‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 43 sur 125 · CHAPITRE IV La Révolution de · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV La Révolution de

A Marseille.

Depuis une semaine, le P. de Mazenod était à Fribourg-, en Suisse, lorsque se passèrent, à Paris, de graves événements.

Trois jours d'émeutes, de barricades et de combats, 27, 28. 29 juillet, renversèrent du trône le roi Charles X. Les insurgés avaient occupé l'Hôtel de Ville, envahi le Palais (k^s Tuileries et saccagé rArchevèché. Ils détruisirent aussi le magnifique Calvaire, construit à grands frais par Tabbé de Forbin-Janson sur le Mont-Valérien. Les Missionnaires de France furent dispersés ; l'autorisation légale que Louis XVIII leur avait accordée en 1816, déclarée nulle ; et leur établissement de Paris, pour lequel ils avaient dépensé plus de quatre cent mille francs, mis sous séquestre, confisqué et vendu à vil prix (i).

Ces iniques spoliations justifiaient les défiances que le Fondateui' des Oblats avait toujours eues à l'égard des approbations gouvernementales.

Son intention était de retourner immédiatement à Marseille. Le P. Tempier, ne le croyant pas suffisamment guéri, ne le lui permit pas, et, une fois encore, interposa son veto.

Le préfet des Bouches-du-Rhône s'enfuit, le 4 août, car les révolutionnaires en voulaient à sa vie ; le maire, quoique moins directement visé, s'éclipsa. Provisoirement on installa un autre préfet et un autre maire, en attendant l'arrivée du commissaire extraordinaire du gouvernement, et l'on arbora, de force, le drapeau tricolore sur les monuments publics.

Des ordres, signés par le ministre de l'Intérieur, enjoignirent d'enlever les croix placées au dehors des édifices du culte. Celle du Calvaire était particulièrement indiquée. On désirait même que l'évêché se fit l'exécuteur des hautes œuvres des ennemis de Dieu.

(i) Cf. Philpiu de Rivière, Vie de Mgr de Forbin-Janson, iii-S'^ Paris, 1892, p. 234 sq.

En rahsenre do ^Ij^r Fortuné de Mazenod. le préfet, le maire et le procureur vinrent chez le P. Tenipier. yicaire général, et eurent avec lui une longue conférence.

— Transportez cette croix dans Téglise. lui disaient-ils mielleusement. C'est le seul moyen de préserver la ville de scènes regTettal)les et d'un véritable carnage. La vue de cet emJjlème religieux excite la

Le P. Teinpier.

colère des libres penseurs. Ils se porteraient à des excès... Nous ne répondons de rien !...

— Est-ce donc là, répliqua le P. Tempier avec indignation, la liberté que la Charte nous assure?... Et c'est à moi. prêtre de Jésus-Christ, que l'on ose proposer de faire disparaître sa croix?. . A ous me demandez une lâcheté et une apostasie!... Si je me prétais à cette combinaison, ce serait un scandale plus affreux que la profanation perpétrée par une bande de malfaiteurs !... C'est à vous à maintenir l'ordre dans la cité... Vous en avez les moyens'... Cette croix, les catholiques l'ont dressée

LA RÉVOLUTION DE l83o 233

dans des circonstances inoubliables. Ils sauront la défendre, si on l'attaque !

Devant cette attitude énergique, les trois magistrats furent déconcertés. Ils se retirèrent, sans avoir gagné autre chose qu'une leçon leur rappelant très clairement leur propre devoir.

— Nous nous sommes constitués loups, écrivait, quelques jours plus tard, le P. Tempier au P. Mille. Si nous étions agneaux, on nous dévorerait. Nous sommes décidés à nous battre envers et contre tous, pour défendre nos droits, notre liberté religieuse, notre honneur, ou celvii de notre ministère. Nous ne succomberons que lorsque nous n'aurons plus aucune force. Jusque-là, combat opiniâtre sans craindre qui que ce soit.

On se battait, en effet. Des jeunes gens s'étant permis de faire du bruit, dans l'église de Saint-Théodore, pendant les offices, tout l'auditoire se souleva en masse. Une volée de coups de poing, de coups de pied, de coups de canne et de coups de chaise tomba sur ces mauvais drôles qui se sauvèrent épouvantés, sans réclamer le reste.

Le maire essaya de rendre le clergé responsable de ce désordre. Mal lui en prit. Il dut rengainer ses rodomontades, en présence des huées de la population.

Sous la pression du ministre, il décréta que les catholiques ne s'assembleraient dans leurs églises que les dimanches et les quatre fêtes chômées, conservées par le concordat de 1801. On se moqua de cette inconcevable et ridicule prétention.

— Quand vous fermerez tous les cabarets, lui répondit-on, nous fermerons nos églises, si cela nous agrée... Nous avons, pour le moins, autant de droit à la liberté que les marchands de vin.

A plusieurs reprises, le bruit se répandit que les révolutionnaires formaient le projet de briser la croix, durant la nuit. Chaque soir, de solides chrétiens, armés de gros bâtons, montèrent la garde près du Calvaire. Il y eut des bagarres, mais les sectaires furent toujours repoussés.

Et, pendant que tant de croix étaient renversées sur divers points de la France, celle du Calvaire de Marseille demeura debout. Les catholiques de cette ville s'honorèrent en résistant avec courage et victorieusement.

Aux blasphèmes des impies, courant à l'assaut de l'emblème sacré, ils opposaient les cris, mille fois répétés avec enthousiasme :

— Vive la croix ! Vive la religion !

A Jlix.

On pouvait craindre que les mêmes scènes eussent lieu à Aix.

Des troubles avaient éclaté, deux ans auparavant, à l'occasion des Ordonnances de Charles X, limitant le nombre des élèves dans les petits séminaires, et imposant aux professeurs la déclaration qu'ils n'appartenaient à aucune Congrégation non autorisée. Les étudiants de l'Université aux facultés de droit et des lettres manifestèrent, sous les murs du collège, en vociférant :

— Les Jésuites à la lanterne !... à la lanterne !...

Le P. André, Oblat de Marie, aumônier de l'hôpital, s'y rendait, le soir, appelé auprès d'un malade, quand il fut aperçu par un groupe de ces écervelés.

A sa vue, les hurlements redoublèrent '

— A la lanterne, les Missionnaires!... A la lanterne!... A la potence !...

Non sans peine, le P. André réussit à se dégager.

En ces jours déjà, le gouvernement, pris de peur, se rangeait trop ostensiblomont du côté des fauteurs de désordre, espérant, par ce moyen, consolider le trône.

Le préfet de Marseille écrivit au P. de Mazenod pour lui demander le changement du P. André.

Indigné d'une pareille proposition, le Supérieur général lui répondit :

— Exiger qu'on déplace le P. André parce qu'il a été insulté, et cela lorsqu'il allait auprès du lit des mourants qu'il assiste avec une charité au-dessus de tout éloge, c'est une atrocité infiniment i)lus révoltante que les outrages mêmes qu'il a endurés !... Dans mon code, ce sont les bourreaux et non les victimes qui doivent être punis.

On avait donc des motifs de penser que ces scènes inconvenantes se renouvelleraient à Aix, avec encore plus de frénésie, après la révolution de i83o. Les étudiants de l'Ecole de droit fomentèrent quelques manifestations tapageuses. Plusieurs fois aussi, des forcenés se flattèrent qu'ils jetteraient à terre la croix de mission. Les catholiques firent bonne garde, et, dans les circonstances critiques, se groupèrent autour de ce monument cher à leur cœur, prêts à le défendre au péril de leur vie.

Grâce à leur courage, la croix fut respectée.

LA RÉVOLUTION DE l83o 235

§3 R 'Notre-'Dame du haus.

Quelques mois avant cette révolution, un incident regrettable avait attiré sur les Pères du Laus l'attention malveillante des ennemis de la religion.

L'excellent P. Gapmas retournait à cheval, après avoir prêché une retraite au petit séminaire d'Embrun. A la descente d'une pente rapide, sa monture s'emporta, sans qu'il lui fût possible de la maîtriser. Dans cette course vertigineuse et si dangereuse pour lui, il frôla des promeneurs qui, prévenus par ses avertissements, eurent le temps de se garer. L'un d'eux, cependant, à moitié ivre, non seulement ne se dérangea pas, mais se planta au milieu de la route, comme pour barrer le passage. Il fut atteint et mordit la poussière. Transporté immédiatement à l'hôpital, il reçut les soins nécessités par son état, mais il mourut quelques jours plus tard, soit des suites d'une maladie antérieure selon les uns, soit des conséquences de la chute selon les autres.

En temps normal, un arrangement à l'amiable aurait terminé l'affaire, sans l'intervention des magistrats ; mais, à la veille de la révolution de juillet, il en était différemment. L'esprit antireligieux pénétrait jusque dans les Hautes-Alpes, et son influence malsaine se glissait même dans le sanctuaire de la justice.

Plusieurs membres du parquet avaient dit, en parlant des chapelains de Notre-Dame du Laus :

— Laissez-les tomber entre nos mains, et nous leur enlèverons le goût des missions.

L'occasion était bonne pour c-réer du scandale et ameuter les gens. On se hâta de traduire le P. Gapmas en police correctionnelle.

De toute évidence, il n'était pas l'auteur volontaire de l'accident, où sapropre vie avait couru un si j)ressant danger. M. de Yentavon, substitut du procureur général de Grenoble, ayant examiné les pièces de la procédure, déclara que le fait ne pouvait tlonner lieu à aucune poursuite, l'incriminé n'ayant pu ni le prévoir, ni lempêcher. iNIalgré ce témoignage autorisé et l'éloquente plaidoirie de M. Tolosan. avocat de l'inculpé, le tribunal d'Embrun condamna le P. Gapmas à trois mois de prison et à douze cents francs de dommages-intérêts envers la partie civile, plus les frais.

L'avocat de celle-ci avait eu l'audace de s'écrier en pleine audience :

— Du plus loin que le Missionnaire distingua mon client, il aurait

236 l'extension ex FRANCE

dù se précipiter à bas de son cheval, dùt-il se casser bras et jambes, et même la tète, plutôt que de causer le moindre tort à son prochain. Ce sont là les exemples de charité donnés par ce Jésus qu'il prêche. Les prêtres, d'ailleurs, comme leur Maître, devraient se contenter daller à pied, etc., etc.

Trouvés péremptoires. des raisonnenu'ids aussi bizarres déterminèrent cette sentence exorbitante.

Mais appel fut interjeté.

L'instruction recommença et dura [dusieurs mois.

Quand la cour de Gap, le 22 mai i83o. se [)rononça. elle reconnut l'incontestable innocence du P. Capmas et rac([uitta complètement. La partie adverse, dont la mauvaise foi était palpable, dut payer les frais du procès.

Parfait religieux, le P. Capmas avait rempli quelque temps les fonctions de maître des novices à l'entière satisfaction du Supérieur général. Missionnaire de valeur, il était aussi apprécié par les personnes cultivées que par le peuple, car il savait se faire tout à tous.

— Il a opéré des merveilles dans le Dauphiné, disait le P. de Mazenod.

— Son zèle est infatigable, ajoutait le P. Guibert. Rien ne le rebute. Très souvent j'ai dû modérer son ardeur et l'obliger à se ménager.

Peu après ce procès retentissant, éclata la Révolution. Les esprits forts méditaient une revanche. Ils se promettaient de ne rien négliger pour obtenir la fermeture du sanctuaire et l'expulsion des chapelains.

— Les gens de Théus, une des localités les plus voisines d'ici, écrivait le P. Guibert. ne parlent de rien moins que de crucifier leur curé. Ce serait une belle mort ! Combien digne d'envie !...

Dans plusieurs villages, la population s'était lancée à l'assaut des presbytères, l)risant les vitres et enfonçant les portes. Des ecclésiastiques se réunissaient-ils, on les accusait aussitôt de conspirer. On demandait bruyamment l'enrôlement des prêtres dans la garde nationale. Parfois, on les y inscrivait d'office.

Ne sachant le sort qui leur était réservé, le P. Guibert et ses confrères se tinrent prêts à tout événement, bien résolus à ne laisser qu'à la dernière extrémité le poste où les avait placés l'obéissance.

En ces graves conjonctures, ils aimaient à répéter la parole d'un homme illustre :

— Que peut-on craindre, lorsque, pour vaincre, il suffit de mourir ?...

LA RÉVOLUTION DE l83o 237

Et encore :

— Qu'est un combat de plus, dans une lutte de dix-huit siècles ? Tandis que les sectaires redressaient la tête, les catholiques se

terraient. Les sanglantes journées de juillet avaient eu leur contrecoup sur le pèlerinage. Non seulement les concours des paroisses cessèrent, mais les visites individuelles se firent de plus en plus rares. Le 8 septembre, fête pourtant si populaire de la Nativité de la Sainte Vierge, il ne vint presque personne.

Supérieur du Laus, depuis deux ans, le P. Guibert, malgré sa jeunesse, donnait un frappant exemple de calme et de force. En lui se révélait déjà cette virilité d'àme qui fut l'un des plus beaux traits de son caractère, au cours de sa longue carrière épiscopale. Cette vaillance devait lui conquérir, plus tard, l'admiration de la France entière, quand, élevé aux plus hautes charges de l'Eglise, il fut en spectacle aux bons et aux méchants.

Sa devise était déjà : Prudence et modération ; mais vigilance et fermeté.

— Il me semble, disait-il, qu'à l'exemple de ceux qui ont montré tant do courage pendant la révolution de 1789, nous ne devons abandonner les catholiques que lorsque notre ministère leur sera totalement inutile.

Puis, jetant sur sa malheureuse patrie ce regard scrutateur qui, dans la suite, sonderait tant de plaies profondes de la société civile, et, par ses intuitions prophétiques, percerait les obscurités de l'avenir, il ajoutait :

— Les différentes fractions de la Chambre des députés, en qui seule se concentre maintenant la souveraineté nationale, seront-elles aussi unies pour édifier que pour détruire?... Ce n'est pas probable...

Sur ces entrefaites, le P. Dupuy écrivit au P. Guignes, alors au Laus, plusieurs lettres mentionnant le séjour du P. de Mazenod en Suisse. Les noms propres, soit des personnes, soit des villes, n'étaient indiqués que par des initiales. Quelques-unes de ces lettres, perdues par hasard, tombèrent dans les mains de gens malveillants qui menèrent grand bruit à leur occasion, quoiqu'elles fussent des plus insignifiantes. On prétendit y découvrir la preuve manifeste d'un complot ourdi contre le gouvernement, avec la participation des étrangers par delà les frontières. Comme toujours, la renommée aux cent voix exagéra extrêmement les choses.

En l'absence du préfet, le secrétaire général ordonna une enquête. Elle démontra l'inanité des accusations.

Pour réduire au silence les calomniateurs, le P. Guibert rédigea

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une protostation signée par le P. Guignes, et imprimée à Gap. Répandue à plusieurs centaines d'exemplaires, elle produisit bon eflet. A partir de ce jour, cependant, la correspondance des Pères fut l'objet, à la poste, dune surveillance spéciale.

Justement inquiets, les parents du P. Guibert lui envoyèrent d'Aix des vêtements laïques, afin qu'il lui fût possible d'échapper avec moins de difficulté, dans le cas où les fureurs populaires se tourneraient contre lui.

Il les remercia, en leur affirmant son intention et celle de ses confrères de rester au poste, tant que le commanderait l'intérêt de la religion.

§ 4 Jl JNîmes,

Les conversions nombreuses opérées par les Oblats dans les Gévennes et tout le département du Gard, leur avaient attiré la confiance des catholiques, mais aussi la haine des protestants. Dans cette partie de l'ancien Languedoc, les passions religieuses étaient plus ardentes que partout ailleurs. Elntre les deux cultes, tout un passé de violences creusait un abîme. Ces souvenirs terribles se perpétuaient dans les familles, comme un sombre héritage de colères longtemps contenues et toujours prêtes à éclater.

A l'occasion des fameuses Ordonnances de 1828, une première émeute se produisit. Les factieux se massèrent vers la résidence des Oblats, en criant qu'il fallait les pendre haut et court. On composa des couplets sur ce thème, et on les chanta sous leurs fenêtres avec d'horribles vociférations. Heureusement les catholiques accoururent les défendre et, plusieurs nuits, montèrent la garde autour d'eux.

Encore à Nîmes en ce moment, le P. Guibert, racontant cette scène au P. de Mazenod, lui disait :

— Nous devons nous féliciter que les protestants soient le petit nombre; autrement, nous n'aurions qu'à boucler nos valises, ou peut-être nous dispenseraient-ils de ce soin, en ne nous en laissant pas le loisir : leur tolérance est connue depuis longtemps. Jusqu'à présent, grâces à Dieu, nous ne sommes pendus qu'en chanson... C'est moins douloureux... Donc, ne vous hâtez pas de nous honorer comme martyrs, et ne me refusez pas encore le secours de vos prières.

Le fervent religieux tenait, cependant, à utiliser cette épreuve 2)our son avancement spirituel :

— Ces persécutions, continuait-il. font du bien. On se met dans

LA. RÉVOLUTION DE l83o sSq

les dispositions où Ton voudrait être si le j)éril était prochain. On offre à Dieu le sacrifice de sa vie. L'âme se fortifie et se prépare pour des dangers plus véritables... Je me réjouis de m'étre trouvé ici dans cette heureuse occurrence.

Par ce qui précède, on comprend à quels excès se portèrent à Nîmes les sectaires et les protestants, lorsque la révolution de i83o eut décharné tous les instincts pervers. La population entière fut en effervescence. Des batailles eurent lieu dans les rues. On en voulait au clerg-é, à tel point que févêque et les chanoines quittèrent la ville. La haine de ces forcenés s'acharnait davantage encore contre les Missionnaires. Des cris de mort i^etentissaient sous leurs fenêtres.

Quoiqueleurvie ne fût plus en sûreté, les Pères ne s'éloig^nèrent pas.

Après une sorte d'accalmie, l'insurrection reprit avec plus de violence, les 17, 18 et 19 août. Trois ou quatre cents protestants de lias étage parcoururent les rues, les phices et les Ijoulevards, cherchant à attaquer les catholiques. Les détenus de la prison centrale essayèrent de s'évader, pour grossir les rangs des perturbateurs. Ceux-ci avaient tenté de les délivrer à maintes reprises, certains de rencontrer en eux de précieux auxiliaires, très habiles pour les mauvais coups et très expéditifs en besogne.

Durant ces luttes toujours renaissantes, il y eut des morts et des blessés. Les Pères furent non seulement injuriés, mais menacés du sabre et du poignard. Peu s'en fallut que leur sang ne coulât. Jugeant, alors, leur présence inutile à Nîmes, où ils ne pouvaient plus exercer aucune fonction de leur ministère, et n'étant pas obligés à la résidence, puisqu'ils n'appartenaient pas au clergé paroissial, ils se retirèrent chez des prêtres de la campagne, leurs amis.

La semaine suivante, le P. Honorât revint. Son existence étant toujours en danger, il fut contraint d'élire domicile dans la citadelle, sans espoir d'y demeurer longtemps, car le directeur craignait de perdre sa place, en donnant asile à un religieux.

Bientôt les séditions recommencèrent, et le sang rougit de nouveau les rues. Trois régiments ne furent pas de trop pour maîtriser la j)opulation. On ne put réussir, là, comme ailleurs, à organiser une milice nationale. Prêter des armes aux protestants était leur fournir le moyen d'égorger plus facilement ceux dont ils avaient juré la perte.

La ville fut déclarée en état de siège, pleins pouvoirs étant conférés au général commandant. Une commission militaire se constitua, pour juger, sur l'heure même, les perturbateurs. Mais les esprits restaient agités. Les haines, comprimées par la force, n'attendaient qu'une occasion. Le feu couvait sous la cendre.

L EXTEXSIOX EX FRAXCE

Constamment exposé à la mort, le P. Honorât s'éloigna. Pour mieux se dissimuler, en traversant la ville, il dut se déguiser en garçon perruquier. On le reconnut, cependant ; mais il fut assez heureux pour se soustraire à toute poursuite.

Un de ceux qui lavaient aperçu, s'écria :

— C'est le P. Honorât !... Celui-là est bon ! Laissons-le aller !

De longtemps, les missions ne seraient jdus i)ossi])les dans ces populations mixtes et si profondément troublées. Le protestantisme triomphant, grâce à son alliance avec les libéraux, auteurs de la révolution, ne manquerait pas de profiter de toutes les circonstances, pour susciter des obstacles et empêcher le bien.

Missions de Suisse.

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