CHAPITRE XYIII La Révolution de
Cause générale de la sédition.
Les 23 et 24 février 1848 furent des journées sanglantes pour la capitale de la France. Une fois de plus, on constata l'instabilité des grandeurs humaines.
Issue d'une émeute, la monarchie de juillet était condamnée à périr par un soulèvement populaire. Pendant les dix-huit années de sa durée, on compta une douzaine d'attentats dirigés contre le roi et ses proches.
Quoi d'étonnant ? Les crimes les plus abominables paraissent légitimes à ceux que ne retient plus le frein salutaire de la religion.
Le gouvernement de Louis-Philippe ne s'était nullement préoccupé de moraliser les masses. Il avait permis aux sectaires de tout acabit de semer largement les germes d'incrédulité. Son hostilité contre l'Eglise n'allait pas jusqu'à lui déclarer ouvertement la guerre ; mais, dans la crainte qu'elle n'acquit trop d'inlluence. il montrait une sympathie indulgente à ceux qui, par leurs paroles ou par leurs écrits, ne cessaient de battre en brèche l'autorité spirituelle.
Aveugle, il ne s'apercevait pas qu'il préparait sa propre déchéance, car, à mesure que la loi s'éteint dans les âmes, les forfaits se multiplient, la paix disparaît dans les familles, et la sécurité dans l'Etat.
Une commotion violente avait donc éclaté soudain, ébranlant la société jusque dans ses bases et renversant le trône.
§2 Jl Marseille.
Quoique la classe ouvrière de cette ville si imjiortante soit composée des éléments les plus hétérogènes, il n'y eut aucun désordre, dans le principe. Quelques vauriens aj'ant essayé de faire du vacarme, et de se précipiter au pillage, en se prévalant des libertés républicaines, furent vite mis à la raison par les honnêtes gens.
4 12 i/eXTENS10N en FRANCE
Les élections pour rAssemblée nationale, chargée d'élaborer une Constitution, eurent lieu, le ai avril, jour de la fête de Pâques. Grâce à l'influence de Mgr de Mazenod, de ses Olilats et de ses prêtres, la liste conservatrice, en tête de laquelle figurait le nom du P. Lacordaire, triompha, avec une imposante majorité.
Furieux de ce résultat, quelques mauvais sujets jurèrent d'incendier le palais épiscopal et les couvents ; puis, à la faveur de la confusion, de piller les maisons de commerce, et. s'ils en avaient la possibilité, la cité entière. Pour accomplir leurs sinistres projets, ils étaient prêts à ne pas reculer même devant l'assassinat.
Heureusement la police découvrit le complot, peu d'instants avant son exécution. Les meneurs furent arrêtés. On les surprit dans leur repaire, armés jusqu'aux dents, et munis des torches avec lesquelles ils se proposaient de répandre de toutes parts les llammes dévastatrices.
Mais les émeutes se succédaient, à Paris, prcs([ue sans interrujition. Pendant quatre jours surtout, du 23 au 26 juin, la capitale se transforma en champ de Ijalaille. La plèbe tenait tête à l'armée. Le sang coulait à Ilots.
Ces déplorables événements eurent un douloureux retentissement à Marseille. Le jour même de la Fête-Dieu, un combat terrible s'engageait. Aussitôt l'cvêque voulut se présenter comme médiateur entre les belligérants. Ses conseillers eurent beaucoup de peine à l'en dissuader, lui assurant qu'il marchait à une mort certaine et absolument inutile. Le sacrifice de sa vie n'aurait aucun résultat. Les émeutiers, gens de la pire espèce, tireraient sur lui, dès qu'ils l'apercevraient, et ne consentiraient pas à l'écouter, un seul instant. Le saint prélat, contraint d'abandonner son héroïque projet, se plongea dans la prière.
La bataille se prolongea jusqu'au lendemain.
Pendant ces deux jours d'angoisses, les Oblals du Calvaire et du séminaire rivalisèrent de zèle, pour porter aux blessés les secours de la religion. Ils gravissaient les barricades, et traversaient les rangs des soldats, ou des insurgés, sans se soucier des balles qui sifflaient à leurs oreilles.
Ces luttes fratricides rendirent impossibles la procession de la Fête-Dieu et celle du Sacré-Cœur. Lin mois après, le calme paraissant rétabli, Mgr de Mazenod profita de la solennité du i5 août, pour prescrire, à travers la ville entière, une double procession générale : celle du Très Saint Sacrement et de la Sainte Vierge.
A ses yeux, c'était une réparation nécessaire envers Notre-Seigneur, et un dédommagement pour la piété des fidèles.