LES OBSESSIONS CHEZ LES PSYCHASTHÉNIQUES
Nous grouperons, avec M. Janet, sous le nom de psychasthénie cette catégorie de malades que Charcot et son école, en se basant sur des considéralions étiologiques, avaient déjà isolés sous le nom de neurasthénie héréditaire ou constitutionnelle. À ce groupe appartiennent aussi les scrupuleux, les liqueurs, les angoissés, les dégénérés supérieurs que l’on doit isoler du grand groupe des dégénérés de Morel, qui tend à absorber sous une apparence d'unité un peu factice des catégories de malades par trop dissemblables.
Tout ces psychasthéniques sont caractérisés par un affaiblissement de leurs fonctions psychologiques, des manies mentales, des sentiments anormaux.
Presque tous ont une hérédité chargée. Ils ont dans leurs ascendants directs ou collatéraux : des aliénés, des alcooliques, des névrosés, des monomanes, des obsédés, ete. Cette hérédité, qui est le plus souvent la cause profonde du mal, peut-être, comme on le voit, similaire ou dissemblable. Elle amène, sous forme de prédisposition, une modification des fonctions psychiques qui se traduisent par des anomalies,
pe des sentiments, des émotions et des instincts ; mais elle modifie peu les facultés intellectuelles.
A l'inverse de la neurasthénie vraie qui apparait toujours après de grandes causes d’épuisement nerveux (chagrins, surmenages, maladies infectieuses, etc.), la psychasthénie se révèle insidieusement sans qu'aucun trouble physiologique important, sans qu'aucune maladie aiguë ou chronique soit venue apporter des perturbations à l'état de santé du prédisposé. Elle se développe insensiblement chez l'individu et apparaît souvent comme une exagération fâcheuse d'un caracière anormal ou difficile. Elle existe en germe chez l'enfant, déjà différent de ses petits camarades par des bizarreries, des originalités, des sentiments exagérés, des émotions dispropcrtionnées avec leurs causes. Cette manifestation pré- -coce a inspiré l’aphorisme classique. « On naît psychasthénique, on devient neurasthénique ». Aphorisme plus séduisant dans sa forme qu’exact dans son fond, car la neurasthénie suppose aussi une prédisposilion : « N'est pas neurasthénique qui veut », disait Charcot.
Les phénomènes douloureux, qui tiennent lant de place dans la neurasthénie, existent plus rarement ici et sont toujours moins aigus. Ils n'occupent en quelque sorte, que l'arrière-plan des préoccupations du sujet, qui sont tournées de préférence vers leurs tics mentaux ; aussi a-t-on pu dire avec raison que si «la neurasthénie est avant tout une maladie nerveuse, la psychasthénie est déjà une maladie mentale. »
Toutes ces considérations nous paraissent légitimer l’existence de la psychasthénie comme psychonévrose distincte de la neurasthénie. Ce point de vue est du reste accepté par un grand nombre d'auteurs. Ce nom très heureux, donné par M. Janet, se justifie pleinement ; il est préférable à celui de neurasthénie héréditaire, qui prête à confusion en éveillant
ERRQ UE l'idée de ressemblances superficielles avec la neurasthénie vrale,