‹ Les Obsessions Dans Les Psychonévroses: Étude Psycho-CliniqueChapitre 11 sur 32 · EUR · texte numérisé non relu

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parties sont fortement coordonnées et qui apparaît brusquement au cours de l’idéation qu’elle interrompt.

Il est impossible de les rattacher par les lois de succession logique où d’« association des idées » à un antécédent quelconque. Les circonstances extérieures les modifient peu et semblent n'être pour rien dans leur production ou leur développement. Leur origine nous échappe très souvent, ainsi qu'au sujet qui n'arrive pas loujours à en trouver la cause. C'est ce que les classiques appellent des idées endogènes, voulantexprimer par là leur origine profondément subjective par opposition aux idées erogènes qui prennent naissance à l'occasion d'événements extérieurs impressifs, dont nous verrons de remarquables exemples dans les idées obsédantes hystériques.

Le contenu de ces idées est variable à l'infini.

Les plus fréquentes sont des idées hypocondriaques (phobie des maladies ou crainte de contaminer les autres). Des idées relatives à la morale (peur de commettre des mauvaises aclions, des vols, des assassinats, etc.). Des idées relatives à la métaphysique ou à la philosophie (recherche angoissante de l'erigine des choses, de la genèse de la pensée, de l'évolution du temps, ele.). Des idées relatives à la religion (crainte de la damnation, peur de souiller les objets du culte, ete.). Des idées pseudo-scientifiques (recherche de problèmes insolubles, d’inventions irréalisables, etc.). Très souvent aussi ce sont des idées banales ou insignifiantes de la vie quotidienne qu'il serait difficile d'énumérer, car toute idée, tout sentiment d'ordre quelconque, peut devenir matière à obsessions. On peut dire d’une manière générale et sans que cette observation ait rien d’absolu, que les obsessions à propos de spéculations élevées et d'idées abstraites se rencontrent surtout chez les psychasthéniques. Le neurasthént que vrai est plus terre à terre.

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Si au lieu de partir de l'idée, on classe les obsessions en se plaçant au point de vue psychologique, on les divise en trois catégories :

1° Les obsessions idéatives, qui tendent à aboutir à un état de conscience ;

2° Les obsessions ümpulsives, qui tendent à aboutir à un acte;

39 Les obsessions abouliques, où, malgré l'effort du sujet, une idée ne peut se transformer en acte.

Celte division, extrêmement commode pratiquement, n’est pourtant pas à l'abri de toute critique.

Celte idée est impérative et monopolise à son profit toute l'activité mentale, en rétrécissant en quelque sorte le champ de la conscience. Ce qui lui permet de s'imposer irrésistiblement à l'attention, c'est qu’elle provoque chez le sujet, déjà

-prédisposé, une émotion intense. « Otez l'émotion, dit Ribot, tout disparaît; tant qu'elle dure, l'attention dure ; c'est que l'attention dépend en effet, quant à son origine et sa durée, de certains états affectifs, de la présence de sentiments agréables ou désagréables. » (1)

Ce sont les sentiments désagréables qui dominent ci, car ces pensées impérieuses sont très souvent en contradiction absolue avec les préoccupations ou les tendances de celui qu’elles assallent. Ce caractère de contraste, expliqué par une loi psychologique bien connue (2), est très net dans presque toutes les obsessions.

Les idées obsédantes ne respectent rien, et, par une sorte de raffinement cruel, elles s’attaquent tout de suite à ce que le sujet a de plus cher et de plus sacré. On pourrait même,

() Ribot-: « Maladies de la volonté », p. 107. (2) Fr. Paulhan : « Activité mentale », p. 315.

De URSS

connaissant l'obsession de quelqu'un, déterminer son idéal moral ou religieux et réciproquement. Le sujet aspire-t-il à la pureté? Son obsession sera grossièrement charnelle. Veut-il accomplir un acte religieux ? Un blasphème lui viendra à l'esprit. Cherche-t-il à faire une bonne action ? Il sera poursuivi par l'idée d’un crime.

L’obsession, si complexe au point de vue des images ou des idées qu'elle suscite, est préformée. Elle arrive toute constituée à l'esprit, sans que celui-ci puisse analyser les divers éléments primitifs ou associés qui ont présidé à sa formation ; 1l n'en saisit que la synthèse définitive et croit assisler à une vérilable génération spontanée. Plusieurs sujets nous en font clairement la remarque. « Elle naissait en moi complètement organisée, comme une Minerve sortant toute armée du cerveau de Jupiter. » — « Je percevais le papillon sans avoir vu la chrysalide. »

Naissant brusquement, sans que la volonté prenne une part quelconque à sa genèse, l’idée obsédante apparaît tout à fait étrangère à la conscience, qui ne peut arriver à la faire sienne. Elle est un parasite exerçant un véritable pouvoir despotique dans l'esprit où elle est implantée. Elle est tellement hétérogène au moi, qu'elle paraît être émise et imposée par une autre personnalité. « Il me semblait que quelqu'un me soufflait à l'oreille ces insanités que je n'aurais jamais été capable de penser moi-même », dit l'un. — « C'était, dit un autre, comme si un hypnotiseur m'avait suggéré une idée malgré moi et me l'avait imposée de vive force. Je résistais à son envahissement lout d’abord ; puis, peu à peu, j'arrivais à céder, en proie à une véritable fascination. »

Ce caractère de contrainte et d'irrésishiililé se rencontre toujours, en effet, dans le curieux phénomène de l'obsession.

Cependant, il ne faudrait pas se méprendre sur ce point : « cela ne veut pas dire que la volonté n’a aucune action sur

D QE l'obsession, qu'elle est impuissante à la chasser, mais indique seulement que celle-ci s'établit de force sans que le sujet ait à intervenir dans sa production » (1).

L'obsédé, au moment le plus aigu de la lutte, sent en lui deux tendances qui se heurtent et qui se combattent ; d'un côté, son moi avecsa manière de penser, son orientation propre; de l’autre, l idée envahissante. «Je me fais l'effet d'être double ; je me sens deux pensées se combattant ; une, qui est bien la mienne, qui cherche à raisonner, une aulre, qui me serait en quelque sorle imposée et que je subis toujours (2). »

Le combat entre ces deux éléments n’est pourtant pas continuel ; il a ses armistices et ses longues trèves. Si l'idée: obsédante durait longtemps, elle se transformerait en idée fixe. Les attaques de l'idée obsédante sont toujours tn/ermuttentes ; elles se manifestent par des crises paroxysliques relativement courles, séparées par des périodes de calme, durant lesquelles l'esprit retrouve son état normal. Ces crises peuvent se produire un nombre de fois assez variable pendant la journée, mais elles ont toujours une heure de prédilection. C'est habituellement le soir, lorsque l’attention est diminuée par la fatigue, qu'elles présentent leur maximum d'intensité.

L'idée obsédante n’est donc pas toujours identique à ellemême ; son objet, comme son intensilé, varient pour chaque individu et pour chaque crise. En général, elle.s'anplhfie en s'aggravant. ME

Dick... est obsédé par la pensée d’un blasphème quil : repousse aussitôt. Quelques instants après, la même pensée revient à la charge; involontairement il l’applique à son

(1) Pitres et Régis : « Obsessions et impulsions », p. 71 (2) Séglas, cit. in Pitres et Régis, op. cit., p. 71.

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père. Il la repousse plus énergiquement encore , mas, comme la première fois, elle revient; et maintenant il l’applique à Dieu. L’obsession ayant alors atteint son paroxysme disparaît d'elle-même. On voit qu’il y a là une sorte de progression ascendante, allant du moins grave au plus grave, quine dure qu’un instant, et cesse dès que l’idée a atteint son plus haut degré d'intensité et de culpabilité. La coupe se vide jusqu à la ie.

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