'échappaient pas à l'influence captivante de son éloquence.

Non seulement elle plaisait aux gens du peuple, aux ignorants, aux ouvriers ; mais l'aristocratie la plus raffinée et les lettrés les plus difficiles en subissaient aussi les charmes.

Au soir de ce jour mémorable, le général baron de Damas, commandant la place, et, plus tard, ministre des Affaires étrangères, avouait au comte de Villeneuve-Bargemont, préfet des Bouches-du-Rhône, l'impression extraordinaire qu'il avait éprouvée :

— Je ne sais pas le provençal, et néanmoins jai tout compris. J'ai été empoigné comme jamais je ne le fus, et je sens que ce qui a été dit a été très éloquent.

— Assurément, répondit le préfet, c'était très éloquent. Originaire de la Provence, et littérateur distingué, il ajouta, non

sans une certaine fierté patriotique :

— Notre langue, d'ailleurs, n'est pas un informe patois, comme d'aucuns l'ont prétendu. C'est une langue régulière et parfaite : une belle langue, se prêtant merveilleusement aux eflets de la grande éloquence. Vous venez d'en avoir la preuve !

Pourquoi ne le remarquerions-nous pas? En choisissant le provençal pour lui et ses collaborateurs, le P. de Mazenod fut un devancier de ce mouvement littéraire qui se dessina bientôt après, et s'accentua avec tant d'intensité et de persévérance.

De là, ces créations gracieuses et si touchantes de Roumanille ; de là, cette Mireille, poème sublime de Mistral, atteignant les hauteurs de l'épopée ; de là, pour un idiome que l'on croyait mort, ce vif éclat qui a forcé l'admiration des classes cultivées, en étonnant la France entière et plusieurs autres nations si éprises, pourtant, d'elles-mêmes.

l48 LA FONDATION

Llioinme qui assumera, un jour, la tâche crécrire riiistoiro de la résurrection de la langue provençale, devra, pour n'être pas injuste, commencer par un exposé des prédications de celui qui, le premier au XIX® siècle, et à la face de populeuses cités, en a fait une arme si puissante pour entraîner les masses.

Empruntant un coloris inimitable à cette langue sonore, si expressive, et, selon Pétrarque, sœur aînée et rivale de l'italien, il a peint aux foules palpitantes la beauté surnaturelle de la vertu, les joies austères du sacrifice, les magnificences ravissantes du ciel. Les effets produits attestent qu'il a su donner à cette langue l'ampleur de la véritable éloquence.

D'autres l'ont employée à bercer leurs contemporains par d'agréables fictions, à les surprendre par des traits nouveaux, à les fasciner presque par la douceur de leurs chants ; lui s'en est servi, du haut de la chaire chrétienne, pour revendiquer avec une indomptable énergie les droits souverains de Dieu, et rappeler aux âmes égarées les lois impérieuses de la conscience.

Dans l'ordre de l'utilité et de la grandeur morale, non moins que dans l'ordre des temps, il est digne de marcher à la tête de ces esprits qui, divers par leurs aptitudes et illustres parleurs travaux, ont honoré le sol natal par leurs talents, et l'ont glorifié par leurs œuvres, mais qui, tous, furent surpassés par l'étendue de son ministère et la sainteté de son apostolat (i).

Le président de Mazenod, revenu de l'exil, vers la fin de 1818, s'était fixé à Marseille, où il habitait avec son frère, le contre-amiral. Quoique plein de santé en apparence, il n'avait plus que quelques mois à vivre. Avant de l'appeler à Lui, Dieu lui réservait la joie, si consolante pour un père, d'assister ici-bas au triomphe de son fils.

Quand les acclamations eurent cessé, la procession se remit en marche, en s'avançant le long du quai de la Loge, dans la direction du fort Saint-Jean. Elle contourna l'église Saint-Laurent, alla jusqu'à la cathédrale, et gravit la pente rude des Accoules.

Cette colline, située au centre de la vieille ville, avait son histoire. Deux mille ans auparavant, elle était la roche tarpéienne de l'antique Massilia, au temps des Phocéens, puis des Romains. Du sommet, le regard embrassait un vaste horizon. Avec le temps, son aspect changea. Peu à peu, ses flancs se couvrirent de constructions de tout genre, séparées par des rues étroites et tortueuses. On y bâtit une petite

(1) Cf. Tavernier, Quelques souvenirs sur Mgr Ch.-Eugène de Mazenod, p. 89.

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIRE l^Q

chapelle ; ensuite, une église, qui, complétée par un cloître, devint, à la fois, paroisse et collégiale. Son Chapitre se composait de huit chanoines. La Révolution renversa l'église, mais ne put entamer le clocher qui résista victorieusement à la pioche des démolisseurs.

De sa plate-forme la plus élevée, Mgr de Belsunce, juste un siècle avant cette mission, en 1720, bénit la ville et le diocèse, suppliant Dieu d'arrêter les traits de sa colère, et d'accorder, aux prières de tout un peuple en larmes, la cessation de la terrible peste, dont les victimes se comptaient par milliers.

Ce lieu était donc vénérable. Aucun autre n'aurait mieux été choisi pour l'érection de la croix de mission, soit à cause de sa situation spéciale, soit à cause des souvenirs qu'il rappelait.

Une quête faite durant la dernière semaine, produisit une soixantaine de mille francs. On s'en servit pour déblayer le site de l'ancienne église des Accoules. Avec des rochers apportés à grands frais, on construisit un monticule figurant le Calvaire. Au-dessous s'étendait la grotte du Saint-Sépulcre. L'abbé de Forbin-Janson qui revenait de Palestine, en inspira le plan. Une grille de fer entourait le tout.

La croix fut plantée. Puis, Mgr de Bausset-Roquefort, imitant l'acte de son prédécesseur, monta, avec quelques prêtres, au sommet du clocher. De là, revêtu de la chape et mitre en tête, d'un geste imposant et majestueux, il donna la bénédiction pontificale à cette immense foule agenouillée sur la place et dans les rues avoisinantes.

La procession avait duré huit heures ; mais nul ne songeait à s'en plaindre. Les cœurs étaient à la joie et au ravissement causés par cette inoubliable cérémonie, clôturant si dignement la plus belle mission donnée en France, depuis le rétablissement du culte catholique (i).

Retourné de Rome où il avait séjourné quelque temps, un ecclésiastique ne se lassait pas de répéter dans son enthousiasme :

— Non ! même dans la Ville éternelle, je n'ai jamais rien vu de si magnifique !

Le mouvement religieux créé par cette mission mémorable fut si intense que les chefs de la cité voulurent que le souvenir en fût conservé aux générations futures par les procès-verbaux officiels de la Mairie (2).

(i) Cf. Augustin Fabre, Les Rues de Marseille, t. II, p. 78.

(2) Archives de la Ville de Marseille. Nouvelle série. Séances du Conseil municii^al du 26 janvier et du 4 février 1820. Registre XYII, p. 23, 44-

l5o LA FONDATION

Vondation de la Maison du Calvaire, 6 mai 1821 .

Longtemps les fruits de la mission se maintinrent. Plusieurs mois après, il semblait qu'elle durait encore, tant l'impulsion avait été forte. Les églises autrefois presque désertes, ne désemplissaient plus.

Les pèlerinages vers le Calvaire se multipliaient aussi. Individus et associations y affluaient, des parties les plus éloignées de la ville. Dans la grotte du Saint-Sépulcre, transformée en chapelle, il fallait, pour satisfaire à la piété des fidèles, célébrer plusieurs messes chaque jour.

Ce sanctuaire réclamait des chapelains. Un certain nombre de curés de Marseille ne tardèrent pas à exprimer le désir de voir les Missionnaires de Provence s'y fixer. Dans leurs paroisses dominait encore presque exclusivement l'usage du provençal. Ils auraient éprouvé une grande consolation, si ceux qui avaient évangélisé leurs ouailles en cette langue, fussent restés pour continuer l'œuvre si heureusement commencée.

Ils s'adressèrent donc au P. de Mazenod. Cet appel à son zèle, au nom des âmes les plus abandonnées, ne pouvait pas le laisser indilTérent. Il hésitait, néanmoins, par un sentiment de délicatesse à l'égard des Missionnaires de France, qui, de leur côté, avaient manifesté l'intention de s'établir à Marseille.

S'inspirant des pensées de la foi qui réglaient invariablement sa conduite, il s'en remit, comme émanant du Ciel, à la décision de l'archevêque d'Aix, Ordinaire du lieu, et il écrivit à M. Rauzan, supérieur général des Missionnaires de France :

— Nous travaillons les uns et les autres pour la gloire de Dieu. Que Dieu soit glorifié, voilà tout ce que je désire. Que ce soit par notre ministère, ou par le vôtre, peu importe. Je me réjouirai toujours du bien que vous ferez, et de tout le bien qui vous arrivera... C'est à celui qui représente le Père de famille à déterminer la portion de la vigne à tel ou tel... Je ne cesserai jamais de vous être dévoué, et d'attacher le plus grand prix à l'amitié que vous m'avez accordée...

Cela fait, il partit avec quelques-uns de ses confrères, pour prêcher la mission de Brignoles, dans le Yar.

Pendant son absence, l'archevêque d'Aix, afin de se former une opinion sur l'état des esprits, consulta officiellement les curés de Marseille. Ceux-ci furent d'avis que les Missionnaires de Provence, connaissant la langue de la contrée, étaient plus à même d'être utiles à l'ensemble de la population.

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIRE l5l

En conséquence, le 5 mai 1821, dans la matinée, le P. de Mazenod, à peine de retour, reçut la visite de M. labbé Guigou, vicaire général, venant, au nom de l'archevêque, l'engager à se rendre immédiatement à Marseille, afin de prendre possession de l'oratoire du Calvaire.

Très étonné, le P. de Mazenod tardait à accepter, car, à certains indices, il avait cru comprendre que l'archevêque était disposé à confier ce sanctuaire aux Missionnaires de France. Pour vaincre ses hésitations, le vicaire général l'entraîna à l'archevêché avec le P. Suzanne.

De vive voix, Mgr de Bausset-Roquefort renouvela sa proposition. Les mêmes motifs de délicatesse lui furent opposés.

— Non, non ! répondit le prélat. C'est ma décision irrévocable après mûre réflexion. Je ne veux pas qu'il y ait d'autres Missionnaires au Calvaire que ceux qui se sont constamment sacrifiés pour mon diocèse.

Voyant son interlocuteur toujours perplexe, il se dirigea vers le P. Suzanne, et, serrant ses mains dans les siennes, il lui dit :

— Aidez-moi, cher ami ! joignez vos prières aux miennes, et suppliez votre Supérieur d'aller, sans plus tarder, prendre possession du Calvaire.

Vaincu par de si vives instances, le P. de Mazenod inclina la tête.

— Puisque vous le voulez ainsi, Monseigneur, j'obéirai.

— Enfin ! vous consentez ! Il était temps !... Et, en l'embrassant, l'archevêque ajouta :

— Préparez- vous, et partez aujourd'hui même. M. Guigou vous donnera une lettre pour M. Vigne, mon vicaire général de Marseille.

Les curés de cette ville, les chanoines, les confréries de pénitents accompagnèrent processionnellement les Missionnaires au Calvaire, au milieu d'un concours immense de personnes de toutes conditions. La foule couvrait la place et les rues adjacentes. A chaque fenêtre, des groupes nombreux ; des gens jusque sur les toits des maisons. C'était une fête générale. Tous manifestaient hautement leur allégresse.

Du pied de la croix, le Supérieur parla à cette multitude avide de l'entendre. Sa voix arrivait, nette et distincte, jusqu'aux derniers rangs de l'assemblée. Il rappela les scènes inoubliables de la mission et l'ébranlement universel qu'elle avait excité. Ses collaborateurs et lui retournaient pour continuer cette œuvre de régénération, soutenir les justes, relever ceux qui auraient failli, apporter aux uns et aux autres le dévouement de leur ministère.

Dans sa péroraison, il se tourna vers le clergé, assurant que la cérémonie de ce jour était un pacte d'alliance entre les Missionnaires

et les prêtres des diverses paroisses, pour la glorification de Dieu et le salut des âmes qui leur étaient confiées.

Ce discours, plein de tact et d'à-propos, plut à tous les auditeurs. Le contentement se lisait sur leurs visages. Leurs vœux étaient accomplis.

De ce jour, les Pères célébrèrent la messe dans la chapelle du Saint- Sépulcre. L'assistance croissait sans cesse. On dut songer à préserver les fidèles des intempéries des saisons, durant les sermons, le Saint Sacrifice et l'exercice du Via Criicis qui avait lieu tous les vendredis.

En attendant qu'il fût possible de construire une église assez vaste, on résolut d'ajouter une annexe provisoire en planches, sur une longueur de vingt à trente mètres. Les Missionnaires y fondèrent toutes les œuvres déjà si prospères dans la chapelle d'Aix : confréries pour les hommes, congrégations pour les femmes, prédications multipliées, retraites, octaves, neuvaines, prières du matin et du soir en commun, etc.

D'abord, ils habitèrent chez le contre-amiral de Mazenod qui leur offrit généreusement l'hospitalité. Puis, ils se logèrent dans l'hôtel de la famille Riquetti de Mirabeau, occupé, alors, par l'orphelinat de la Providence, dont on leur donna la direction. Enfin, le cloître des Accoules étant mis en vente, au mois de mai 1822, ils l'achetèrent.

Ces murs tombaient en ruines. On devrait les détruire pour bâtir une maison répondant aux exigences d'une communauté. En somme, on n'avait que l'emplacement ; mais c'était déjà quelque chose.

Puisque l'occasion s'en présente, et que l'établissement du Calvaire eut, dans la suite, une si grande Importance pour la Congrégation des Oblats, disons un mot du nom singulier de cette partie de la ville sur laquelle il fut élevé.

Dans les vieux cartulaires du xi" siècle, principalement dans les archives du monastère de Saint-Sauveur, l'église des Accoules, qui existait depuis longtemps déjà comme paroisse, est appelée en langue vulgaire Nostra Donna de las Accoas, et, en latin, Ecclesia Sanctœ Mariœ de Acciiis, ou encore de Arciiis, sans que les archélogues et les érudits aient jamais pu alléguer une raison absolument convaincante de ce titre bizarre. D'après plusieurs auteurs, ce nom viendrait des arceaux, ou enconles, qui soutenaient l'édifice, et lui étaient comme accolés ; d'où le terme provençal : leis Acconlos (i).

(i) Cf. De lUilli, Histoire de Marseille, 2 in-fol., Marseille, 1696, t. II, p. 49- Casimir Bousquet, Quelques mots sur l'ancienne église des Accoules, in-8^, Marseille, 1854, p. 4 sq. Grosson, Almanach historique de Marseille pour l'année iy~i, p. 64. Augustin Fabre, Les Rues de Marseille, t. II, p. 5 sq. Mistral, Dictionnaire proven-

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIRE l53

Cette église, en ellet, était fort remarquable. Beaucoup plus ancienne que le sanctuaire même de Notre-Dame delà Garde; concédée, en loGo. aux religieuses du monastère de Saint-Sauveur par l'évêque de Marseille, Pons II, et son frère Godefroy, vicomte de la même ville, elle fut magnifiquement reconstruite, au xm' siècle, avec crypte, et devint le meilleur monument gothique de la cité. On y admirait la hardiesse des voûtes et la taille élégante des pierres. Aussi les actes municipaux du xiv- siècle ajoutent-ils souvent à son nom l'épithète de belle : ecclesia famosa. Ce quartier, d'ailleurs, était, alors, la résidence des familles les plus opulentes et les plus aristocratiques (i).

En 1646, Etienne du Puget, évêque de Marseille, érigea dans la paroisse des Accoules la Confrérie de Notre-Seigneur agonisant, afin de secourir, par la prière des fidèles, ceux qui allaient paraître devant Dieu ; elle subsista jusqu'en 1790. Un Calvaire en cet endroit était donc dans les traditions (2).

Le clocher que les vandales modernes n'avaient pu abattre à cause de son extraordinaire solidité, occupait la place d'une tour des âges précédents, appelée la tour de Sauveterre. La grosse cloche qu'on y avait mise, et qui portait le même nom, avait servi, pendant des siècles, à sonner le couvre-feu Ci).

§4 La grande mission d'^ix.

Peu après la mission de Marseille, eut lieu celle d'Aix. Les mêmes prodiges de dévouement et de conversions s'y renouvelèrent.

Les vastes nefs de la métropole où prêchaient les Pères de Mazenod et Deblieu, furent bientôt encombrées. Celle du milieu, réservée aux hommes, étant devenue insuffisante, ils envahirent le chœur.

Ces auditoires si nombreux étaient profondément remués par l'éloquence irrésistible du P. de Mazenod. Sous sa parole pleine d'onction et de force, ils frémissaient. Souvent leurs soupirs et leurs sanglots trahissaient combien vive était leur émotion.

çal-français, 2 in-fol., Avignon-Paris, 1878, t. I, p. 25, 896. La Curne de Sainle- Pélave, Dictionnaire historique de l'ancienne langue française, 10 iQ-4°, Niort, 1S90, t. I, p. 49.

(i) Cf. Arcliives de la Ville de Marseille. Registre des délibérations. Procèsverbaux du 23 décembre i365, du 18 mars i366. De Ruffi, op. cit., t. II, p. 5o, sq. Histoire des évéques de Marseille, t. III, p. i63 sq., 186 sq., 211 sq. Tableau historique de Marseille et de ses dépendances, Lausanne, 1789, p. 3r sq. Calendrier spirituel et perpétuel pour la ville de Marseille avec un état spirituel de tout le diocèse, in-80, Marseille, 1713, p. 19+ sq. Augustin Fabre, op. cit., t. II, p. 8-17.

(2) Cf. Trésor de la dévote Confrérie des Ag07iisants érigée dans l'église de Notre-Dame des Accoules, in-8'\ Marseille, 1786.

(3) Archives de Marseille. Nouvelle série. Délibérations municipales. Registre LI, p. 471-473; Registre LIV, p. 365-368.

l54 I.A FONDATION

— Deux fois par jour, il montait en chaire, nous dit M, Tavernier. Cet elTort se prolongea plus d'un mois pendant le Carême!... Aucune de ses austérités ne fut suspendue, malgré ses travaux excessifs. Le soir, son modeste repas se réduisait à quelques onces de pain et à un fruit cuit dans l'eau. Le lendemain, avant l'aurore, il était sur pied ; le champ était de nouveau labouré, et le héros de cette scène s'élevait sans cesse à nos yeux par le sacrifice qu'il faisait de sa personne et par la majesté de son talent. Il semblait ne pas se douter de la puissance de sa parole et du charme qui la suivait. Des hommes qui, depuis lors, sont devenus illustres, au point de siéger au premier rang dans le monde politique et littéraire, MM. Thiers et Mignet, n'hésitèrent pas, après l'avoir entendu, à le reconnaître pour un grand orateur. Ce jugement, qui confirmait le nôtre, ne sortira jamais de ma mémoire. Je le consigne autant pour l'honneur de celui qu'ils ont jugé, que pour le leur (i).

Citons encore un autre témoin oculaire :

— J'assistai, le second jour de la mission, au sermon du matin, dans la métropole Saint-Sauveur. Si je fus étonné du concours prodigieux de personnes de tout âge et de tout sexe qui s'y trouvaient depuis quatre heures et demie, je le fus bien davantage encore du discours que M. de Mazenod nous donna. Vous ne pouvez, mon cher ami, vous faire une idée de l'éloquence de cet homme de Dieu. Il s'insinue comme insensiblement dans l'âme. Quelque chose de pur et de doux qui s'épanche de son cœur, vous dilate. Il expliquait les premiers mots de l'Oraison dominicale. Il les développa avec tant de facilité, il s'exprima avec une abondance de sentiments si naturels et si touchants, que nous étions émus jusqu'aux larmes. Elles coulaient en effet de tous les yeux... Beaucoup de pécheurs se convertirent. Trois courtisanes, entre autres, se confessèrent le jour même (2).

Les tribunaux de la pénitence furent vite assiégés par une foule innombrable de pénitents, soupirant après l'heure bénie où ils pourraient déposer aux pieds du ministre de Dieu le fardeau de leurs fautes. L'ancien Carmel surtout oITrait un spectacle frappant sous ce rapport : l'église, le choeur, les corridors, les chambres même des Missionnaires, tout était rempli d'hommes attendant leur tour. Ils y passaient des journées entières, et revenaient le lendemain et les jours suivants, sans manifester la moindre impatience.

(i) Quelques souvenirs sur Mgr Ch.-Eugène de Mazenod, p. 85.

(2) Quelques lettres sur la mission d'Aix, in-80, Marseille, 1820, p. 6.

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIRE l55

Si, parfois, pour les encourager, les Pères essayaient de les j)laindre, ils répondaient aussitôt :

— Oh ! ne nous plaignez pas, nous ! C'est vous que nous plaignons ; vous, qui consacrez vos jours et vos nuits à vous dévouer sans relâche!

Les communions d'hommes se comptèrent par milliers. Des chrétiens éloignés, parfois depuis un demi-siècle, des pratiques religieuses, goûtèrent les délices ineffables du Seigneur.

— Le calme de leur âme, dit un témoin, se peignait sur leurs traits enflammés. Je croyais être aux jours fortunés des Ambroise et des Augustin !... A la messe de communion générale, quand un Missionnaire vint porter le baiser de réconciliation, ce fut un spectacle des plus émouvants. Les vieillards, les jeunes gens, les amis, les inconnus, tous s'embrassaient avec cordialité et dans les sentiments de la charité la plus profonde. Ensuite, ils s'avancèrent vers l'autel pour y recevoir le pain des forts. Chaque rang défdait en silence, l'un après l'autre, sans dérangement, sans confusion, et dans le plus grand ordre. J'ai vu des larmes d'attendinssement et de joie couler de leurs yeux et mouiller la patène qu'un lévite tenait... Evidemment Jésus- Christ régnait dans leur cœur, et se plaisait à les rendre heureux (i).

Par un exemple, le lecteur jugera de l'empressement vraiment extraordinaire avec lequel les hommes, jusque-là les plus indifférents à la religion, se portaient à tous les exercices.

Chaque soir, après l'assemblée générale des fidèles à Saint- Sauveur, deux scolastiques retenaient ceux de vingt, trente, quarante et cinquante ans, qui n'avaient pas encore fait leur première Communion. Hélas ! à cette époque, le nombre de ces retardataires était considérable.

Les futurs ^lissionnaires leur enseignaient les éléments de la doctrine chrétienne, et les préparaient à recevoir dignement les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.

Parmi ces auditeurs, on remarqua un ouvrier de vingt-six ans, qui n'avait que le travail de ses bras pour vivre et soutenir sa mère accablée d'infirmités. Levé avant l'aurore, il assistait à la réunion du matin ; puis, après une journée de rudes fatigues, revenait pour celle du soir.

Or, comme si Dieu voulait mettre sa bonne volonté à une dure épreuve, le travail vint à lui manquer à Aix, et il n'en trouva plus que dans un village fort distant. Quelle triste nécessité ! souffrir la faim, ou

(i) Quelques lettres sur la mission d'Aix, p. 34.

l56 LA FONDATION

manquei", pendant quelque temps, les saints exercices delà mission !... Dans cette cruelle alternative, il n'hésita pas une minute.

— J"ai quelques avances, se dit-il. Je puis encore soigner ma mère. Quant à moi, peu importe... D'abord, Tàme... Ensuite, le corps.

Les avances s'épuisèrent vite : le lendemain, il dut se coucher, sans aA'oir mangé.

Il n'en continua pas moins d'être assidu aux instructions. Mais on le voyait pâlir, de plus en plus.

Quelques jours après, à ceux qui lui demandaient des nouvelles de sa santé, il répondit, sans s'apercevoir de l'étendue de son aveu :

— Oh ! ce soir, j'espère avoir du pain. Donc, ne vous inquiétez pas sur mon compte,

— Gomment ! du pain ! que voulez-vous dire ?

Il fut oblig-é de s'expliquer, et de confesser que, depuis deux jours, il n'avait pris aucune nourriture.

La nouvelle arriva jusqu'au P. de Mazenod qui se hâta d'aller visiter cet héroïque jeune homme, lui donna un abondant secours, et le serra dans ses bras, les yeux remplis de larmes.

— Mais, malheureux, lui dit-il sur le ton d'un affectueux reproche, pourquoi ne pas venir me confier ta peine !... Mon pauvre ami, comme tu as dû soull'rir !...

— Eh ! Monsieur, reprit ce vertueux néophyte, j'en étais quitte pour quelques douleurs ; et puis, cela passait. N'avais-je donc rien à expier, moi aussi ?

— Quelle admirable simplicité ! répétait plus tard le P. de Mazenod, au souvenir de cet ouvrier dont il avait soulagé les misères physiques et morales, et qui fît, quelques jours après, sa première Communion avec une ferveur angélique. Non inveni tantnin fidem in Israël!...

Parmi les habitants de la ville, bien peu échappèrent à la salutaire influence des saints exercices, continués avec un succès toujours croissant pendant plus de six semaines. Un de ces rares endurcis fut un pécheur public qui, dans sa colère, poignartla la complice de ses désordres, convertie par le P. de Mazenod. Pour se venger, ce malheureux voulut assassiner aussi le zélé Missionnaire, dont les pieuses exhortations lui avaient ravi l'objet de sa passion criminelle. Pendant de longues heures, il l'attendit à la porte de l'église ; mais, n'ayant pu réaliser cet abominable forfait, il s'enfuit pour se soustraire aux poursuites de la justice, et se pendit de désespoir.

La plantation de la croix fut très solennelle. On choisit pour ce monument le rond-point où commence le Cours.

MARSEILLE. MAISON DU CALVAIRE l5j

§ o ^ travers les Bouches- du-T{hône et le Var.

Tant de labeurs ne suffisaient pas au zèle des Missionnaires. Ils évangélisèrent successivement dans les Bouches-du-Rhône : Ghàteau- Gontier, de la banlieue de Marseille ; Saint-Gliamas, ville de deux à trois mille habitants, sur la rive septentrionale de l'étang de Berre ; La Giotat, cite de douze mille âmes, etc. ; dans le Var : Brignoles, cheflieu d'arrondissement ; Lorgnes et Rians. chefs-lieux de canton ; Saint- Zacharie et Signes, au pied de la Sainte-Baume; Gorrens, etc., etc. Partout les mêmes succès, le même ébranlement des foules, les mêmes merveilles de conversions.

Que de détails intéressants il y aurait à relater !

A la Giotat, pour la clôture, on renouvela l'émouvante cérémonie du port de Marseille. Son beau golfe est dominé par le curieux rocher appelé Bec de V Aigle. Au delà, une île, surnommée l'île Verte, émerge des flots. A l'aide de deux radeaux superbement décorés, les marins y transportèrent la croix, escortée de toute une flottille, tandis que les gros navires pavoises tiraient des salves d'artillerie. On la dressa sur l'île, à la vue d'une foule enthousiaste. L'archevêque d'Aix présidait (i).

Un tableau représentant cette scène fut commandé à l'un des meilleurs peintres, et placé dans la salle du tribunal maritime. Les prud'hommes en envoyèrent une copie au P. de Mazenod.

Par une intervention sensible, Dieu voulut encourager ces braves gens à persévérer dans la voie du bien. Un des capitaines qui avait pavoisé son navire et salué la croix au moment où elle défilait, partit quelques semaines après pour la Grète. Les vents contraires l'obligèrent à relâcher, comme beaucoup d'autres, dans une petite rade des environs de Gênes. Une tempête épouvantable survint. Trente navires, autour de lui, périrent, et leurs équipages furent engloutis dans les ondes furieuses. Un seul bâtiment se sauva : le sien.

Les contemporains virent en cela une protection spéciale du Giel. Gomme l'exprimait M. Besson, l'un des fabriciens de la Giotat :

— Gelui qui récompense un verre d'eau, et même un simple désir, avait certainement entendu les coups de canon tirés en son honneur! (i) Cf. p. \-~j, la gravure le Bec de l'Aigle.

Page 1