‹ Les Obsessions Dans Les Psychonévroses: Étude Psycho-CliniqueChapitre 13 sur 32 · CIE · texte numérisé non relu

CIE

Le phénomène le plus commun qui attire leur altention est l'angoisse précordiale. Nous l'avons trouvée, plus ou moins accentuée, chez fous les malades que nous avons examinés. C’est une sensation de constriction pénible qui les étreint, un saisissement angoissant difficile à définir. Il coïncide toujours avec des phénomènes douloureux du côté de la poitrme ou du cœur. « Je me sentais la poitrine immobilisée par une force mystérieuse. » — «Mon cœur me semblait froid et comme pétritié, j'étais comme pénétré d’ effluves glaciales qui me rendaient haletant », ou bien : « Il me semblait que mon cœur était arrêté dans ma poitrine silencieuse. » On voit

d'après ces expressions, qu'ils localisent au cœur une partie: de leurs impressions pénibles qui coïncident avec leur émot intérieur, car ils distinguent bien les deux choses.

Il ne nous a jamais élé possible de mesurer exactement la tension sanguine pendant la crise, mais entre les crises ces

. malades présentaient plutôt de l'hypotension.

Les troubles respiratoires sont très prononcés ; les sujets s’en rendent très bien compte et les signalent eux-mêmes. Il est du reste facile de les constater, si on assiste à une crise obsédante, soit en comptant le nombre d'inspirations et étudiant superficiellement le rythme respiratoire, soit d'ûne manière plus exacte en en prenent le tracé avec le pneumographe. Le rythme respiratoire est ralenti au début chez Nathaniel, sur lequel nous avons pu prendre des graphiques typiques. Le commencement de l'angoisse coïncidant avec le

début de l'idée obsédante est toujours marqué par une inspiration brusque et longue suivie d’une expiration très prolongée, ressemblant beaucoup à un soupir. Puis elle devient rapide et saccadée pendant son rythme normal. Elle passe de 18 à 35 ou 40.

Pendant la crise obsédante, le rythme respiratoire passe

done par deux phases successives que nous avons presque

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toujours retrouvées. L'une, la première, pendant laquelle la respiration se ait ralentie, irrégulière, est Loujours de courte durée (phase d’altente anxieuse); l’autre, lui faisant suite, pendant laquelle la respiration est rapide, brève, haletante, mais a une durée beaucoup plus longue que la précédente (phase angoissante polypnéique). Ces phases sont indiquées très nettement dans notre planche IT, ou les figures 3, 4, 5, 6, représentent les courbes des mouvements respiratoires inscriles pendant la crise, le petit trait vertical marque le moment de l'apparition de l’idée obsédante. Elles doivent être lues de gauche à droite dans le sens indiqué par la flèche.

Les figures 7, 8, 9, représentent divers types de respiration polypnéique.

Pendant cette angoisse il éprouve diverses sensations viscérales : sa gorge est sèche « comme s'il n’avait pas de salive », il ressent une excitation génitale légère, très brève, alors même qu'il ne s’agit pas d’obsession sensuelle. Pendant toute cetle période d'angoisse il demeure immobile, tout entier à son émotion qui le paralyse psychiquement. ;

3° Celle angoisse réactionnelle, développée par l'évocation persistante de l'idée obsédante est tellement énergique, que l'idée primitive qui l'a provoquée perd, en quelque sorte, aux yeux du sujet, de son acuité première. Par un effort sur luimême, il se ressaisit. Il fait appel à sa volonté et à sa logique. Îl discute avec l'idée qui semble ne pas résisler à son raisonnement et perdre de l'importance. Son angoisse s'atténue et semble disparaître en même temps que l’idée qui lui avait donné naissance. C’est la période de lutte concentrée. | ee

4° À peine commence-t-il à reprendre haleine, se croyant délivré de cette vision d'épouvante, qu'aussitôt l’idée réapparaît plus intense que jamais et dépasse en audace tout ce que le sujet aurait pu imaginer. Il a beau faire appel à

toutes ses forces psychiques de résistance, l'idée obsédante poursuit son développement et rien ne peut l’inhiber.

L'effort mental étant radicalement impuissant, le sujet en appelle d’instinct à l'organisme tout entier.

Il fait des efforts musculaires violents : serre les poings, contracte les biceps, tend les jarrets, raidissant son êlre physique comme. il voudrait raidir son être mental. S'il est seul il va et vient, marche fiévreusement ou se débat en gesticulant comme s’il avait à combattre un ennemi invisible. Il emploie tous les moyens qui peuvent le distraire et le faire sortir de lui-même. Il parle à haute voix, siffle, chante et arrive parfois à se frapper violemment la tête « pour que la ‘douleur éleigne la pensée ».

Il va sans dire que s’il est en publie, te scène changera de caractère, et il faudra être observateur lrès exercé pour savoir qu'il lutte. Il se contentera de cligner les paupières, de serrer légèrement les poings, de contracter ses masséters (c'est là un signe que nous avons rencontré chez presque tous les malades), de froncer les sourcils ou d'ouvrir démesurément les yeux, de faire de petits mouvements spasmodiques du pied ou de la main, des soubresauts du tronc ou des épaules, etc., elc., mouvements qui pourront être plus tard l'origine de en

La face du sujet devient rouge. La ne de tempes et du front, prise au thermomètre à cuvette platehéhcoïde, augmente rapidement de plusieurs dixièmes de degré. Les conjonctives s'injectent.

Il a des sueurs abondantes qui perlent sur le front ; de la sialorrhée.

Le rythme respiratoire s'accélère : de 18 à 20 il passe à 35 et 40.

Les battements cardiaques sont plus rapides, ils passent de 70 à 95 et même 105. Il y a une légère arythmie.

1l a des envies fréquentes d’uriner et souvent perd inconsciemment quelques gouttes d'urine.

C'est la période de lutte molente.

5° Quand l'idée a atteint son maximum d'intensité, elle disparaît d'elle-même aussi subitement qu'elle était venue, saus lutte, sans que la volonté joue un rôle dans sa disparition. C'est là un sujet de constant étonnement pour les malades, qui ne s'expliquent pas que cette idée, après avoir résisté viclorieusement à tous leurs efforts, puisse s’évanouir aussi facilement. « J'étais exaspéré de penser, dit Nathaniel, que cette idée obsédante contre laquelle j'avais combattu avec tant d'énergie disparaissait d'elle-même. On eût dit un feu follet insaisissable qui s'éteint brusquement après avoir épuisé de fatigue ceux qui veulent le poursuivre. »

C'est ce que nous avons appelé la période de chute rañde.

Gv: L'idée obsédante disparaissant el avec elle l'émotion pathologique, l'organisme tout entier éprouve une impression de soulagement et de bien être. Cette impression est à la fois morale (le sujet étant tout heureux de se sentir débarrassé de ses pensées pénibles) et physique. Le relâchement. museulaire fait suite à la tension anormale provoquée par la crise, en même temps que le calme cérébral succède à l'excitation produite par la lutte. Ce changement de manière d'être amène une sensation agréable très analogue, d’après un de nos malades, à celle qu'on éprouve «lorsque fatigué par une longue course et par la chaleur on se plonge dans un bain ».

C'est la période de détente consécutive.

T° Cette période dure peu, elle est bientôt suivie d’une grande fatigue et d’un besoin impérieux de repos. Ayant fourni une énorme dépense d'énergie nerveuse, le sujet se sent épuisé et demeure pendant quelques instants dans l'incapacité de reprendre son travail. Après une crise obsédante intense, le: malade s’assied presque toujours, laissant ses

membres dans la position de relâchement. Il cherche à dormir ou tout au moins à se reposer un peu. S'il veut réagir

contre ce besoin naturel et travailler quand même, sa fatigue nerveuse se traduit par la difficulté qu'il a de fixer son attention et de penser. S'il cherche à apprendre, il lit machinalement mais ne retient rien de ce qu'il lit. S'il cause, il aura de la difficulté à s'exprimer correctement ; il cherchera ses mols « qui sont lents à venir», il bredouillera : un peu. C’est ce que les obsédés appelent « l’état de vide cérébral. »

Pendant toute cette période de fatigue, les obsessions ne réapparaissent jamais. Le sujet peut penser à l'idée qui la troublé si longtemps sans avoir à craindre qu'elle redevienne obsédante. Mais le plus souvent il préfère l'oublier et goûter en paix le repos dont son organisme à besoin.

C'est la période de fatique terminale.

La durée du repos réparateur de ses forces physiques est très variable. Elle peut aller de quelques minutes à quelques heures et dépend en grande partie de la longueur el de l'intensité de la crise obsédante. Si ce repos est suffisant, le sujet se retrouve tout à fait dans son état normal. De nou-. velles obsessions pourront alors se produire, dont l'intensité paraîtra d'autant plus grande que la force de résistance du malade est diminuée. Toutes les périodes que nous avons décrites en détail se reproduiront, mais leur durée sera bien moindre. Les phénomènes réactionnels seront aussi beaucoup moins intenses, la fatigue rendant le sujet passif.

Pour rendre la compréhension de cette crise plus nette et pour permettre aussi la comparaison avec celles qui se produisent dans les autres psychonévroses, nous avons essayé de combiner et de concrétiser dans un graphique les données

; psychologiques fournies par le malade et les données phy-

siologiques fournies par l'expérience.

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En portant sur l’axe À Y des hautéurs représentant les inlensités des phénomènes psychologiques évaluées approximativement par le sujet, et sur l’axe À X des longueurs représentant les durées évaluées en secondes, par exemple, on oblient une courbe irrégulière, variable pour chaque sujet et pour chaque crise. Mais en comparant entre elles un cerain nombre de ces courbes, on s'aperçoit qu'elles ont les mêmes caractères généraux et qu'elles représentent bien un type commun. C'est la courbe schématique de l’obsession {Voir notre planche [, fig. 1.)

Analysons-la brièvement : ù

1° La ligne O A représente la naissance et l’évolution consciente d'une idée quelconque précédant l’obsession. L'idée obsédante peut lui faire suite sans fransilion, mais le plus souvent, entre les deux idées, se produit un temps d'arrêt (représenté par le crochet À BC de la courbe).

C'est la période prodromique de malaise vaque, érable aura de l'obsession.

2° En C D, l'idée obsédante se précise nettement. Le sujet saisit tout à coup ce qu'elle à d'irrationnel et de grave. Se sentant impuissant à lulter contre sa poussée irrésistible, 1l est envahi par une sensation d'angoisse physique et d'anxiété morale. Ù

C’est la période d'angoisse. .

3° En DE, le sujet réagit, fait appel à sa volonté et à sa logique. Il discute l'idée qui diminue d'intensité et semble sur le point de disparaitre.

C'est la période de lutte concentrée.

4° En E H, l'idée obsédante devient plus intense que jamais. Pour l'inhiber, le sujet rassemble toutes ses forces de résistance, il met en œuvre son organisme physique comme son organisme mental. Malgré ses elforts extraordinaires, il arrive à peine à provoquer des arrêts momentanés

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et de durée très courte. ge arrêts sont indiqués. sur la courbe par les points F et G). L'idée obsédante se développe quand même dans toute son .…

C'est la période de lutte violente.

0° En H I, l'idée obsédante disparaît d'elle même aussi subitement qu'elle était venue et sans que la volonté paraisse être pour quelque chose dans sa disparition.

C’est la période de cAute rapide.

Ge L'idée obsédante disparue, le malade éprouve un instant de bien-être physique et moral.

C’est la période de détente consécutive.

T° Le sujet épuisé par la lutte, ressent une lassitude générale qui le pousse inslinclivement à chercher le repos, qui lui permellra de refaire ses forces.

C'est la période de fatique terminale.

Dès qu'il s’est reposé, qu'il est revenu à l’état normal, il peut avoir de nouvelles obsessions.

La courbe LM N P schématise une seconde crise, survenue peu de temps après la première. Comme on le voit par la hauteur de. la courbe, l’intensité de la deuxième crise paraît plus grande, mais la durée de la lutte est beaucoup moindre que celle de Ja première. Elle présente les mêmes phases que la première, mais elles sont raccourcies. Cela se comprend aisément, la résistance du sujet étant considérable-

ment diminuée par la fatigue et aussi par habitude de . fraye les chemins.

Les obsessions surviennent à différents moments de l’évolution de la neurasthénie.

Dans la neurasthénie vraie, d’origine toxique, infectieuse ou provoquée par un violent choc moral, les obsessions appa-

— À6 — raissent peu de temps après les symptômes physiques de la malad'e. Leur début est brusque, dramatique. Elles atleignent tout de suite leur maximum d'intensité. Elles durent peu et disparaissent dès que la cause primitive de la neurasthénie n’exerce plus son action nocive. |

Ce sont les obsessions aiguës. Leur ‘pronostic est très favorable, car non seulement elles sont de courte durée, mais elles récidivent peu et leur guérison est en général définitive.

D'autres fois elles apparaissent quand les stigmates neurasthéniques douloureux ont disparu, où à la fin des neurasthénies longues et mal soignées. Leur début est alors plus insidieux. Le malade a d’abord quelques idées anormales qu'il ne parvient à chasser qu'avec peine. Il n’y attache pas d'importance au début, mais peu à peu elles deviennent plus tenaces, plus alarmantes. Il à de véritables crises avec paroxysmes angoissants. Ces crises deviennent plus longues et finissent par atteindre un maximum de fréquence et d’intensité. Petit à pett elles diminuent de nombre ; mais elles ne disparaissent qu’au bout d’un temps très long. C’est la forme d’obsessions chroniques à maximum.

Elles ont toujours une durée fort longue et persistent longtemps après la guérison physique du malade. Souvent même elles laissent après elles des tics mentaux. Ces obsessions se rapprochent énormément de celles que nous aurons à étudier chez les psychasthéniques, et l’on ne peut les distinguer de ces dernières qu'en tenant compte des stigmates

physiques et mentaux de ces malades, ainsi que de leurs

antécédents héréditaires.

En général, les obsessions newrasthéniques sont curables. La durée de la guérison est très variable et dépend d’un certain nombre de facteurs que nous ne pouvons que signaler

TOR à D Le 8 brièvement. Elles sont d'autant moins graves, que les symp-

tômes physiques de la neurasthénie sont plus accusés, que

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l'hérédité du sujet est moins chargée, que leur début est plus brusque, que les réactions physiologiques sont plus intenses.

Elles seront graves au contraire, si leur début est insidieux et surlout si l’élément intellectuel tend à prédominer sur l'élément émotionnel. 11 faut se méfier des obsessions sans angoisse et craindre pour l'avenir des malades qui n'éprouvent plus le besoin de Julter contre l’idée envahissante.

Dans ja neurasthénie de cause accidentelle, la guérison des obsessions est définitive lorsquelle se produit assez tôt, et le malade n'a pas à craindre des retours offensifs de ses idées pathologiques. Dans d’autres cas les obsessions peuvent donner lieu à de véritables rechutes. À plusieurs années d'intervalle, sous l'influence de causes identiques à celles qui ont provoqué la première crise, les mêmes obsessions ou des obsessions très différentes peuvent apparaitre.

Il peut même arriver qu'avant de guérir, le malade assiste à une véritable transformation de ses idées obsédantes. Des obsessions idéatives se transforment en phobies, qui finissent par disparaître à leur tour.

Disons, en terminant, quelques mots des principales variélés d'obsessions. Nous avons vu que si on se place au point de vue de l'évolution générale du syndrome, on peut distinguer des obsessions à forme aiquë et à forme chronique. Si on prend l'étude de la crise obsédante comme base d'une classification, on pourra distinguer trois formes principales :

19 Les obsessions caractérisées par une seule crise de grande intensité, se reproduisant à des époques plus où moins

espacées el laissant dans l'intervalle l'esprit en repos. Ce sont les obsessions à crise solitaire.

2° Les obsessions caractérisées par une crise importante, suivie à peu d'intervalle de plusieurs petites crises secondaires, dont la durée va en décroissant. Les séries de crises sont

ce vs séparées par un temps beaucoup plus long que celui qui sépare les petites crises entre elles, de telle sorte qu'ils constituent pour l'esprit une vraie trêve. Ce sont les obsessions en salve ou en série dont le type est très fréquent: 3° Enfin, les obsessions caractérisées par des crises courtes à paroxysmes très atténués et sans grandes réactions psychophysiologiques, mais se reproduisant un grand nombre de fois ; c'est ce que quelques auteurs ont appelé : les obsessions à forme continue (1). Ce qualificatif nous paraît impropre, car 1l peut amener à confondre avec les obsessions vraies, des formes atténuées de l’idée fixe ou de la folie du doute: Ce qui caractérise essentiellement les obsessions,' c'est qu'elles se présentent toujours comme des crises paroxystiques. Ces paroxysmes peuvent être très rapprochés et très fréquents, ils ne peuvent jamais être continus. Il faut donc, si on conserve le mot, en préciser le sens.

OBsenvation |

Nathaniel, 25 ans. Hérédité arthritique, père rhumatisant, mère ayant eu des crises hépathiques (lithiase biliaire), grands parents du côté maternel obèses. Développement physique et psychique normal, aucun stigmate de dégénérescence, aucune maladie infectieuse dans l’enfance et dans la jeunesse. Bonne santé habituelle, il a seulement de fréquentes poussées d'amygdalite aiguë.

Après de longues études au lycée, il se met à préparer une école d'ingénieurs. Pour être à même de se présenter au concours, il est obligé de fournir une grande somme de travail. S'imposant un

(1) Roubinovitch, « Congrès des aliénistes de la Rochelle, 1893 ».

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minimum de repos, il passe une partie de ses nuits à dessiner debout, pour mieux vaincre le sommeil et fait une consommation exagérée de café et de thé. Au bout de quelques mois de ce surmenage intensif, il se sent très fatigué. À ce moment il a une angine (?), el quelques jours après il éprouve des douleurs sourdes dans la région lombo-sacrée; les épaules et le dos lui font très mal. Il a des faiblesses dans les membres inférieurs, de légers tremblements dans les membres supérieurs. Sa tête est lourde et il est obligé d'interrompre souvent son travail sous peine d'en souffrir beaucoup. Il a des pollutions nocturnes fréquentes. Ses digestions s'effectuent péniblement, «il a l'estomac lourd »; du reste, sa langue est blanche et son haleine fétide, ce qui indique un mauvais élat de fonctions digestives. j

Peu de temps après la manifestation de ces symptômes physiques douloureux, apparaissent des obsessions.

Un soir, pendant qu'il était absorbé par la solution d’un problème d'algèbre, la pensée d'une obscénité lui vint à l'esprit. Très étonné par l'apparition de cette pensée bizarre qui contrastait si étrangement avec ses préoccupalions acluelles, il la repousse et reprend son travail avec plus d'attention. Quelques instants après, la pensée réapparait plus persistante que la première fois; il l'a chasse encore, mais elle ne farde pas à se produire de nouveau. Il réagit énergiquement, et s'énerve à tel point qu'il lui devient impossible de continuer son travail. Il ferme son livre de dépit, ennuyé d'avoir perdu sa soirée, et faisant la réflexion que son père serait peiné d'apprendre qu'il perdait son temps « pour de pareilles absurdités ». Immédiatement la pensée de son père et celle de l'obscénité s'associent dans son esprit, et il voit son père exécuter celle-ci: «Je ne sais comment j'arrivais à concevoir une chose aussi monstrueuse. La pensée que j'avais pu mêler l'image de mon cher père à ces vilenies me mit hors de moi! » Cette idée dura peu et après de courtes luttes il put reprendre son état normal.

Le lendemain, le souvenir de sa lutte lui est pénible ; et sans qu'il ose se l'avouer bien clairement, il craint de voir se reproduire ses pensées troublantes. C'est qu'il «ne se sent pas dans son état normal ». « Je sentais mon esprit calme, mais de ce calme troublant qui précède les orages. » Effectivement, à la même heure, et dans les mêmes circonstances que la veille, ce qu'il appelait « ses pensées

bizarres », se reproduisirent. Ce furent, en réalité, de véritables

te

,obsessions dont les crises se multiplièrent et arrivèrent à “plus de 30 fois dans la même journée. Laissons-les décrire par le malade lui-même. z.

« Au moment le plus inattendu, parfois même au beau alien du développement d'une équation algébrique, une idée, d'une obscénité grotesque ou monstrueuse, traverse mon esprit. Je n'ai jamais pu comprendre le mécanisme de sa formation. Quelquefois pourtant je sens qu'elle va se produire, grâce au sentiment de malaise pénible qui m'envahit. 11 m'est frès difficile de le décrire car il a une durée si courte que je ne puis l'analyser ; à peine ai-je le temps de le percevoir que l'obsession est là; mais lorsque ce sentiment existe je ne me trompe jamais sur sa significalion.

» L'idée obsédante me troublerait peu si, inconsciemment, je n'arrivais pas à en faire une applicalion immédiate à l’un des miens.

Aussi, dès que je la sens surgir de l'inconscient, je suis étreint par une angoisse pénible, on dirait que mon cœur va cesser de battre. J'essaie de l'arrêter dans son développement, et tout d'abord-j'ai assez de succès ; je raisonne, discute et l'idée parait ne pas résister à mon argumentation. Elle semble disparaître en même temps que mon angoisse diminue ; mais au moment où je crois en triompher je subis sa poussée irrésistible. Je prévois qu'elle va s'associer à la pensée de l’un des miens, de mon père ou de ma mère, peut-être aux deux. Je fais alors des efforts surhumains pour l'enrayer. Ma volonté devenant impuissante, je rassemble {oute mon énergie phy- + sique comme si elle pouvait contribuer à forlifier ma puissance morale ; c’est en vain. J'exécute alors des mouvements de lutte inconscients, me débattant comme si j'avais réellement à faire à un adversaire invisible et concret. Mon front ruisselle de sueur, mes tempes battent, mes oreilles bourdonnent. Mais l’idée l'emporte, et malgré tout je suis vaincu. À peine ai-je conscience de ma défaite que l'idée disparait brusquement. J'éprouve sur le coup une satisfaction intense et pousse un soupir de soulagement. Mais ma satisfaction est de courte durée, car je suis attristé au fond par cet état de choses que je ne puis modifier à mon gré ; et chaque lutte me laisse abattu au moral et littéralement épuisé au physique. Aussi, après chaque longue crise, j'ai pris l'habitude de me jeter dans un fauteuil, cherchant à réparer mes forces par quelques instants de repos el même de sommeil. Je ne suis réellement moi-même que lorsque j'ai pu me repuser un peu. Ces quelques instants de délasse-

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