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CHAPITRE XIX

Notre-Dame de la Garde

§ 1 Le Sanctuaire de la « "Bonne Mère ».

Au sud du bassin de la Joliette et du Vieux-Port de Marseille, est une colline de cent soixante mètres d'altitude, au sommet dénudé et couronné par un fort. Dans l'enceinte de celui-ci, se dresse actuellement une magnifique basilique de style néo-byzantin, resplendissante de marbres et de mosaïques, avec une belle coupole et un clocher monumental, surmonté d'une colossale statue de la Reine du ciel, en métal doré.

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Ce superbe édifice a coûté plusieurs millions. Le gigantesque bourdon vaut, à lui seul, cent mille francs. Sa voix majestueuse et grave s'entend, non seulement de toute la cité, mais au loin dans la campagne et sur la vaste mer.

La crypte possède une Mater Dolorosa, sculptée par Carpeaux. Dans l'église supérieure, sur le riche maître-autel du chœur et sous un baldaquin en bronze doré, est exposée une statue de la Sainte Vierge en argent, travaillée au repoussé, par le marteau, suivant le procédé de Benvenuto Gellini.

Après avoir gravi le flanc très escarpé de la colline à partir du cours Pierre Puget, par le boulevard Gazzino, on se trouve en face d'un large escalier. Courage ! Cent quarante marches vous séparent encore de la porte de la crypte, et cent soixante-quatorze de l'église principale !

Du perron, la vue est splendide. On domine la grande ville, entrepôt du commerce de l'univers entier, et le regard s'étend indéfiniment sur l'immensité des eaux, d'un bleu intense, comme l'azur du ciel ensoleillé qu'elles reflètent parfaitement.

L'origine de ce pèlerinage remonte au commencement du xni'^ siècle. Il est contemporain de celui de Notre-Dame de la Portioncule. en Italie. Tandis que saint François illustrait Assise, un prêtre de Marseille, Pierre, chapelain de Notre-Dame des Accoules, entreprenait de consacrer à Marie une cime profanée, avant l'ère chrétienne, par d'horribles sacrifices humains, en l'honneur des fausses divinités.

C'était en 1214.

A cette époque, la colline de la Garde appartenait à la puissante abbaye de Saint- Victor, bâtie par saint Cassien, au v' siècle, et dont il subsiste encore, sur l'éminenee voisine, quelques curieuses tours carrées, reliées par des remparts à créneaux. Au-dessous, l'on vénère des cryptes datant des premiers âges du christianisme, et la grotte dite de Saint-Lazare, qu'aurait autrefois habitée le disciple ressuscité par Jésus.

On ignorait, jusqu'en ces dernières années, que le fondateur du sanctuaire de Notre-Dame de la Garde, le prêtre Pierre, fût un chapelain de Notre-Dame des Accoules ; mais un document récemment découvert dans les Archives départementales, ne laisse aucun doute. Pierre y est appelé, en toutes lettres, capellanus ecclesiœ de Acciiis (i).

(i) C-f. Archives préfectorales des Boiiclies-dii-Rliône, Petit Cartulaire de Saint- Victor, i'ol. 180. Sur les Accoules, voir ce que nous avons dit préccdemnieut,

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